Exclu365 – Athlétisme/R.Lavillenie : « L’alimentation performante et durable, c’est possible »

renaud lavillenie © Panoramic renaud lavillenie

Aux commandes de la soirée organisée par MAIF et la FFA dans le cadre du déploiement du programme « MAIF Sport Planète », Renaud Lavillenie (35 ans) a souhaité sensibiliser les jeunes sportifs à une alimentation performante et éco-responsable. Remis de sa blessure, il s’est ensuite projeté pour nous sur ce qui l’attend, avec évidemment à l’horizon les Jeux de Paris, où une médaille ferait son bonheur.

Aux côtés de la cheffe Chloé Charles, le perchiste Renaud Lavillenie (35 ans) a animé samedi dernier à la brasserie du club de rugby du LOU, à Lyon, un atelier culinaire destiné à sensibiliser 33 jeunes athlètes du collectif « Ambiton 2024 » à l’alimentation performante et durable. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre du dispositif « MAIF Sport Planète », qui œuvre pour une pratique sportive plus écoresponsable. La toque reposée, le champion olympique, ravi d’avoir emmagasiné beaucoup de conseils précieux lors de cette soirée, a fait le point pour nous sur sa carrière à l’aube de ces Jeux de Paris 2024 où il visera avant tout le podium sachant que l’or semble promis à l’extra-terrestre Armand Duplantis. Le Clermontois se dit par ailleurs très heureux de retrouver des sensations après sa blessure à la cheville gauche venue le freiner l’été dernier.

Renaud Lavillenie, samedi dernier, vous avez animé un atelier culinaire de sensibilisation à l’alimentation performante et écoresponsable. Que retenez-vous de cette expérience ?

Moi, de base, je ne suis pas cuisinier, donc pouvoir partager un moment avec une cheffe (Chloé Charles, découverte dans l’émission Top Chef 2021) autour d’une thématique aussi intéressante qu’intrigante était une belle expérience. J’ai passé un vrai bon moment que je le referai avec grand plaisir.

Que vous inspire ce programme du dispositif « MAIF Sport Planète » pour initier les futurs champions à l’alimentation durable et performante ?

C’est clairement un sujet important et pertinent. Pour nous, sportifs de haut niveau, ça peut sembler compliqué, parce que notre carburant, ce sont les protéines, donc on ne peut pas se rater là-dessus sinon cela peut avoir un impact direct sur la performance. Ça permet aussi de bousculer les idées reçues sur le sportif qui doit manger des féculents et de la viande blanche ou rouge. Ce programme nous fait prendre conscience que l’on peut arriver à varier notre alimentation et privilégier certains modes de consommation, avec des produits locaux et de saison, tout en ayant les apports nécessaires pour être performant. L’alimentation à la fois performante et durable, c’est possible. C’est important de véhiculer ce message auprès de la jeune génération pour la mettre dans le bon chemin dès le début, ce sera toujours ça de pris pour la suite.

Est-ce que cela a été un peu la teneur de votre message lors de cet atelier ?

Clairement. Moi, j’ai 35 ans et quinze ans de sport de haut niveau derrière moi, donc forcément les choses ont évolué au cours de ma carrière. L’alimentation n’était pas forcément la priorité au debut. Et puis, peu à peu, on se rend compte que mieux on mange, mieux on sera à l’entraînement. On réalise que lorsque l’on fait les bonnes choses au bon moment, on maximise notre potentiel et on favorise la réussite. Chaque étape est importante et l’alimentation fait partie intégrante de l’entraînement. On peut avoir toutes les qualités du monde et le meilleur entraînement du monde, si on se rate sur l’alimentation, cela aura un impact néfaste sur la performance. Si tous ces jeunes ont la chance d’avoir de bons conseils suffisamment tôt dans leur carrière, ça peut leur éviter de faire des erreurs et donc de perdre un peu de temps. De plus, depuis quelques années, on parle de plus en plus des enjeux environnementaux, et on aurait tort d’aller à l’encontre de ces nouveaux modes de vie plus responsables qui sont largement compatibles avec notre quotidien d’athlète de haut niveau.

Avez-vous appris des choses, vous, personnellement ? Et si oui, qu’avez-vous appris ?

Oui, bien sûr. Surtout qu’en marge de l’atelier, de nombreuses informations ont été communiquées pour prendre conscience du carbone présent dans nos assiettes et changer certaines croyances qui s’avéraient totalement fausses. J’ai aussi réalisé que certains aliments qui ne semblaient pas appétissants au départ peuvent le devenir s’ils sont bien cuisinés ou mariés avec quelque chose que l’on aime, et que ces aliments nous permettront en plus d’avoir les bons apports nutritifs pour pouvoir performer. Lors de cette soirée, on a eu une bonne base de travail, à nous maintenant d’approfondir et d’aller plus loin dans la démarche.

