Soudan: la rue maintient la pression malgré l'accord entre Hamdok et la junte

Des manifestants pro-démocratie dans la rue à Khartoum ce mardi 30 novembre 2021. © AFP - ASHRAF SHAZLY Des manifestants pro-démocratie dans la rue à Khartoum ce mardi 30 novembre 2021.

La rue continue de mettre la pression sur la junte militaire malgré l'accord passé par le Premier ministre civil Abdallah Hamdok avec le général Al-Burhan. Des appels à manifester ont été lancés par l'ensemble de l'opposition, partis politiques et société civile. Le chef du gouvernement a demandé à la police de faire preuve de retenue ce mardi 30 novembre.

Avec notre correspondant à Khartoum, Eliott Brachet

Que les militaires retournent dans leurs casernes. Le message est clair, scandé par milliers de Soudanais, toutes générations confondues, qui défilent pour la septième fois en un mois dans les rues de la capitale et dans tout le pays. Les manifestants sont venus de tous les quartiers puisque les ponts qui enjambent le Nil sont restés ouverts ce mardi. Ils sont chauffés à blanc et scandent des slogans réclamant la chute de la junte militaire.

« Ces généraux ne nous représentent pas, dénonce un manifestant. Ils reviennent du passé. D’un régime qu’on a déjà fait tombé. Qui pendant trente ans nous a imposé la dictature et la douleur. Nous n’acceptons pas non plus que Hamdok s’assoit avec des généraux qui ont tué 42 des jeunes révolutionnaires depuis le coup d’État. »

Arrêtés dans les hôpitaux

Les manifestants se disent déterminés à occuper les rues tant qu’ils n’auront pas obtenu justice. Ils ont convergé devant le siège du Conseil de souveraineté, nommé par les putschistes. C’était le mot d’ordre donné par les comités de résistance.

Mais la rue qui y mène est complètement bloquée par un important déploiement des forces de police. Les gaz lacrymogènes pleuvent sur les cortèges. Des grenades assourdissantes. Plusieurs manifestants sont touchés au visage par des tirs tendus.

« Ils voudraient qu’on ferme les yeux, lance un autre manifestant. Aveugles. Cela fait trois ans qu’on manifeste. Nos frères sont morts sur cette place, nos frères sont morts loin d’ici, dans les régions marginalisées. Tu vois, les gens sont galvanisés par le bruit des lacrymogènes. On a atteint une étape où on n’a plus peur. Plus peur des lacrymo, plus peur des balles, plus peur de rien. »

Quelques tirs à balles réelles résonnent. À chaque détonation, les manifestants se dispersent avant de revenir à la charge. La confrontation s’est poursuivie dans la nuit. De nombreux militants ont été arrêtés, jusque dans les hôpitaux. Malgré la répression, la contestation est loin de s’essouffler. 

En marge des manifestations, l'ancienne ministre soudanaise des Affaires étrangères, Mariam Sadiq al-Mahdi, qui est aussi l'une des figures de l'opposition civile, a énoncé au micro de notre correspondant les conditions pour une reprise du travail avec le Premier ministre Abdallah Hamdok. Mais elle a également mis en garde contre la militarisation de la vie politique, qui à la faveur de la crise ouverte par le coup d'État pourrait conduire le pays à la guerre civile :

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