Mamadou Dia : « Ce film est une alerte, pour créer un questionnement »

© Joyedidi

Nafi (Aicha Talla) fait la fierté de son père, Tierno (Alassane Sy), imam de la petite ville de Yonti. Non pour sa beauté, insolente, mais pour son intelligence, son indépendance d'esprit. On la découvre, moqueuse, repassant en boucle sur son téléphone la vidéo d'un pugilat entre deux députés à l'Assemblée nationale. Puis, effrontée, quand elle repose négligemment le hidjab offert par son oncle et futur beau-père, Ousmane (Saikou Lô) : « Tu ne voudrais quand même pas que je me voile ? »

Baamum Nafi (« Le père de Nafi ») est le premier long-métrage du réalisateur sénégalais Mamadou Dia. Il campe la rivalité entre deux frères, et deux visions de l'islam qui s'opposent, incompatibles. Tierno, imam comme son père, et commerçant, incarne un islam soufi, modéré. Le chapelet enroulé autour de son poignet n'est jamais loin des grigris. Ousmane est allé étudier en Europe, il revient au pays avec des liasses de billets et une interprétation de l'islam plus rigoriste. Subtilise et dégonfle les ballets de foot, rase les crânes des enfants.

En compétition au Fespaco pour l'Étalon d'or du meilleur long-métrage de fiction, Baamum Nafi s'empare d'un thème brûlant et complexe, l'« annexion », selon le terme d'un de ses personnages, de territoires en Afrique de l'Ouest par des extrémistes religieux. Une situation que Mamadou Dia a pu suivre en tant que journaliste, au Mali et au Nigeria. Mais son film est aussi une chronique sociale, intime et délicate, au plus près des habitants de Yonti. Rencontre.

Le Point Afrique : Vous êtes au Fespaco en tant que réalisateur de Baamum Nafi, en compétition, et vous représentez aussi le Sénégal, pays invité d'honneur. Que ressentez-vous ?

Mamadou Dia : Je suis très content et honoré d'être dans le pays où le cinéma existe historiquement. Le Sénégal est en effet très présent cette année, avec une délégation importante, de nombreuses productions à l'affiche ou en compétition officielle, un film franco-sénégalais, Atlantique, de Mati Diop, qui a ouvert le festival? Nous profitons aujourd'hui de l'héritage de nos aînés qui ont écrit l'histoire cinématographique. Cela se traduit concrètement par les moyens techniques dont on dispose désormais au Sénégal, où on peut faire un film intégralement avec des techniciens locaux.

Mamadou Dia : « Ce film est une alerte, pour créer un questionnement »