Lille champion de France : et si le plus dur commençait ?

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Pour Mickaël Terrien, cela ne fait pas un pli. « Ce titre va se payer cher et pendant un certain nombre d’années. » Cet économiste du sport à l’université de Lille (Nord) ne veut surtout pas gâcher la fête et appeler à boycotter les scènes de liesse sur la Grand-Place. Dix ans après, le Losc soulève un nouveau trophée de Champion de France, et Christophe Galtier et son groupe le méritent amplement.

Toutefois, il ne peut que constater la situation quelque peu schizophrénique et opaque du club. Au bord de la cessation de paiements cet automne – le trou s’élevait à plus 200 millions d’euros – il a été repris en urgence en décembre par un fonds d’investissement américain Merlyn Partners, spécialiste du rachat de dettes. Pour qui ? Pour quoi ? Comment ? Aucune réponse claire n’a depuis été apportée. « Est-ce qu’ils ont racheté de la dette avec de la dette comme Lopez ou est-ce qu’ils ont mis du cash avec des capitaux propres ? Malheureusement, on n’en sait rien. Mais ça m’étonnerait beaucoup que ce soit via des fonds propres », s’inquiète Mickaël Terrien.

Le modèle de l’ancien président luxembourgeois et de son conseiller portugais Luis Campos était basé sur la détection de joueurs à haut potentiel, via une société externe de recrutement, et de leur revente à un prix fort à l’étranger. Ces belles emplettes ont eu lieu, à l’image de Nicolas Pépé parti à Arsenal ou de Victor Osimhen à Naples. Elles n’ont pourtant jamais permis de rembourser la mise de départ. « Soit c’est de l’incompétence totale, soit ils se sont enrichis illégalement », conclut Mickaël Terrien.

Garder une équipe compétitive tout en préservant l’intérêt économique

Face à toutes ces données, la nouvelle gouvernance, avec à sa tête Olivier Létang, l’ancien directeur sportif du PSG et président de Rennes, est contrainte de revenir à un modèle plus modeste. L’objectif prioritaire est de garder une équipe compétitive tout en préservant l’intérêt économique, explique-t-on en interne. En l’absence de lisibilité, le transfert de plusieurs joueurs paraît toutefois inévitable. Tout comme le départ du coach Galtier, qui expliquait juste après le titre dimanche soir qu’il poserait le lendemain des questions et « attendrait des réponses ». Pilier de l’ancien projet, il ne dispose en l’état d’aucunes garanties financières pour compenser et étoffer son effectif en vue de la Ligue des champions. Pour sa première expérience en C1, en 2019-2020, il n’avait réussi à gratter qu’un point en six matchs de poule.

La sinistrose sur le marché risque par ailleurs de compliquer les choses. Premièrement, il sera utopiste d’espérer de plus-values démentielles avec ses pépites (Maignan, Botman, Sanches, Soumaré, Ikoné…) comme il en existait dans le monde pré-Covid-19. Deuxièmement, il sera plus difficile de se séparer de ses tauliers, comme Burak Yilmaz ou Benjamin André, dont les salaires conséquents en décourageront plus d’un. Le dernier cadre, José Fonté, termine de son côté son contrat en juin.

Rebâtir autour du domaine de Luchin

Seule certitude aujourd’hui, la relance du centre de formation, laissé à l’abandon sous l’ère précédente, figure en tête des priorités. « Notre objectif à terme est d’avoir six à sept joueurs issus de notre centre de formation dans notre effectif professionnel, peut-être pas dans les onze qui jouent chaque match, mais en tout cas dans un groupe de 23 ou 24 professionnels », a déclaré le 11 mai Olivier Létang.

Signe on ne peut plus clair, le domaine de Luchin a vu revenir fin avril l’ancien patron de la pépinière, Jean-Michel Vandamme. Et on ne veut pas forcément y voir un aveu d’échec, simplement une autre conception de la « rentabilité ». En 2011, la moitié de l’équipe championne de France était du cru, aime-t-on rappeler dans le Nord. Hazard, Cabaye, Debuchy ou encore Gueye avaient été détectés dès l’adolescence tandis que Chedjou et Rami avaient été repris en main via l’équipe réserve. Cela n’avait pas empêché le club de terminer l’exercice avec un résultat d’exploitation négatif (-20 millions d’euros) mais dans des proportions moindres que ce qui se profile aujourd’hui.

Cette saison, le Losc est l’écurie de Ligue 1 ayant offert le moins de temps de jeu à ses rejetons, selon l’Observatoire du football (CIES). Entre deux prêts en Italie, le défenseur français de 28 ans Adama Soumaoro a disputé 143 minutes en trois matchs. Le seul Lillois pur jus du groupe à être entré sur la pelouse.

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