Mali : l'ONU condamne le coup d'État au sans prévoir de sanctions

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Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mercredi 26 mai, dans une déclaration adoptée à l'unanimité, l'éviction par les militaires des autorités civiles de transition au Mali, sans toutefois parler de coup d'Etat ni prévoir la possibilité de mesures coercitives.

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Vers des sanctions ciblées

« Les membres du Conseil de sécurité condamnent fermement l'arrestation du président et du Premier ministre chargés de la transition, ainsi que d'autres responsables par des éléments des forces armées », indique cette déclaration rendue publique alors que se tenait dans le même temps une réunion d'urgence de l'instance onusienne. « Imposer un changement de direction de la transition par la force, y compris par des démissions forcées, (est) inacceptable », précise le texte rédigé par la France.

Le Conseil de sécurité appelle « à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les responsables détenus » et exhorte « les éléments des forces de défense et de sécurité à regagner leurs casernes sans délai ». Il réclame une « reprise immédiate » de la transition menée par les civils au Mali, sous la coupe des militaires depuis un premier coup d'Etat à l'été 2020, avec des élections « dans le délai de 18 mois établi conformément à la charte de transition », ajoute-t-elle.

Une première version du texte prévoyait la menace implicite d'éventuelles mesures de rétorsion contre les militaires, mais cette mention a été retirée en raison de l'opposition de certains pays membres du Conseil de sécurité, ont indiqué des sources diplomatiques à l'AFP.

Les 15 membres du Conseil réitèrent enfin leur soutien aux efforts régionaux pour un règlement de la crise et un retour au pouvoir des civils, souligne la déclaration, alors qu'un sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pourrait être convoqué prochainement, selon des diplomates.

Plusieurs pays se sont prononcés pour des sanctions ciblées. Les Etats-Unis ont suspendu l'assistance aux forces de sécurité et de défense maliennes, a annoncé le département d'Etat, précisant que Washington étudierait « des mesures ciblées contre les responsables politiques et militaires qui ont entravé la transition civile vers une gouvernance démocratique ».

Si les efforts de médiation n'aboutissent pas, « nous prendrons des sanctions contre tous ceux qui empêchent le processus de transition de se développer », a prévenu auparavant le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, dont le pays engage environ 5.000 soldats au Sahel.

Les pays européens sont également prêts à des sanctions, a déclaré le président français Emmanuel Macron qui a parlé de « coup d'Etat dans le coup d'Etat ». La Cédéao a elle aussi fait savoir que des sanctions étaient possibles, comme elle l'avait fait après le coup d'Etat mené par les mêmes colonels en août 2020.

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Les dirigeants arrêtés seront libérés « de façon graduelle »

La rencontre de la mission de la Cédéao avec les dirigeants arrêtés s'annonçait lourde de conséquences. « Les négociations sont en cours pour leur libération et la formation d'un nouveau gouvernement », a dit le collaborateur du colonel Assimi Goïta. Le colonel Goïta « nous a dit qu'ils travaillaient aux modalités de leur libération », a dit le chef de la délégation de la Cédéao, Goodluck Jonathan.

Une information confirmée plus tard par un conseiller du véritable homme fort du pouvoir, le colonel Assimi Goïta, à l'origine de leur arrestation. S'exprimant devant la presse, Baba Cissé, conseiller d'Assimi Goïta, n'a pas précisé quand seraient libérés le président Bah Ndaw, le Premier ministre Moctar Ouane mais aussi le nouveau ministre de la Défense qu'ils venaient de choisir, ainsi que de hautes personnalités arrêtées en même temps qu'eux.

Baba Cissé a redit que le président et le Premier ministre avaient démissionné, sans qu'on sache dans quelles conditions ils l'ont fait. « Après la démission du président et du Premier ministre, les personnes détenues vont recouvrer leur liberté, cela se fera de façon graduelle pour d'évidentes raisons de sécurité », a-t-il déclaré.

Le conseiller a aussi a invoqué des « différends profonds tant sur la forme que sur le fond » et des « blocages » auxquels le président de transition se serait livré, par exemple contre la préparation des élections à venir ou l'arrestation de responsables suspects de « mauvaise gestion financière ». Il a paru confirmer que les colonels auteurs du putsch d'août 2020 avaient mal pris que le président et le Premier ministre aient écarté deux d'entre eux de postes clés dans le gouvernement qu'ils ont annoncé lundi. Il y a eu « des limogeages ou des changements abusifs » qui pouvaient « avoir comme conséquence la démoralisation des troupes et une certaine rupture dans la chaîne de commandement », a-t-il dit. Il n'a rien dit en revanche sur la gouvernance à venir, alors que les spéculations vont bon train sur l'intention du colonel Goïta d'assumer le rôle de président.

Mais la mission, ainsi qu'une grande partie de la communauté internationale n'entendent pas seulement obtenir des assurances quant à leur état de santé et exiger leur libération immédiate. Elles continuent de réclamer un retour à la transition, censée ramener des civils élus au pouvoir début 2022.

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