Le Danemark va «externaliser» ses demandes d’asile au Rwanda

Rassemblement de soutien aux enfants migrants à la suite d'un incendie dans le camp de réfugiés de Moria en Grèce, le 15 septembre 2020, à Copenhague (Image illustration). © AFP - EMIL HELMS Rassemblement de soutien aux enfants migrants à la suite d'un incendie dans le camp de réfugiés de Moria en Grèce, le 15 septembre 2020, à Copenhague (Image illustration).

Cela paraît à peine croyable, mais c’est bien ce qui va se passer. Les étrangers présents au Danemark et qui voudront demander l’asile devront maintenant le faire depuis le Rwanda, en Afrique.

De notre correspondant à Copenhague

C’est ce que l’on appelle l’externalisation des demandes d’asile. Imaginez un réfugié, un clandestin, qui après avoir traversé la Méditerranée se retrouve au Danemark et y demande l’asile. Il va être enregistré, puis il sera mis dans un avion en direction du Rwanda, où il pourra faire sa demande dans un centre de réfugiés.

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Le royaume nordique a cherché des accords avec plusieurs pays, dont la Tunisie, l’Éthiopie, mais c’est avec le gouvernement du Rwanda qu’un protocole d'entente a été signé. Toutes ces négociations ont duré des mois. Elles auraient pu rester secrètes, sauf qu’un officiel rwandais a vendu la mèche en publiant une photo de lui avec ses nouveaux amis danois sur Twitter.

Vers une migration zéro

Le but est-il de limiter l’immigration clandestine ? Et l’immigration tout court ? Le ministre danois de l'Immigration Mattias Tesfaye, lui-même fils de réfugié, assure que le système sera « plus humain et équitable », car il réduira les flux sur les routes migratoires, où l’on risque sa vie. Mais c’est vrai que l’objectif est d’arriver à une migration zéro. Quel réfugié dans ces conditions viendrait tenter sa chance au Danemark ?

Le pays d’ailleurs n’en est pas à son coup d’essai : il est aussi le premier en Europe à avoir révoqué le statut de ses réfugiés syriens, en estimant que la paix était revenue dans le pays et qu’ils pouvaient y retourner. On peut quand même se poser la question de l’utilité de ces nouvelles mesures car en 2020, à peine plus de 1 500 personnes ont demandé l'asile dans le pays scandinave, le chiffre le plus bas depuis 1992.

Pression de l’extrême-droite

Au Danemark, les réactions sont contrastées. Du côté des associations de défense des droits de l’homme, on est consterné. Si d'autres pays imitent le Danemark, c’est le droit d’asile qui est remis en cause. Mais une grande partie de la population, aussi, approuve. Il faut dire qu’en Scandinavie, la vague de réfugiés de 2015 a été un véritable traumatisme pour certains.

Et puis il y a la pression de l’extrême-droite. C’est une Première ministre social-démocrate qui a pris cette décision au Danemark, mais c’est bien l’extrême-droite qui a imposé son agenda. C’est à peu près le même tableau en Suède, souvent présentée comme un modèle de tolérance, qui va faire voter d’ici l’été une réforme de ses lois migratoires.

On n’en est pas encore au stade danois, mais les étrangers installés en Suède ne vont plus avoir droit à des cartes de séjour permanent, le regroupement familial va être plus difficile. C’est vraiment la fin d’une époque.

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