Histoire : Le Maroc a vu assassiner Omar Benjelloun

Un militant liant son engagement intellectuel à une pratique quotidienne. C’est ce qu’incarne Omar Benjelloun, l’une des figures historiques les plus populaires de la gauche marocaine. Le 18 décembre 1975, deux membres de la Chabiba islamiya le tuent devant son domicile. Retour sur la vie d’un martyr qui continue d’exister, à travers les combats politiques qu’il a portés.

La lutte anticoloniale et la défense des classes populaires au Maroc portent des noms. Parmi eux se distingue incontestablement celui d’Omar Benjelloun. Fervent défenseur des idées fédératrices d’un socialisme au service du peuple, cette figure de l’USFP sera tuée le 18 décembre 1975 devant son domicile à Casablanca. La vie politique d’un pays traversant alors les pires années de la répression sous le règne Hassan II n’en sortira pas indemne.

Les premiers pas dans l’action politique

Né en 1936 dans la région d’Oujda, Omar Benjelloun grandit au sein d’une famille dont le père est un retraité de l’Office national de l’électricité. Malgré des conditions de vie difficiles, il effectue ses premières années d’études avec brio. Un parcours qui sera couronné par une licence en droit et un diplôme de l’Ecole supérieure des postes et des télécommunications de Paris, en 1960. L’enfant prodige devient ainsi l’un des premiers ingénieurs du Maroc.

S’il est un étudiant distingué parmi les autres, Omar Benjelloun ne s’est pas concentré uniquement sur sa réussite universitaire, à Paris. Durant son séjour académique, le futur ingénieur a contribué activement à poser les jalons de l’Union nationale des étudiants du Maroc (UNEM), alors fraîchement créée en 1956. C’est ainsi qu’au sein du mouvement étudiant, il se fait connaître dès 1957 par son sens de l’abnégation, son éloquence et sa capacité à initier des actions collectives fédératrices.

© Fournis par Yabiladi

Rapidement, la clairvoyance du syndicaliste fait percevoir à celui-ci les dysfonctionnements de l’Istiqlal, parti où il a milité pour l’indépendance de son pays. Déçu de certains usages au sein des instances internes, il devient membre fondateur du Mouvement du 25 janvier, noyau annonciateur de la naissance de l’Union nationale des forces populaires (UNFP).

Le mouvement tient son nom d’une assemblée historique, tenue le 25 janvier 1959 à Paris, au cours de laquelle Omar Benjelloun et d’autres étudiants annoncent leur retrait de l’Istiqlal. L’UNFP verra le jour, peu de temps après, sous la houlette d’Abdellah Ibrahim, de Mehdi Ben Barka, d’Abderrahmane El Youssoufi et d’Abderrahim Bouabid. Omar Benjelloun sera l’artisan de la section parisienne du nouveau parti.

Ingénieur de la stratégie de la lutte démocratique, Omar Benjeloun a été solidaire des porteurs d’idéaux de l’option révolutionnaire en exil. Il défend cette dernière mais refuse tout recours aux armes. 

Militer sur tous les fronts

Son diplôme d’ingénierie en main, Omar Benjelloun ne tarde pas à rentrer au Maroc. Il est désormais sous-directeur régional des PTT à Casablanca. Habitué au travail syndical au sein du mouvement étudiant, le jeune cadre milite sous les couleurs de l’Union marocaine du travail (UMT).

Il coordonne l’action ouvrière dans le milieu des PTT, en conscientisant les travailleurs et en les encadrant pour faire valoir leurs droits. C’est ainsi que les ouvriers des postes et télécommunication mènent en décembre 1961 une grève illimitée, pour dénoncer leurs conditions de travail à l’approche du Nouvel an. Les activités de la ville économique sont gelées et la mobilisation se solde par un véritable succès.

L’engagement d’Omar Benjelloun, mais surtout son efficacité sur le terrain, lui coûteront un premier enlèvement. Un autre sera commandité par les milices de Mahjoub Benseddik, alors secrétaire général de l’UMT. D’ailleurs, le militant s’est adressé à son camarade, dans une lettre en 1963. Il y exprime son «honneur» d’être la cible du «pouvoir féodal» et sa déception de voir l’UMT recourir aux mêmes usages que le pouvoir.

«Ma conviction profonde était que la classe ouvrière constitue l’avant-garde naturelle dans la lutte effective et concrète qui doit être engagée contre la féodalité, la bourgeoisie et l’impérialisme. Cette fois, je ne peux malheureusement parler (tout à fait) d’honneur. C’est au nom de la classe ouvrière que j’ai été, en plein jour devant le Service d’ordre de l’UMT (et la neutralité complice de la police), provoqué par des responsables de l’UMT, frappé à coups de poings et transporté dans une cave. J’y ai subi en l’espace de douze heures, trois séances de coups dont la sauvagerie dépassait de loin ce que j’ai connu l’année dernière (du fait qu’il ne s’agissait la première fois que d’intimidation.) Geste irréfléchi aussi, dont je tiens à te raconter les détails. Je m’adresse à toi, en tant que Secrétaire Général de l’UMT, dont je suis militant, comme je suis militant de l’UNFP, dont tu es l’un des dirigeants qui en ont tracé ‘l’orientation et la doctrine’. Tu me permettras de considérer qu’il s’agit d’une nouvelle erreur commise au nom de l’UMT et de la classe ouvrière.»

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