Haller des retrouvailles avec la France

Sébastien Haller célèbre son but face à la Sierra Leone lors de la CAN 2021. © CHARLY TRIBALLEAU / AFP Sébastien Haller célèbre son but face à la Sierra Leone lors de la CAN 2021.

27 juillet 2012, Stade de l’Abbé Deschamps. Pour la première fois depuis 1980, l’AJ Auxerre débute sa saison en Ligue 2. Face à Nîmes, l’objectif est simple : démarrer la saison avec une victoire. Jean-Guy Wallemme, l’entraîneur de l’époque, décide pour ce faire de s’appuyer sur un jeune attaquant du centre de formation : Sébastien Haller. Ce jour-là, Auxerre domine assez facilement son adversaire tant et si bien que le jeune attaquant se sent pousser des ailes. À la 58e minute, il déborde sur l’aile gauche, repique dans l’axe et adresse une passe décisive à Anthony Le Tallec. Victoire 2-0. « Il était glacial devant le but. Pied droit, pied gauche, tête, c'était impressionnant, surtout à son âge !», se remémore pour Le Figaro l'ancien gardien de l'AJA Olivier Sorin.

L’histoire démarre bien et aurait pu se transformer en un véritable conte de fées mais malheureusement, la machine auxerroise va rapidement s'enrayer. Dès novembre l’AJA n'avance plus, Jean-Guy Wallemme est remercié et le jeune Haller doit se contenter de quelques bouts de matchs ici et là. Il ne baisse pas les bras pour autant. «C'était déjà quelqu'un de très mature, il savait ce qu'il voulait. Il était très respectueux des anciens dans le vestiaire. Il aimait rire, c'était un bon vivant avec un très bon état d'esprit.» se rappelle son ancien coéquipier.

© Stephanie Grossetete / Panoramic

C’est à cette période-là que Didier Martel se penche sur son profil. Cet ancien joueur ayant mené une carrière pro entre la France et les Pays-Bas dans les années 90 occupe depuis quelques années maintenant la fonction de recruteur au FC Utrecht. Pour Le Figaro, il revient sur cet épisode : «J'ai repéré Sébastien quand il avait 17 ou 18 ans. J’ai tout de suite senti son potentiel mais comme il était sous contrat avec l’AJA et qu'il jouait avec l’équipe réserve je ne pensais pas qu’à un moment donné il deviendrait une opportunité pour nous». Pourtant les mois passent et le jeune homme ne parvient pas à gagner la confiance de ses entraîneurs. En proie à des difficultés financières, le club envisage même de s’en séparer «Quand j’ai senti qu’Auxerre était capable de le laisser partir, j'ai tout fait pour qu’il vienne parce que j’étais convaincu qu’il ne lui manquait pas grand-chose pour exploser», raconte Didier Martel.

Le 24 décembre 2014, Auxerre officialise le prêt avec option d’achat de Sébastien Haller et offre sans le savoir un véritable cadeau de Noël à Utrecht qui devra s'acquitter d’une somme inférieure à un million d’euros pour le garder définitivement. Dès son arrivée aux Pays-Bas, le jeune homme fait tout son possible pour s’intégrer et travaille énormément «C’est un garçon qui est très sociable, et qui a une très bonne mentalité. C’est un exemple pour beaucoup de jeunes, notamment ceux qui ont du mal à avoir du temps de jeu dans leur club formateur parce qu’il a su s’adapter rapidement et se faire apprécier par tout le monde dans le vestiaire», se souvient Didier Martel.

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Une rencontre qui change tout

Match après match, Haller gagne sa place au sein de l’équipe et devient même titulaire indiscutable. Il termine la saison avec 11 buts et 5 passes décisives en 17 rencontres, une vraie réussite que son recruteur explique par les opportunités qu’offre l'Eredivisie : «C’est un championnat qui est certes un peu moins important que l'Italie, l'Espagne l’Allemagne et l’Angleterre mais où les jeunes peuvent s’exprimer et où on leur donne le temps de s’adapter pour continuer leur progression.»

Lors de la saison 2015-2016, il fait une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière, celle du nouvel entraîneur d’Utrecht, un certain Erik Ten Hag. Le jeune entraîneur, qui arrive du Bayern Munich, met en place un jeu offensif dans lequel l’attaquant s’éclate. «À Utrecht, je sentais que j’étais toujours concerné par le jeu, ça m’a fait progresser.» explique l'intéressé pour SoFoot en 2019.

Sur ses cinq premiers matchs avec Ten Hag, il est impliqué sur cinq des six buts de son équipe (quatre buts et une passe décisive) symbole de l’alchimie qui règne entre le joueur et son entraîneur. «Erik est un grand coach qui sait tirer le maximum de ses joueurs. C’est quelqu'un de très humain, à l’écoute et qui donne beaucoup de confiance. C’est ce qu’il fallait à Sébastien, il lui a donné de la confiance et de la considération, même lorsqu’il traversait une période de mou», raconte Didier Martel.

