Afghanistan : la menace terroriste contre l’aéroport de Kaboul est «imminente»

A l'aéroport de Kaboul, le 20 août. © Wakil Kohsar A l'aéroport de Kaboul, le 20 août.

Le secrétaire d’Etat britannique chargé des forces armées, James Heappey, a indiqué ce jeudi matin que la menace terroriste qui a poussé Londres à déconseiller dans la nuit à ses ressortissants de rejoindre l’aéroport de Kaboul était «très sérieuse» et «imminente». «Les informations recueillies au cours de la semaine sont de plus en plus sérieuses : elles font état d’une menace imminente et grave pour la vie, a indiqué James Heappey sur Times Radio. Il s’agit d’une menace très sérieuse, très imminente.»

Les Etats-Unis, l’Australie et le Royaume-Uni ont enjoint leurs ressortissants à s’éloigner au plus vite de l’aéroport de Kaboul en raison de menaces «terroristes», alors que des milliers de personnes s’y massent toujours dans l’espoir de fuir le pays tombé aux mains des talibans. Ils ont émis simultanément des mises en garde très précises et presque identiques dans la nuit de mercredi à jeudi. Les personnes «se trouvant actuellement aux entrées Abbey, Est et Nord devraient partir immédiatement», a indiqué le département d’Etat américain, invoquant des «menaces sécuritaires».

La diplomatie australienne a pour sa part mis en garde contre une «menace très élevée d’attentat terroriste» tandis que Londres a émis une alerte similaire, ajoutant : «Si vous vous trouvez dans la zone de l’aéroport, quittez-la pour un endroit sûr et attendez d’autres instructions. Si vous êtes à même de quitter l’Afghanistan en sécurité par d’autres moyens, faites-le immédiatement.»

face à la menace, les Pays-Bas ont annoncé qu’ils allaient interrompre leurs vols d’évacuation depuis Kaboul ce jeudi, les forces américaines leur ayant demandé de quitter l’aéroport de la capitale afghane avant qu’elles n’opèrent leur retrait prévu. «Les Pays-Bas ont été informés aujourd’hui par les Etats-Unis qu’ils devaient partir et vont probablement organiser les derniers vols plus tard dans la journée», ont annoncé les ministres néerlandais des Affaires étrangères et de la Défense dans une lettre au Parlement.

«Engagements en public et en privé» des talibans

Ces avertissements interviennent alors que le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, avait assuré peu auparavant que les talibans s’étaient engagés à laisser partir les Américains et les Afghans à risque se trouvant encore dans le pays après la date butoir du 31 août : «Les talibans ont pris des engagements en public et en privé pour fournir et permettre un passage sûr aux Américains, aux autres étrangers et aux Afghans à risque, dans le futur, après le 31 août.» Il n’a toutefois pas spécifié comment leur départ s’organiserait, alors que les forces américaines doivent quitter le pays d’ici la fin du mois – une deadline confirmée mardi par le président des Etats-Unis, Joe Biden.

L’Allemagne a également affirmé mercredi avoir reçu l’assurance des talibans que des Afghans pourraient quitter leur pays à bord de vols commerciaux après le retrait définitif des troupes américaines le 31 août. Le chef adjoint du bureau politique des talibans au Qatar, Sher Abbas Stanekzai, «m’a assuré que les Afghans possédant des documents valides continueront à avoir la possibilité de voyager sur des vols commerciaux après le 31 août», a affirmé sur Twitter le diplomate allemand qui négocie avec les talibans, Markus Potzel, à l’issue d’une rencontre au Qatar.

Le Premier ministre français, Jean Castex, a pour sa part fait savoir que l’opération française d’évacuation s’achèvera totalement vendredi soir, et non pas ce jeudi, comme laissé entendre ces derniers jours.

«Risque grave et croissant d’attaque»

La Belgique a de son côté annoncé que les évacuations de ses ressortissants et des Afghans qu’elle protégeait avaient cessé mercredi soir, et la France a prévenu que son pont aérien cesserait dès jeudi soir si la date du 31 août était maintenue. La Turquie a quant à elle annoncé le retrait de ses soldats, qui gardaient l’aéroport de Kaboul au côté des militaires américains, abandonnant ainsi sa proposition de continuer à assurer la sécurité de l’aéroport de Kaboul après le retrait des forces américaines.

Lors d’un sommet virtuel mardi avec les autres dirigeants du G7, Joe Biden avait écarté l’idée de prolonger la présence militaire américaine à Kaboul, évoquant déjà un «risque grave et croissant d’attaque» de l’Etat islamique (EI) à l’aéroport. «Nous sommes en voie de terminer d’ici au 31 août» la «mission» visant à «évacuer les gens aussi efficacement et sûrement que possible», avait déclaré le président américain.

Pas encore de gouvernement

Un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, avait auparavant accusé les Etats-Unis et leurs alliés de vider le pays de ses forces vives en évacuant les Afghans qui ont travaillé avec eux, souvent parmi les plus qualifiés. Beaucoup d’entre eux, souvent urbains et éduqués, craignent que les islamistes n’instaurent le même type de régime fondamentaliste et brutal que lorsqu’ils étaient au pouvoir entre 1996 et 2001.

Les femmes et les minorités ethniques en particulier s’inquiètent pour leur sort. «Nous sommes la génération des femmes éduquées, ils [les talibans, ndlr] ne le supportent pas, ils ne peuvent pas gouverner avec nous, ils vont nous exterminer», a déploré une jeune femme bloquée à Mazar-i-Sharif, dans le nord du pays, en quête de contacts à l’étranger pour l’aider à fuir.

Hors de Kaboul, dans les campagnes et certaines villes, certains habitants se disent en revanche soulagés de voir des décennies de conflit prendre fin. Un humanitaire de Khost (Sud-Est), une région acquise aux talibans, les décrit comme plus accommodants que par le passé. Jusqu’ici, «l’attitude des talibans est bien plus souple que ce à quoi les gens s’attendaient», dit-il, mais les gens ont «peur pour l’économie».

En certains endroits, les islamistes ont mis en place une forme de ségrégation entre hommes et femmes au travail ou à l’école. Sous leur précédent régime, les femmes ne pouvaient ni travailler ni étudier. Les insurgés n’ont pas formé de gouvernement, disant attendre que le dernier soldat étranger ait quitté le pays. Sans lois valables sur tout le territoire, les règles diffèrent d’une région à l’autre.

«C’est le business de la peur»

Les islamistes s’efforcent de se présenter sous un jour plus modéré, souvent sans convaincre, en tout cas à Kaboul. «C’est le business de la peur. Ils n’ont pas d’armée pour contrôler les gens. Mais la peur contrôle tout le monde», observe un jeune banquier de Kaboul. Sous le vocable de talibans se retrouvent des gens bien différents, note-t-il cependant. «Certains groupes se comportent bien avec la population», mais d’autres n’en font qu’à leur tête, comme ceux qui mangent dans les restaurants sans payer.

Les talibans savent qu’ils doivent s’appuyer sur les structures administratives existantes, n’ayant pas dans leurs rangs l’expertise nécessaire pour gouverner seuls le pays, et notamment relancer une économie dévastée par la guerre et très dépendante de l’aide internationale.

Article mis à jour à 10h25 avec l’annonce de la fin des opérations françaises d’évacuation prévue pour vendredi soir.

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