Tribune : le temps est venu d'agir pour renforcer la résilience face à la sécheresse

Ibrahim Thiaw, Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. © UNCCD Ibrahim Thiaw, Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification.

Ibrahim Thiaw est Secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. A l'occasion de la Journée mondiale de l'eau, ce 22 mars 2022, il prend la parole pour insister sur la nécessité d'agir pour freiner la sécheresse.

La sécheresse qui ravage les communautés de la Corne de l'Afrique me rappelle les ravages causés par une grande sécheresse dans ma ville natale en Mauritanie dans les années 1970. D'abord, nos approvisionnements en eau se sont taris, puis les mauvaises récoltes ont suivi, le bétail a péri, et le risque de famine a plané sur notre village et les régions environnantes pendant des mois. Les mois se sont écoulés comme si c’étaient des années.

La crainte d'un avenir précaire

Alors que nous célébrons la Journée mondiale de l'eau en 2022, des dizaines de millions de personnes à travers l'Afrique subsaharienne, l'Amérique latine et les Caraïbes et l'Asie centrale ont été exposées à la sécheresse depuis le début de l'année. Les organisations d’aide humanitaires ne peuvent pas faire face au nombre considérable de personnes ayant besoin de secours et d'aide alimentaire. Rien que dans la Corne de l'Afrique, on estime que 13 millions de personnes, principalement des femmes et des enfants, souffrent d'une grave famine due à la sécheresse.

De plus, les sécheresses persistantes dans les principaux pays producteurs et exportateurs de denrées alimentaires, de l'Argentine à l'Australie, font grimper les prix mondiaux des produits alimentaires, tout en précipitant des millions de personnes sous le seuil de pauvreté.

Bien que les pays les plus démunis soient touchés de manière disproportionnée par ces impacts, les pays les plus aisés ne sont pas à l'abri des sécheresses. Une étude récente a révélé que les deux dernières décennies dans l'ouest des États-Unis ont été la période la plus sèche depuis 1200 ans. Rien qu'au cours de la dernière décennie, on estime que les sécheresses ont coûté près de 150 milliards de dollars dans le monde. Pour les pays qui doivent se remettre des effets de la pandémie de Covid-19, les sécheresses sont économiquement dévastatrices.

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Les sécheresses ont toujours fait partie intégrante des écosystèmes naturels, mais ce que nous vivons actuellement est aggravé par l'activité humaine. Ces récentes sécheresses laissent présager un avenir précaire pour l’humanité. Les pénuries de nourriture et d'eau, ainsi que les feux de brousse provoqués par de fortes sécheresses, se sont tous intensifiés au cours de ces dernières années. Le nombre et la durée des sécheresses ont augmenté de 29 % depuis l’an 2000 par rapport aux deux décennies précédentes. Avec le changement climatique, les sécheresses vont devenir plus intenses et leurs conséquences plus graves. Nous serons de plus en plus nombreux à vivre dans des régions touchées par des pénuries d'eau extrêmes.

Toutes ces raisons sont plus que suffisantes pour œuvrer à la lutte contre la sécheresse, contre ses risques et ses conséquences aux niveaux local, national, régional et mondial.

Des trésors cachés à préserver

Pourtant, la sécheresse n'est pas seulement l'absence de précipitations. Elle est souvent le résultat d'une mauvaise gestion des terres. Cette année, la Journée mondiale de l'eau met en évidence les liens entre l'eau et la gestion des terres. Elle appelle à protéger et à préserver nos ressources en eaux souterraines et nos nappes phréatiques, ces trésors cachés qui pourraient continuer à enrichir nos vies même en période de sécheresse, si nous les gérons durablement.

C'est pourquoi la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification promeut un nouveau concept qui est une approche intelligente de la gestion intelligente des terres face à la sécheresse, qui implique l’étude des possibilités d'intervention sur les sols, en plantant par exemple des espèces moins sujettes à la sécheresse ou en passant à l'agriculture biologique, afin d'atténuer les risques de sécheresse. Plus de 60 pays participent à l'initiative mondiale contre la sécheresse de la Convention qui prévoit notamment l'utilisation de ces outils. Ces étapes sont certes importantes, mais elles ne sont pas suffisantes.

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Prévenir plutôt que réagir

Dans la perspective de la prochaine Conférence des Parties qui se tiendra à Abidjan, en Côte d'Ivoire, au mois de mai, j'encourage toutes les Parties et les acteurs concernés à définir et mettre en œuvre un programme encore plus ambitieux dans le cadre de la Convention en matière de planification, d'intervention et de résilience à la sécheresse.

Cela implique d'agir dès maintenant pour éviter que les sécheresses ne se transforment en catastrophes. Prévenir et planifier à l'avance coûte beaucoup moins cher que de réagir et de faire face aux conséquences de la sécheresse. Nous devons nous engager à mener une politique et des partenariats concertés à tous les niveaux. L'élaboration et la mise en œuvre de plans d'action intégrés contre la sécheresse constituent la première étape.

Nous devrions également mettre en place des systèmes d'alerte préventifs efficaces qui pourraient fonctionner au-delà des frontières, déployer de nouvelles technologies telles que la surveillance par satellite pour prendre des décisions informées, opportunes et basées sur des données, et mobiliser un financement durable pour améliorer la résilience à la sécheresse et investir dans des méthodes de gestion durables des terres et de l'eau

La bonne nouvelle est que nous sommes conscients de ce qu'il faut faire pour protéger notre avenir contre la sécheresse. Mais il faut agir maintenant.

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