Grands enjeux mondiaux : que disent les principaux partis en Allemagne?

Affiches de campagne électorale dans les rues de la ville de Cologne. © Chai von der Laage/imago images Affiches de campagne électorale dans les rues de la ville de Cologne.

Le climat

La CDU (l'Union chrétienne-démocrate) et son parti frère bavarois, la CSU (l'Union chrétienne-sociale) veulent absolument préserver l'Allemagne en tant que place industrielle en matière de protection du climat.

Les chrétiens-démocrates poursuivent également l'objectif d'atteindre la neutralité climatique "bien avant le milieu du siècle" et s'appuient sur "des technologies innovantes et des investissements économiques". Cependant, contrairement au président de la CDU et candidat à la chancellerie de l'Union Armin Laschet, le patron de la CSU Markus Söder est favorable à une sortie du charbon dès 2030 et non, comme prévu, avant 2038.

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Le SPD (Parti social-démocrate), pour sa part, vise la neutralité climatique en Allemagne d'ici 2045. L'électricité ne devrait être produite qu'à partir de sources renouvelables d'ici 2040. A l'avenir, tous les bâtiments publics devraient être équipés de systèmes photovoltaïques. L'Allemagne devrait devenir un leader dans la technologie de l'hydrogène, selon le parti.

Les Verts eux souhaitent que le pays devienne climatiquement neutre dès 2030. Le ministère de l'Environnement, selon les Verts, devrait à l'avenir avoir un droit de veto et la possibilité d'arrêter toutes les propositions législatives non conformes à l'Accord de Paris sur le climat voté en 2015.

Le parti veut augmenter drastiquement le prix des émissions de CO2 via le système européen d'échange de quotas d'émission.

Pour le FDP (Parti libéral-démocrate) en matière de protection du climat, le plus important est le marché et la concurrence. Les libéraux rejettent les technologies autorisées par la loi, comme les voitures électriques mais ils souhaitent toutefois réduire également les émissions de gaz nocifs pour le climat.

Sur la question du climat l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) pour sa part doute du changement climatique causé par l'homme. Le parti veut mettre fin à l'accord de Paris sur le climat. Selon l'AfD, l'électricité devrait continuer à être obtenue à partir de la houille et du lignite et les centrales nucléaires devraient continuer à fonctionner.

La gauche (Die Linke) est en faveur d'un "changement de système socio-écologique", car la destruction de l'environnement est indissociable des "conditions sociales dans le capitalisme". Selon elle, l'utilisation des transports publics locaux doit être aussi gratuite que possible. Les entreprises d'approvisionnement en énergie devraient appartenir à l'Etat et s'engager pour le bien commun.

La migration

Sur la question de la migration, la CDU est plutôt favorable à la migration mais une migration qui doit se dérouler de manière ordonnée et selon des règles claires.

Le SPD est plus généreux. Le parti est par exemple en faveur d'un regroupement familial plus élargi avec la possibilité pour les frères et sœurs de rejoindre les réfugiés mineurs non accompagnés.

Les Verts voient l'Allemagne comme une "société d'immigration diversifiée". Ils réclament une loi sur l'immigration avec de nouvelles voies d'accès pour la migration de travail ou pour faire des études et souhaitent que les entreprises qui forment ou emploient des réfugiés bénéficient d'aides financières.

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Les libéraux voient également l'Allemagne comme un pays d'immigration mais veulent plus que les autres partis prêter attention aux intérêts économiques allemands. Le FDP envisage une loi sur l'immigration avec des critères tels que le niveau d'éducation, les compétences linguistiques et le besoin de travailleurs qualifiés.

L'AfD est de loin le parti du Bundestag qui critique le plus l'immigration. Elle veut à nouveau réglementer l'asile au niveau national plutôt qu'au niveau européen et sécuriser les frontières allemandes contre les passages illégaux.

L'asile ne devrait être accordé qu'aux personnes classées par le Bundestag comme ayant particulièrement besoin de protection et dont l'origine culturelle est "compatible avec le système allemand de valeurs et de société" estiment-ils.

Die Linke, le parti de gauche, exige pour sa part que les personnes des zones de guerre puissent avoir des opportunités légales et sûres de fuir. De plus, le parti prône un droit de séjour pour tous et va encore plus loin que les Verts favorables à la migration.

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L'Europe

Au sujet de l'Europe, la CDU et la CSU souhaitent que les critères de stabilité pour les finances et l'économie, suspendus en raison de la pandémie de coronavirus, entrent à nouveau en vigueur dès que possible.

Le SPD, quant à lui, estime qu'au lieu de revenir à la politique d'austérité du passé, il faut s'en tenir à la politique d'investissement commune de l'Europe qui a commencé pendant la pandémie de coronavirus. L'objectif : une véritable union fiscale, économique et sociale. Ils pensent aussi qu'il devrait y avoir des salaires minimums européens.

