Macron - Poutine : les coulisses de leur rencontre

Au Kremlin, pour le président Macron, une mise en scène aux airs de guerre froide.

Face à Vladimir Poutine , Emmanuel Macron exerce sa patience. Malgré sept rencontres en cinq ans, seize échanges téléphoniques rien que sur les trente derniers mois, le président français se garde bien de dire qu’il a cerné la psychologie du maître du Kremlin. « Je n’ai aucune prétention, je fais mes meilleurs efforts. J’ai simplement compris quelques-uns de ses ressorts intimes, qui sont culturels, historiques et liés au ressentiment des trente dernières années », nous confie-t-il avant de débarquer à Moscou. Le chef de l’État sait qu’avec Poutine il ne doit pas compter son temps.

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En 2018, attendu à 17 heures au musée de l’Ermitage, il a dû repousser sa visite à 2 heures du matin, retenu par son homologue ! L’année suivante, au fort de Brégançon, exceptionnellement ouvert à un hôte étranger, Poutine s’était déjà longuement attardé, mais, ce lundi 7 février, les deux hommes battent leur record. Le tête-à-tête va durer près de six heures, tout juste interrompu par un repas copieux. Car Vladimir Poutine sait recevoir. Pommes aux langoustines, raviolis aux épinards, soupe aux cinq poissons, steak d’esturgeon, viande de renne aux patates douces et aux mûres, tarte aux poires accompagnée de sa glace à la vanille et de son sorbet au gingembre : pas moins de six plats et du vin en abondance. Un dîner pour la paix ? Seul l’avenir le dira.

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Emmanuel Macron affiche d’emblée, pour ce deuxième déplacement à Moscou, sa « volonté d’optimisme ». Finie l’époque du cavalier seul, comme au Liban. Président en exercice de l’Union européenne pour six mois, il a en tête l’implication de Nicolas Sarkozy face à la crise en Géorgie en 2008. Ou plus près de nous, en 2014, cet accord de Minsk obtenu à l’arraché par le tandem Hollande-Merkel, pour imposer un cessez-le-feu en Ukraine. « Nous ne sommes pas dans une situation de guerre chaude comme on en a vécu en Géorgie ou en Ukraine. Nous sommes dans une situation de tension extrême, à un niveau d’incandescence que l’Europe a rarement connu », se défend Emmanuel Macron piqué par la comparaison avec ses prédécesseurs. L’actuel président, lui, arrive, ayant déjà fait la tournée des popotes. Il a passé des heures au téléphone avec Poutine, mais aussi avec le président ukrainien Zelensky, ses homologues américain, allemand, britannique et presque tous les dirigeants européens. Il sait que ses efforts pour amadouer l’inflexible patron de la Russie n’ont jusque-là pas été vraiment couronnés de succès. « Je ne pensais pas une seconde qu’il allait faire des gestes », confiera-t-il dans l’avion pour Kiev.

Au Kremlin, pendant la conférence de presse. Emmanuel Macron rend hommage au sang-froid du président ukrainien face aux 125 000 soldats à ses frontières : «Oserais-je dire, ça rend nerveux.» © Alvaro Canovas / Paris Match © Fournis par Paris Match Au Kremlin, pendant la conférence de presse. Emmanuel Macron rend hommage au sang-froid du président ukrainien face aux 125 000 soldats à ses frontières : «Oserais-je dire, ça rend nerveux.» © Alvaro Canovas / Paris Match

Mais pas question de renoncer : Emmanuel Macron entend mettre à profit la crédibilité dont il dispose au Kremlin. Il est temps de lester son bilan diplomatique. Si les Français jugent dans leur ensemble qu’il représente bien la France à l’étranger, mis à part le succès du plan de relance européen de l’été 2020, au début de la crise sanitaire, les résultats sont maigres. Avec cette crise, il remet en selle l’Europe. C’est sa priorité. Il a d’ailleurs prévenu qu’il liait son entrée en campagne à la fin du « pic de la crise géopolitique ». L’international n’a jamais fait gagner une élection présidentielle mais il permet de soigner sa stature. Et, au passage, de rester en surplomb d’une campagne qui peine à captiver. Personne en France ne lui reprochera d’avoir essayé de faire baisser les tensions en Ukraine, pas même ses rivaux à la présidentielle. Enfin... pas pour l’instant.

Lorsque Emmanuel Macron arrive dans la capitale russe, il a plutôt le vent de face. La guerre entamée en 2014 a déjà fait au moins 14 000 morts. Cette fois, l’Amérique de Biden a décidé de hausser le ton. L’Otan a commencé d’aligner ses troupes sur le front est.


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