"Vagues de vers" avec la jeune poétesse Makémè Konaté

Makémè Konaté fait partie des associations de jeunes filles qui luttent contre les violences faites aux femmes. © 2K Studio Makémè Konaté fait partie des associations de jeunes filles qui luttent contre les violences faites aux femmes.

A 17 ans, Makémè Konaté, étudiante, activiste et présidente du cercle des jeunes filles libres de Guinée est l’une des rares jeunes filles guinéennes à écrire un livre.

Un recueil de poème de 88 pages qui peint plusieurs facettes de la vie sociale. Makèmè dit avoir simplement mis sur papier son observation au quotidien.

"C’est un recueil de poésie de 55 poèmes. Le titre : c’est Vagues de vers. Vagues de vers comme vous pouvez comprendre, les vers qui n’ont pas de limites, les mots qui n’ont pas de limites. J’écris des poésies libres, je n’aime pas qu’on m’impose des styles. Dans ce recueil, je parle de mon quotidien de la femme, de la violence, de la justice etc. Je m’intéresse aussi à l’espoir et au désespoir, je parle de tout ce qu’on peut rencontrer dans la vie."

Makémè Konaté n’a donc pas voulu que l’on change son manuscrit comme l’aurait peut-être souhaité son éditeur. Pour la jeune écrivaine, il est important de garder son style d’écriture.

"J’ai demandé à la maison d’édition de ne rien modifier, de ne rien corriger comme ils le font avec les autres. J’ai demandé de garder mon style d’écriture. J’aime être plutôt authentique. Au début, la maison d’édition ne voulait pas. J’ai récupéré mes textes, j’ai dit que je ne voulais vraiment pas qu’on modifie quoi que ce soit. Après j’ai renvoyé les textes, nous nous sommes mis d’accord et ils ont publié le recueil"

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C’est la maison d’édition Innove Guinée spécialisée dans la production des livres des jeunes de moins de 40 ans qui a travaillé sur le recueil de poèmes de la jeune écrivaine.

Pour Jean Baptiste Zogbélémou qui dirige Innove Guinée explique chaque livre écrit par un jeune est une nouvelle expérience.

"Ce n’est pas facile avec les jeunes surtout les jeunes filles comme Makémè. C’est une fille qui provoque et qui aime provoquer les choses, et qui n’aime pas forcement respecter les normes établies. Moi, j’aime cela. Au début ça me faisait de la peine mais à la fin, j’ai compris qu’il faut la soutenir. C’est un leadership qui est en cours de naissance. L’essentiel est que le livre est sorti et les gens ont acheté, c’est ce que notre maison d’édition veut."

Difficile d'être jeune et écrivain

Face aux difficultés financières auxquelles font face les jeunes auteurs, Jean Baptiste Zogbélémou explique que sa maison d’édition doit s’assurer que l’investissement sera rentable.

"Nous prenons toute l’édition en charge jusqu’ au moment de la sortie du livre. Nous faisons la maquette, la couverture et l’impression. On dit maintenant à l’auteur dans le cadre de la promotion de son livre qu’il achète un certain nombre d’exemplaire allant de 50 à 100 livres. Ces exemplaires, ils les achètent à moitié prix, si le livre coûte 100 mille, on te donne à 50 mille. Donc quand l’auteur vend, il a 50 mille sur chaque livre."

Haba Elise Koivogui, femme leader a découvert Makémè Konaté sur les réseaux sociaux. Elle a volontairement décidé de s’occuper de l’encadrement de la jeune auteure. Elle raconte les premiers moments passés avec Makémè Konaté.

"C’est quelqu’un qui peut te faire plus 10 publications par jour et c’est toujours des réflexions. Alors quand elle m’a dit qu’elle veut écrire, je l’ai encouragé. Je pensais que c’est pour un très long moment. A ma grande surprise, elle m’a dit qu’elle a fini quand on a regardé le document, il n’y avait presque pas grand-chose à modifier, à part, la partie remerciements."

Elise Haba invite les autres jeunes filles à prendre exemple sur celle qu’elle appelle affectueusement ma protégée. Elle revient ici sur les parties du recueil de poèmes qu’elle aime bien.

"C’est le passage qui parle des femmes qui m’a intéressée. Elle te parle des coups que les femmes reçoivent, des violences faites aux femmes, des déceptions que les femmes subissent et qu’elles soient obligées de se taire pour faire bonne figure. Les femmes partagées entre partir ou rester surtout quand il y a des enfants en jeu. Cela m’a particulièrement touché parce que je sais que beaucoup de femmes vivent cela aujourd’hui en Guinée comme ailleurs en Afrique."

Conakry, capitale du livre

Le recueil de poème a été présenté à l’occasion des 72h heures du livre à Conakry. L’évènement a mobilisé plusieurs personnalités dont de nombreux hommes de lettres.

L’ancien ministre Guinéen de l’éducation Ibrahima Khalil Konaté s’est félicité de l’intérêt que portent les jeunes à l’écriture dans un pays où la majorité de la population ne lit pas.

"Une partie de la jeunesse dit qu’elle veut écrire. Les jeunes se mobilisent pour faire des livres. Et une autre partie dit qu’elle n’est pas prête pour lire, ils disent que la lecture c’est pour les vieux. Donc le paradoxe, il faut trouver la solution pour que la Guinée devienne la capitale du livre. C’est notre objectif. Il y a déjà plus de 300 jeunes et quelques écrivains. En Guinée, la jeunesse constitue les 80 pour cent. Si la jeunesse se mobilise pour écrire pourquoi la même jeunesse ne passe pas par la même stratégie pour pousser leurs collègues à lire."

Pour sa part, la maison d’édition Innove Guinée demande à l’État guinéen de soutenir les jeunes écrivains en investissant dans la production afin d’inciter les jeunes à écrire.

Quant à Makémè Konaté, la jeune poétesse promet de sortir très bientôt son prochain livre.

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Auteur: Magazine 77%, Bangaly Condé

"Vagues de vers" avec la jeune poétesse Makémè Konaté