Les Verts pour leur part veulent renforcer le rôle du Parlement européen. Les citoyens d'autres pays de l'UE vivant en Allemagne devraient à l'avenir pouvoir participer aux élections régionales. La restructuration écologique et respectueuse du climat de l'industrie européenne devrait réussir grâce à des investissements publics, pensent-ils.

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Les libéraux vont particulièrement loin dans leurs idées de politique européenne. Ils prônent une Constitution européenne.

La gauche prône également une Constitution européenne dans son manifeste électoral. Au sein de l'UE, selon elle, la richesse doit être répartie de haut en bas. Les exigences spécifiques sont un taux d'imposition minimum à l'échelle européenne pour les entreprises et des normes minimales communes pour l'imposition des grands actifs.

L'AfD emprunte une voie radicalement différente en ce qui concerne les questions européennes. Selon son programme électoral, l'Allemagne doit quitter l'UE. Le parti, fidèle à son origine, estime par ailleurs que l'euro en tant que monnaie unique a échoué.

Défense et Alliances

Sur ce plan, la CDU-CSU soutient l'objectif de l'Otan selon lequel chaque membre consacre 2% de sa production économique à la défense - l'Allemagne a jusqu'à présent été bien en deçà avec 1,5%.

Dans le même temps, les démocrates-chrétiens prônent le développement de forces armées européennes communes - mais pas aux dépens de l'Otan. Le nombre de soldats de la Bundeswehr (l'armée allemande) doit passer d'environ 184 .000 à 203.000 soldats. Pour la CDU/CSU, l'amitié franco-allemande est aussi essentielle pour l'Allemagne.

Le SPD est plus critique vis-à-vis de l'objectif des 2% destinés à l'Otan mais veut en tout cas mieux équiper la Bundeswehr afin d'assumer sa responsabilité de partenaire fiable en Europe et dans l'Otan. Comme la CDU-CSU, le SPD a soutenu le projet gazoduc Nord Stream 2.

Pour les Verts, l'Allemagne doit être exempte d'armes nucléaires. Ils rejettent l'objectif des 2% destinés à l'OTAN, tout comme Nord Stream 2.

Le FDP estime pour sa part que l'Allemagne devrait jouer un plus grand rôle à l'international avec notamment un Conseil national de sécurité qui doit être mis en place à cet effet. Le FDP prône également la création d'une union européenne de la défense.

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L'AfD de son côté projette de se rapprocher davantage de la Russie et d'assouplir ses relations avec Moscou malgré l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée. Pour le parti, la Bundeswehr devrait être une armée purement défensive, la zone d'opérations des forces armées devant être limitée aux alliés de l'Otan. Le parti rejette donc les déploiements comme ceux en Afghanistan ou au Mali.

Le Parti de gauche (die Linke) est radical sur les questions de défense : il prône la dissolution de l'Otan et la création d'un système de sécurité collective incluant la Russie. Il estime par ailleurs que toutes les bases militaires étrangères en Allemagne doivent être fermées.

Commerce extérieur

Le parti démocrate-chrétien mise beaucoup sur le multilatéralisme. La CDU et la CSU veulent renforcer l'Organisation mondiale du commerce et estiment que les négociations avec les Etats-Unis sur un accord de libre-échange doivent reprendre dès que possible.

En matière de commerce, le SPD met l'accent sur la durabilité dans son programme. Pour le commerce des produits agricoles par exemple, les sociaux-démocrates s'appuient sur des partenaires à vocation artisanale et écologique. Le SPD veut aussi réguler plus étroitement l'exportation d'armes allemandes.

Les Verts veulent pour leur part orienter davantage le commerce vers la protection du climat et la durabilité. Ils estiment qu'au niveau de l'UE, une interdiction d'importer doit être appliquée pour les produits agricoles liés à la déforestation illégale et aux violations des droits de l'Homme.

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Le FDP, parti du libre-échange, soutient la signature d'autres accords de libre-échange avec l'UE. La question du gazoduc Nord Stream 2 est à trancher au niveau européen selon le FDP.

En matière de politique commerciale, l'AfD s'efforce pour sa part de resserrer les relations avec la Russie et la Chine. L'AfD s'en tient à Nord Stream 2 et veut mettre fin aux sanctions de l'UE contre la Russie. Une coopération plus étroite avec la Chine est importante pour le parti.

Le parti de gauche rejette pour sa part les accords de libre-échange de l'Union européenne avec des pays tiers et prône ce qu'il considère comme des accords de coopération plus justes. Les exportations d'armes en provenance d'Allemagne doivent, selon le parti, être interdites de manière générale.

Auteur: Christoph Hasselbach, Carole Assignon

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