Londres se met en mode finale

Les supporteurs anglais se sont rassemblés ce dimanche aux abords de Wembley à quelques heures d'Italie-Angleterre. © Peter Cziborra Les supporteurs anglais se sont rassemblés ce dimanche aux abords de Wembley à quelques heures d'Italie-Angleterre.

Hyde Park, dans le cœur de Londres, le matin d’un dimanche historique de finale d’Euro. Des dormeurs sur les pelouses. Des familles en pique-nique. Une enfant aux épaules accueillantes : des dizaines de pigeons s’y réfugient. Il y a la douceur paisible et habituelle du lieu. Une douceur de dimanche. Mais le football a ce pouvoir-là de tout rattraper. Il baratine la normalité. Avant Angleterre-Italie à 21 heures à Wembley, une autre rencontre cruciale se déroule sur l’herbe des Old Football Pitches de Hyde Park. Un match qui relate le temps, l’amitié. L’Angleterre n’a pas remporté le moindre trophée depuis cinquante-cinq ans mais Imran et ses amis, eux, ne se sont pas retrouvés tous ensemble depuis plus de deux décennies. Une compagnie de quatorze anciens étudiants de l’université de Birmingham, un match de football pour les réunir tous. Pourquoi maintenant ? Imran, barbe grise de fin de quarantaine et genoux qui couinent, avoue que l’occasion était trop belle. Que des événements comme cette finale créent une faille temporelle. Que c’est un beau moment et qu’il faut «marquer le coup».

Certains portent un tee-shirt figurant le drapeau de la Palestine, «parce qu’il faut soutenir les opprimés en toutes circonstances», d’autres le maillot rouge de Liverpool. Ils se prennent en photo comme à la remise d’une coupe : allongés, les gueules déformées par la joie. Imran se remémore ce périple à moto, réalisé tous ensemble à la fin de leurs études. Londres, puis Calais, Paris, Lyon, Nice, l’Espagne et l’Afrique. «C’était le bon temps.» Une troupe comme une équipe, et c’est un peu cela qui peut faire gagner l’Angleterre ce soir, estime l’homme. «L’esprit que l’entraîneur, Gareth Southgate, a construit avec les joueurs, c’est quelque chose. Ils se tiennent les coudes, ils sont soudés. Ça va passer.»

Unité ambiante

En dehors de Hyde Park, Londres trépigne. Des voitures se sont habillées de drapeaux anglais. Les couloirs du métro chantent. Les écrans des arrêts de bus déroulent des encouragements pour Southgate et ses lads. A Leicester Square, lieu des réunions des supporteurs dans le centre de la ville, des centaines de personnes se sont déjà rassemblées. Les pubs du coin sont remplis, et affichent complet pour le soir. «J’ai réservé ça dès la qualification», assure Chris, dans son maillot circa 1996, lorsque l’Angleterre avait échoué en demi-finale de son Euro. Sur la terrasse d’un restaurant italien chic, un serveur persuade une tablée de petits vieux bien apprêtés que les Three Lions ont «99,99 % de chances» de remporter le match, que ça lui fait mal de le dire mais c’est ainsi qu’il le sent. Les têtes chenues approuvent.

Dans le quartier trendy de Bermondsey, près de la Tamise et de ses docks, le lotissement le plus patriote du pays bourdonne. Le Kirby Estate est le joyau de la télé : des images faciles. Des murs en briques rouges, des balcons comme des coursives et 400 bannières de la Croix de saint Georges, le drapeau anglais, qui volent sur les fenêtres et sur des cordes reliant les bâtiments. Pour contester l’unité ambiante, un drapeau du Brésil, un du Portugal et deux de l’Ecosse. On y entend, depuis les regroupements de résidents, que «le football rentre à la maison ce soir» – on entend ça partout. Depuis le deuxième étage, une femme jette des cacahuètes à un gamin. Il tente de les gober mais elles rebondissent sur sa tête. «Qu’est-ce qui t’arrive ? Ta bouche est si grosse d’habitude !» Un habitant raconte que tout le monde ici forme une communauté soudée. La mode des drapeaux est apparue en 2012, s’il se «souvient bien» et, ce soir, c’est son apogée. Lui n’aime pas le football, mais il regardera le match, «pour pas être trop largué». Des enfants jouent au football. Un môme crie «Sterling !» Un autre «Kane !» Raheem Sterling, Harry Kane, les fers de lance de la sélection. Devant eux, des panneaux avertissent : «No ball games.»

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