Est-ce que cela vous a donné envie de vous mettre à la cuisine ou pas ?

Alors non (il rit). J’ai la chance d’avoir une femme dont le papa était chef, qui a passé beaucoup de temps dans les cuisines et qui aime bien ça. Donc je lui laisse le côté cuisine, et moi, je m’occupe de déguster ce qu’elle me prépare ! Je suis quand même capable de cuisiner, mais je suis surtout concerné par la préparation des repas, me dire que je vais essayer de réduire tel ou tel aliment ou augmenter tel ou tel autre. C’est une bonne dynamique.

Un tel atelier vous aurait-il profité au début de votre carrière ?

Clairement, oui. Si j’avais pu en bénéficier il y a dix ans, ça aurait pu être très intéressant, parce que ce n’est pas une hérésie de dire que quand on parle d’alimentation à un sportif, c’est assez restrictif. Le sportif mange des féculents très régulièrement avec de la viande. Or, sortir de cette démarche n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire. On peut avoir une alimentation performante, saine et équilibrée. J’ai eu la chance que mes parents me proposent une alimentation équilibrée quand j’étais jeune, donc j’ai continué de cette façon.

« J’ai été à un moment dans la peau de Duplantis »

Vous n’avez pas forcément été gâté par le sort ces derniers temps. Dans quel état d’esprit vous trouvez-vous alors que viennent de se terminer des Mondiaux en salle auxquels vous aviez décidé de renoncer ?

Depuis cet été, j’ai vécu un bon petit périple pour réussir à revenir sportivement, parce que ma blessure à la cheville a été vraiment sévère. J’ai été très content cet hiver de pouvoir pratiquer de nouveau mon sport, même si j’ai eu plus d’irrégularités que d’habitude. J’arrive à remettre tout ça en place. J’ai pris une décision difficile cet hiver de ne pas aller aux Championnats du monde pour pouvoir prendre plus de temps dans ma préparation et me concentrer sur les Championnats du monde de cet été. Pour l’instant, ça se passe plutôt bien, je suis dans la bonne dynamique pour pouvoir retrouver un niveau de performance assez intéressant cet été et pouvoir continuer à me faire plaisir.

Avez-vous craint de devoir mettre un terme à votre carrière ?

Non, je ne l’ai pas craint, parce que, de toute façon, par chance, si on peut appeler ça comme ça, j’avais fait d’énormes performances à l’hiver 2021. Et même juste avant de me péter (sic), cet été j’avais sauté à 5,92 m cet été. J’étais vraiment sur de grosses performances qui me permettaient de faire un gros résultat aux JO. Du coup, je n’étais pas en mode : je me suis fait mal au moment où ça n’allait plus. Ce qui fait que je me suis juste dit que je n’allais évidemment rien lâcher, tout donner et revenir. C’est ce que je suis en train de mettre en place. J’espère être en mesure de pouvoir être acteur du jour où je dirai stop. Mais j’espère que ce jour n’est pas près d’arriver, car j’ai toujours envie de prendre du plaisir et de continuer à être sur les sautoirs.

Mentalement où en êtes-vous ? Il n’est pas compliqué d’imaginer que l’échec des Jeux de Tokyo n’a pas dû être facile à vivre pour vous ?

Le truc, c’est que j’étais arrivé déjà diminué. Et pour moi, c’était déjà presque un exploit d’être présent là-bas. Donc pouvoir à la fois sauter et être finaliste avec une cheville qui en vrac et l’autre pied qui avait ramassé avec la talonnade, a rendu les choses moins difficiles à digérer parce que j’ai réussi à faire quelque chose que peu de personnes auraient été capable de faire. Ça n’enlève rien à la frustration quand je pense que la médaille était clairement jouable si je n’avais pas eu cette blessure. Mais il faut savoir faire avec le contexte du moment et ça apporte de la motivation, de me dire qu’il y a encore moyen d’aller chercher quelque chose sur les prochains championnats, même si la concurrence est dure. Ma capacité à me transcender sur un championnat est toujours intacte et sera toujours l’un de mes atouts pour aller chercher des médailles.

Avec l’avènement d’Armand Duplantis, avez-vous toutefois le sentiment aujourd’hui que vous ne pouvez plus lutter que pour la deuxième place derrière lui ?

Oui, évidemment. Après, on fait du sport, on fait du saut à la perche et ce n’est jamais écrit d’avance. Il est évident qu’il a pris un avantage considérable et que l’on ne peut pas espérer battre « Mondo » avec un saut à 5,80m. Maintenant, j’ai vécu la même chose à un moment en étant dans sa peau. Comme lui, j’étais habitué à quasiment tout gagner. Et si je ne me ratais pas, c’était la première place pratiquement assurée à chaque fois. Après, on peut aussi se rater, ça fait partie du jeu. J’ai la chance d’avoir une carrière assez dense, avec pas mal de médailles. Et pour moi, ça a toujours été le plus important. A savoir qu’au-delà d’avoir l’or à tout prix, j’ai toujours visé la médaille en priorité. Qu’il y ait l’avènement de « Mondo » ou pas, cela n’enlève rien au fait que ma priorité est de jouer le podium. Et après, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer sur un concours.

