Musique – Robinio Mundibu : « J’ai des singles qui pèsent autant qu’un album, non ? »

Depuis 2018, on attend avec impatience le premier album de l’étoile montante (déjà reconnu comme artiste suprême au Congo) Robinio Mundibu. La crise du Covid-19 a barré la route au projet, une fois de plus. Mais l’homme n’en perd pas son optimisme, et sort un clip ainsi qu’un EP, en attendant l’album rêvé.

Robinio Mundibu. © BOKEH Robinio Mundibu.

« Biso nioso lelo toko mata Nzete » fredonne Robinio Mundibu, à l’autre bout du fil. Il est installé dans une voiture, garée dans une rue de Kinshasa. Entre ses mots, on devine l’agitation de la rue qui l’entoure, et on a parfois du mal à comprendre tout ce qui passe par la ligne téléphonique. Mais la traduction de cette phrase, on l’a : « nous allons tous grimper sur l’arbre ». Au-delà du sens littéral, ce que raconte ici Robinio, c’est sa joie, sa bonne humeur, son optimisme à toute épreuve, une façon de dire « allons toujours plus haut ». C’est le texte de la chanson Nzete (l’arbre en kinois), dont le clip vient de paraître, le 19 mai, et qui fera partie de son prochain EP, prévu pour le 26 mai.

De l’électronique à la musique

Robinio Mundibu commence la musique tout petit, à l’époque, il s’appelle Mongala Akelembi. Il aimerait en faire son métier, mais ses parents ne sont pas du même avis, ils attendent de lui qu’il soit ingénieur. « Devenir musicien ? Mon père n’était pas d’accord. J’aurais été l’enfant qui déroute le choix de la famille », commence-t-il. Il explique qu’en Afrique, « si tu embrasses une carrière dans la musique, tu n’as pas le temps de faire autre chose à côté, comme aller à l’école », et ça pour les parents ce n’est pas acceptable. Le jeune homme suit la ligne de conduite programmée pour lui et obtient un diplôme d’électronique. « Pour moi qui voulait être musicien, je me retrouvais ingénieur électricien, vous voyez la folie ? Ce n’était pas facile ! », se souvient-il.

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Il mêle alors cet emploi (qu’il continue à pratiquer, par ci par là, précise-t-il) à sa passion, qui ne tarde pas à prendre le dessus. Il est fasciné par ses idoles locales, Quartier Latin, Wenge Musica Maison Mere, Wenge Musica BCBG, Koffi Olomide : « je les enviais tellement, en fait », résume-t-il. Puis l’envie prend forme, il rejoint Do Akongo (ex musicien de Quartier Latin) et y apprend la rumba. Ensuite, il change de maître pour Tutu Caludji (ex de Wenge Musica). Pressé de passer aux choses sérieuses, il s’inscrit aux tests pour intégrer la plus prestigieuse formation qui soit, la troupe Wenge Musica Maison Mère, sous la tutelle du célèbre chanteur auteur-compositeur congolais, Werrason. En 2009, il est pris et touche le succès pour la première fois, du bout des doigts. « Pour moi, le but, c’était d’être formé. Je me disais : je dois m’accrocher à un grand ! Et Werrason donnait sa chance aux jeunes », continue-t-il.

Au début de sa carrière solo, personne n’y croit

Il y passe 5 ans, mais alors que tout le monde s’attend à ce qu’il y reste « 10 à 15 ans, au minimum, c’est ce qu’il faut pour être reconnu », il s’en va. Son petit rôle ne lui convient pas, il veut plus. Entre deux coupures de réseau mobile, il précise qu’à ce stade, son père a compris à quoi son fils est destiné, et accepte que la musique soit son leitmotiv.

On est en 2014 et Robinio Mundibu veut tracer sa route en solo. « Personne ne croit que ma carrière va décoller, on me répète que ce n’est pas avec mes petits vocaux réalisés pour Wenge Musica Maison Mère que je vais pouvoir exister tout seul », reprend l’artiste. Et pourtant, il se fait sa place. En témoignent son succès explosif sur YoutTube et son intervention en première partie de Fally Ipupa, à l’AccorHotels Arena en février 2020.

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Pour une introduction à une soirée festive, Robinio a tout ce qu’il faut dans son répertoire. Rumba, afro-house, RnB, hip hop, afrobeats, la palette est large… Vous prendrez quoi pour danser ce soir ? « Je cherche ça, justement, des gens qui dansent, de l’ambiance. Je veux que ma musique aide les gens à s’épanouir. Il faut qu’il y ait de la joie, tout le temps, pour lutter contre le stress ! Quand on m’écoute, ça doit être la comédie : vous dansez, vous rigolez », illustre-t-il simplement. Robinio est du genre optimiste, « si on se dit que ça va mal, on va engendrer le fait que ça aille mal. Qu’on soit malade, qu’on perde quelqu’un qu’on aime, on continue de rire, de garder de la joie, chez moi il n’y a jamais de barrière à la joie ».

Un album retardé (entre autres) par la pandémie

Même cette année sans concert, sans voyage, sans grand événement pour le monde musical à cause de l’épidémie de Covid-19, Robinio Mundibu l’a bien vécue. Il en a profité pour se perfectionner, répéter à gogo, « en attendant que ça s’arrange ». Pourtant, il aurait eu de quoi y voir un coup du sort. En mars 2020, il rentre de France pour le confinement au Congo, après la consécration de la scène parisienne. À ce moment-là, il s’apprête à voir un rêve se concrétiser : plusieurs featurings pour enfin finir l’album Noir & Blanc. « Il sortira bientôt » ne cessent de répéter ses attachés de presse et lui-même, depuis 2018, première évocation de sa parution. L’artiste veut que tout soit parfait, il était prêt à prendre son temps pour que ce soit le cas. Mais l’année 2020 devait être décisive, les partenariats étaient scellés, les rencontres musicales allaient se faire, les titres allaient pouvoir sortir de terre et l’album se trouver dans les bacs.

« Bon, on y travaille. C’est encore un projet. On ne va pas pleurnicher, mais 2020 a vraiment tout retardé. Et mes artistes, déjà ciblés, je les aime vraiment, je veux qu’ils participent à Noir & Blanc, donc je les attends », reprend-il fermement. Tant que toutes les conditions ne sont pas réunies, il continue de sortir des EP, un clip, histoire de faire patienter. Robinio reste confiant, « mes fans ne sont pas déçus je crois, et puis j’ai des singles qui pèsent autant que des albums, non ? »

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