Est-il vrai que 95,58 % des cas d’Omicron en Allemagne concernent des vaccinés?

Analyse des eaux usées pour prédire la dynamique de l'épidémie dans laboratoire d'à Hessen, Darmstadt, en juin 2021. Photo: Arne Dedert/DPA © ARNE DEDERT Analyse des eaux usées pour prédire la dynamique de l'épidémie dans laboratoire d'à Hessen, Darmstadt, en juin 2021. Photo: Arne Dedert/DPA

Vous nous interrogez sur un chiffre abondamment relayé sur les réseaux sociaux depuis vendredi : l’institut Robert Koch affirmerait, dans son dernier rapport que 95,58 % des cas d’omicron en Allemagne concernent des vaccinés, alors même que ceux-ci représentent moins de 75 % de la population. Certains ajoutent même qu’il s’agit là de la preuve que le vaccin, plus encore que d’être inefficace face aux infections, augmenterait les risques de contamination.

Le dernier rapport hebdomadaire de l’institut, établi qu’entre l’apparition du variant omicron et le 28 décembre, «10 443 cas d’omicron» avaient été rapportés en Allemagne, «dont 1 555 confirmés avec certitude par séquençage du génome, et 8 888 classés comme suspects au moyen d’un test PCR spécifique au variant». Le rapport précise que «des informations complémentaires sont parfois connues pour les cas omicron présents dans le système de déclaration», avec des informations sur le statut vaccinal de 4 206 testés. Soit seulement 40,3 % des rapports de cas. En l’occurrence, il est précisé que «186 patients n’étaient pas vaccinés, et 4 020 étaient complètement vaccinés» (dont 1137 avec une dose de rappel).

La valeur de 95,58 % relayée par les internautes – qui n’apparaît pas dans le rapport – est obtenue en rapportant le nombre de cas pour lesquels il est établi que les personnes étaient vaccinées (4 020) sur le nombre de cas pour lesquels le statut vaccinal est connu (4 206).

Ces chiffres allemands doivent toutefois encore être pris avec prudence. En effet, près de 60 % des statuts vaccinaux des infectés par omicron étant inconnus, il est hasardeux d’extrapoler cette valeur de «95,58 %» à la population générale. Il faudrait pour cela s’assurer que les cas pour lesquels le statut vaccinal est précisé sont représentatifs de l’ensemble des tests. Interrogé par CheckNews sur ce point, l’institut ne nous a pas encore donné de réponse.

D’ailleurs, le journaliste allemand Tim Röhn, qui semble être à l’origine du chiffre de 95, 58 % dans un tweet daté du 30 décembre très largement repris, ne prétend pas que ce pourcentage correspond au taux réel de vaccinés parmi les infectés par omicron. Le journaliste, qui avait dénoncé la diffusion de statistiques erronées quant au statut vaccinal des personnes infectées, souligne que «l’étendue d’omicron n’est pas claire, en raison de la [qualité déplorable de la] collecte de données en Allemagne». «En conséquence, la répartition en pourcentage des vaccinés /non vaccinés» – le fameux 95,58 % – «peut être faussée», rappelle-t-il.

Tim Röhn interroge par ailleurs le fait que vaccinés et non-vaccinés pourraient ne pas recourir aux tests dans les mêmes proportions (puisque «les personnes non vaccinées sont actuellement exclues de presque toutes les activités sociales») ce qui serait susceptible de biaiser les résultats.

Echappement immunitaire

Bien que difficiles à interpréter de manière conclusive en raison de leur caractère parcellaire, les données allemandes sont compatibles avec les constats, par ailleurs répétés, selon lesquels omicron tend à échapper à l’immunité vaccinale.

Interrogés vendredi sur le statut vaccinal des contaminés à Omicron en France, les experts de Santé publique France ont répondu : «on est en train de conduire plusieurs études pour documenter le profil des premiers cas omicron diagnostiqués en France. Il est encore prématuré de donner des résultats. Dans la littérature, on voit bien sur les quelques données publiées par les Sud-africains, Anglais ou les Danois, que la majorité des cas omicron surviennent chez des gens vaccinés. Ce qui traduit juste une chose : c’est que ce variant à la capacité d’échapper à l’immunité conférée par la vaccination ou un antécédent d’infection.»

Au Danemark, selon les données du 24 décembre, sur 27 132 cas d’infection par Omicron, 77 % concernaient des personnes doublement vaccinées, 13,5 % des personnes ayant reçu une dose de rappel, et moins de 9 % des personnes non vaccinées.

Est-il vrai que 95,58 % des cas d’Omicron en Allemagne concernent des vaccinés?