Pour vous, Duplantis est-il le meilleur perchiste de tous les temps ? Ou pensez-vous au contraire que cela reste Sergueï Bubka ?

Dans l’absolu, c’est à la fois comparable et incomparable, car ce ne sont pas les mêmes époques et que nous ne sommes qu’au début de « Mondo ». Clairement, on ne peut pour l’instant pas dire qu’il soit le meilleur perchiste de tous les temps, car Bubka a fait quelque chose de monstrueux. Il a gagné six fois les Championnats du monde, il a fait 35 records du monde, plus toutes ses perfs à six mètres etc… Il a quand même des stats qui sont vraiment très solides. Duplantis a une carrière qui est récente. Il est champion du monde en salle, champion olympique, champion d’Europe, mais tout ce qu’il a fait pour l’instant, il ne l’a fait qu’une seule fois sur les grands championnats. On verra dans dix ans s’il aura réussi à accumuler autant de titres et de records (que Bubka), ce qui est largement possible. Une chose est sûre : Bubka était le meilleur perchiste des années 90, « Mondo » est en voie d’être le meilleur perchiste des années 2020, sans aucun doute. Maintenant il faut voir sur la durée pour « Mondo ». Quand il aura gagné cinq championnats du monde et trois JO, il ne fera évidemment pas le match avec les autres. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas, donc on a le temps de voir ça (rires).

« Si je vais à Paris pour gagner, c’est que Duplantis sera sur une jambe »

Vous rêvez forcément de décrocher l’or à Paris. Vous en sentez-vous capable ?

Honnêtement, le truc de dire que je vais aller à Paris pour gagner… Je suis lucide : si je vais à Paris pour gagner, c’est que « Mondo » sera sur une jambe, sinon, ce sera compliqué. Après, dans notre sport, ce n’est pas parce que tu finis deuxième que tu as perdu, et ce en fonction d’un peu tout. Pour moi, l’objectif à Paris sera clairement d’être le plus compétitif possible pour aller chercher la médaille qui m’a échappée à Tokyo. Ce sera vraiment mon objectif principal. Le travail que je suis en train de mettre en place fonctionne plutôt bien. Je verrai cet été comment ça va se passer, mais quoi qu’il arrive, je n’ai jamais été pessimiste envers moi-même. J’ai toujours eu confiance en moi, donc ce n’est pas maintenant que je vais me l’enlever. On a encore un peu de temps d’ici 2024, donc je n’ai aucune raison de ne pas croire en moi, même s’il faudra attendre de voir dans quel contexte tout le monde sera. Mais il y a encore deux ans d’attente !

Si on vous retrouve sur les prochains Mondiaux en plein air, pourra-t-on en déduire que vous êtes de nouveau au Top ?

Oui, bien sûr. De toute façon, tous les championnats à venir vont être de vrais entraînements (pour les Jeux 2024). Les Championnats du monde cet été vont être très importants pour moi car ils vont me permettre de relancer la machine, qui a été un peu enrayée. Et sachant que derrière, il y aura des Championnats d’Europe, puis des Championnats d’Europe en salle, puis de nouveau des Championnats du monde. On a quand même pas mal de championnats avant les JO pour jauger le terrain et voir comment tout cela va évoluer. La discipline est plutôt en vogue en ce moment, il y a une belle génération avec plusieurs perchistes qui sont plutôt performants. Cela ne tourne pas autour d’une seule personne. Mais comme d’habitude, il ne faudra pas se rater sur les grands rendez-vous.

Parmi les perchistes qui montent, il y a votre petit frère Valentin, quatrième des derniers Championnats de France…

Oui, c’est bien ce que fait Valentin parce qu’il ne lâche pas et qu’il arrive à se sortir de belles situations. Mais c’est pareil : en France, on a aussi une belle génération avec des jeunes qui sont là et d’autres qui poussent derrière. Et dès lors que l’on commence à baisser un peu de niveau, quelqu’en soit la raison, on sait qu’il n’y a pas d’assurance tout risque. Ce qui a été fait cet hiver rend aussi les choses intéressantes pour cet été, sachant que ceux qui n’ont pas réussi auront les crocs pour se rattraper cet été. C’est un match continu sur les sautoirs, et c’est ce qui permet de voir des performances au quotidien.

Et il y a « le vieux » qui fait de la résistance ?

(rires) Oui, oui, il n’y a pas de raison de lâcher, on va voir ça d’ici quelques mois maintenant !

Exclu365 – Athlétisme/R.Lavillenie : « L’alimentation performante et durable, c’est possible »