Relations Rwanda-France : ce que des Rwandais en disent

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VERBATIM. Après plus de deux décennies compliquées, le Rwanda et la France semblent aller vers des relations apaisées. Ce sentiment est-il partagé par tous ?

Beaucoup est attendu de la visite du président Emmanuel Macron au Rwanda. Que ce soit dans les bus, les restaurants, les rédactions, les familles, les administrations, les entreprises, etc., le sujet est central et chacun y va de son commentaire. Pour certains, c'est l'heure pour la France de s'excuser, pour d'autres, de faire de vive voix son mea culpa. Autant de points de vue avancés pour appréhender l'orbite future de la relation entre le Rwanda et la France, relation longtemps empoisonnée par le douloureux épisode du génocide de 1994. Après la publication des rapports français et rwandais, Duclert et Muse de leur nom, les esprits semblent se diriger vers un apaisement durable. Cette visite du président Macron est un moment de vérité, celui qui est perçu de part et d'autre comme ouvrant une nouvelle page entre les deux pays, entre les populations aussi. Les paroles qui seront prononcées au mémorial du génocide de Kigali, où reposent les restes de 250 000 victimes, n'en seront que plus fortes et signifiantes. À côté de la parole officielle, il y a celle des Rwandais. Certains d'entre eux, habillés de statuts divers, se sont confiés au Point Afrique.

Kalisa Guy, 50 ans : « Ne pas réveiller les vieux démons »

« Je comparerais les relations franco-rwandaises à des fiancés qui se disputent mais qui ne parviennent pas à se séparer définitivement. Quand ils ne se chamaillent pas, on les voit marcher ensemble, se chuchoter et se promettre des lendemains meilleurs, mais chacun sait ce qu'il doit éviter pour ne pas réveiller les vieux démons. Entre la France et le Rwanda, c'est de même. Les deux pays se connaissent assez pour savoir éviter ce qui envenime leurs relations? La tension latente demande une attention soutenue pour éviter l'inattention qui peut tout faire basculer. Du côté rwandais, on attend ce qui n'arrivera peut-être pas ce jeudi ou arrivera trop tard, c'est-à-dire que la France s'incline devant la mémoire des victimes du génocide perpétré contre les Tutsis. La France aura complètement fait son devoir humanitaire de mémoire et d'honneur aux victimes quand elle aura publiquement demandé pardon. »

Fulgence Niyonagize : « Un engagement durable entre les États »

Journaliste dans Pax Press, une ONG de média pour la paix, Fulgence Niyonagize s'interroge : « Qui perd ou qui gagne dans ce genre de conflit qui s'éternise ? Dans ce cas d'espèce, le Rwanda gagnerait à éviter de perdre des investissements français, et la France à s'aliéner un allié stratégique vu la place que le Rwanda occupe dans la région. Membre du Commonwealth et de la Francophonie, le Rwanda ne pourra que profiter d'un climat de paix qui va se répercuter sur le quotidien des Rwandais. De quoi entrevoir les opportunités d'investissement dans divers secteurs, d'octroi de bourses d'études, etc. L'amélioration des relations doit aboutir à des choses tangibles dans la durée. L'engagement doit se faire entre les États et non seulement entre les individus. »

© Fournis par Le Point Dans l'esprit de nombreux Rwandais, il y a le souhait que la france s'excuse officiellement.  © LUDOVIC MARIN / AFP

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