Retrait du Mali : la France ne tolèrera «aucun ultimatum», assure Castex

Jean Castex, lors des questions au gouvernement du 4 janvier 2022. (Illustration) LP/Philippe Lavieille. © Ph Lavieille Jean Castex, lors des questions au gouvernement du 4 janvier 2022. (Illustration) LP/Philippe Lavieille.

La junte presse, mais Castex sait partir à point. La France ne tolérera « aucun ultimatum » et ne sera « sensible à aucune pression » dans la gestion du retrait de ses troupes du Mali, qui se fera « en bon ordre et en sécurité », a assuré mardi le Premier devant l’Assemblée nationale. Alors que la junte au pouvoir à Bamako a demandé vendredi à Paris de faire partir « sans délai » ses soldats, le Premier ministre a répondu que « la sécurité de nos soldats, comme celle de nos ressortissants, sera notre priorité ». « Nous ne tolérerons aucun ultimatum, et ne serons sensibles à aucune pression, quelle que soit leur provenance », a martelé Jean Castex, lors d’une déclaration devant l’Assemblée nationale suivie d’un débat sans vote dans un hémicycle dégarni. 2 400 soldats La France a confirmé jeudi le désengagement progressif des quelque 2 400 militaires déployés au Mali, sur un total de 4 600 au Sahel, dans un contexte de vives tensions avec les colonels arrivés au pouvoir par la force en août 2020.

« Sur le plan militaire, nous serons amenés à fermer les bases de Gossi, Ménaka et enfin Gao. La manœuvre s’effectuera en bon ordre et en sécurité et durera entre quatre et six mois », a expliqué Jean Castex, reprenant les mots d’Emmanuel Macron, prononcés à la tribune du sommet de l’Europe - Afrique. Revenant sur les raisons du départ de la France après neuf années d’engagement, Jean Castex a étrillé un régime qui a « renié, un par un, ses engagements » et qui a « fait le choix de s’appuyer sur une organisation privée bien connue de mercenaires russes, Wagner, dont le modèle économique repose sur la prédation des richesses des pays dans lesquels elle opère ».

« Il n’est aujourd’hui plus possible de nous investir dans un pays dont les autorités ne souhaitent plus coopérer avec les Européens et entravent leur capacité d’action », a plaidé le Premier ministre. La ministre de la Défense Florence Parly a quant à elle assuré prendre « toutes les mesures pour éviter tout contact (…) avec Wagner ». « Nous nous préparons également au pire » et « sommes prêts à réagir avec la plus grande fermeté en cas de menace sur la force Barkhane », a-t-elle ajouté. « Nous ne tolérerons aucune provocation et aucune entrave durant notre redéploiement », a poursuivi Florence Parly. De vives critiques de l’opposition Au nom de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon a estimé que l’intervention au Mali se soldait par un « échec », mais a ajouté que « nous méritons d’être respectés ».

« La France n’a pas envahi le Mali, mais est venue à l’appel des autorités maliennes, elle y est restée à la demande des gouvernements » de ce pays, a fait valoir le candidat à la présidentielle. Pour le LR Jean-Louis Thiériot, malgré des « succès militaires (…) on peut avoir l’impression d’un échec diplomatique ». « Comment en sommes-nous arrivés là ? », s’est-il interrogé. Jean-Christophe Lagarde (UDI), a mis en cause les « hésitations stratégiques successives », assurant que malgré des victoires militaires « tactiques », le « bilan de notre intervention au Sahel est à ce jour un échec ». Pour le petit groupe d’opposition Libertés et Territoires, la députée Frédérique Dumas a dénoncé une « Bérézina », et chez les communistes, Jean-Paul Lecoq a estimé que « l’échec était prévisible depuis le premier jour ». Pour le patron des députés LREM Christophe Castaner « l’échec aurait été de renoncer face à la difficulté », alors que Paris redéploie ses forces dans la région. « S’il y a échec, c’est celui de la junte militaire » malienne, a renchéri Florence Parly.

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