En 2015, il est élu meilleur joueur de l’année à Utrecht. Là-bas, il grandit et passe d’un adolescent à peine sorti du centre de formation à un jeune adulte responsable qui a fondé une famille. Ses performances en club lui permettent même de porter le maillot de l’équipe de France espoir avec qui il dispute 15 matches entre mars 2015 et novembre 2016. D’ailleurs, la dernière fois qu’on l’a vu sur un terrain avec le maillot des bleus, c’était face à la Côte d’Ivoire, il avait marqué un triplé…

Nouveaux challenges et premier titre

Après deux saisons et demie pleines en Eredivisie (51 buts en 98 matches), le natif de Ris-Orangis dans l’Essonne décide de passer un cap et rejoint l'Eintracht Francfort pour un montant de six millions d’euros. «Avec Sébastien, nous avons notre joueur de rêve absolu, que nous avons observé tout au long de la saison.» écrit le directeur sportif Fredi Bobic sur le site officiel du club. Et il faut dire que l’ancien attaquant du VfB Stuttgart ne s’est pas trompé. Sous les ordres de Niko Kovac, Haller continue sa progression et remporte le tout premier titre de sa carrière : la Coupe d’Allemagne au terme de la saison 2017-2018.

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Après l'expérience Allemande, il tente l’aventure Anglaise à West Ham United, le premier point noir de sa carrière. Avec seulement 14 buts en 54 matches, il ne parvient pas à s'illustrer sur les terrains de Premier League que ce soit avec Manuel Pellegrini ou David Moyes qui arrive en janvier 2020 quelques mois seulement avant la pandémie de COVID-19. Cette période compliquée prend fin en janvier 2021. En plein mercato hivernal, le numéro 22 quitte l’Angleterre et retourne en Eredivisie pour rejoindre l’Ajax Amsterdam sous les conseils de Didier Martel avec qui il est resté proche. «J’avais conseillé à Sébastien d’aller à l’Ajax parce que je savais qu’avec Antony à droite et Tadic à gauche il allait devenir le meilleur buteur du championnat. C’est l’avant-centre parfait pour ces deux joueurs». Mais là-bas c’est surtout l’occasion de retrouver Erik Ten Hag, devenu l’un des entraîneurs les plus prometteurs d’Europe et sans doute celui qui sait le mieux mettre en valeur Sébastien Haller.

Ensemble les deux hommes remportent le championnat, la coupe des Pays-Bas et atteignent cette saison les phases finales de la Ligue des Champions avec un Sébastien Haller au sommet de sa forme. Le Français empile les buts et devient le 1er joueur à marquer 11 fois lors de sa première saison en Ligue des Champions. «Ce n’était peut-être pas le premier sur lequel on aurait parié mais lui a su trouver son chemin et c'est peut-être ça dont il peut être le plus fier. » Raconte Olivier Sorin. Ses performances en C1 lui font passer un cap et son nom se retrouve associé aux plus grands clubs européens, c’est également le cas de son entraîneur qui pourrait rejoindre Manchester United l’été prochain.

Tout au long de sa carrière, Sébastien Haller a rêvé de fouler les marches du château de Clairefontaine, il a longtemps attendu sa chance mais en vain. Depuis sa dernière sélection avec les Espoirs le 10 novembre 2016, il n’a plus jamais été appelé par la FFF. Le 5 novembre 2020, il cesse d’attendre et répond positivement à l’appel du sélectionneur de la Côte d’Ivoire Patrice Beaumelle, qui le convainc de rejoindre les Éléphants. «Pendant un bon moment, c'est vrai que la suite logique était d'aller avec la France parce que j'avais connu les catégories de jeunes et que j'avais grandi en France. Mais on mûrit, on réfléchit, beaucoup de choses se passent.(...) Aujourd'hui, si j'ai fait ce choix, c'est que j'arrive à un âge où je n'ai pas trop envie de jouer sur je ne sais quelle incertitude. J'avais envie de prendre ce qu'il y avait à prendre et de vraiment me faire plaisir.» raconte-t-il à France Football.

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Ce choix, Didier Martel le comprend mais ne peut s’empêcher de nourrir quelques regrets «J’ai beaucoup de respect pour Didier Deschamps mais pour moi il a fait une erreur de ne pas le sélectionner pour préparer le futur de l’équipe de France. Je pense qu’il aurait pu prendre la relève après Giroud et voire même le concurrencer.» De son côté Olivier Sorin est heureux de voir deux anciens Auxerrois se retrouver en sélection « Voir Willy Boly et Sébastien Haller qui étaient ensemble en formation se retrouver avec la Côte d'Ivoire pour jouer contre l'équipe de France, c'est une très belle histoire.»

Une chose est sûre, ce vendredi, l’attaquant aux quatre buts en douze sélections va retrouver les Bleus pour la première fois depuis ce fameux match des espoirs face à la Côte d’Ivoire. Le moment de boucler la boucle et de continuer à progresser, toujours avec la bonne mentalité.

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