Maroc : Le CESE pointe les raisons limitant la portée de l’indemnité pour perte d’emploi

© Fournis par Yabiladi

Saisi par la Chambre des conseillers, le CESE a rendu récemment un avis sur le mécanisme d’indemnité pour perte d’emploi, pointant ses faiblesses ainsi que les raisons limitant sa portée. Le conseil recommande ainsi de mettre en œuvre un système d’indemnisation chômage, avec un régime assurantiel, un régime d’assistance et un dispositif actif d’aide au retour à l’emploi.

Pensée comme un «filet de sécurité sociale» pour éviter aux personnes de tomber, du jour au lendemain, dans la pauvreté plutôt qu’une assurance chômage, l’indemnité pour perte d’emploi (IPE) n’a pas réalisé son objectif escompté. Prévue par le Code du travail depuis 2004, le mécanisme ayant vu le jour en 2015 n’a bénéficié qu’à un nombre limité de personnes.

Ainsi, sur les 32 633 salariés qui ont déposé une demande de l’IPE en 2019, seuls 15 036 salariés ont pu bénéficier de cette prestation. Au total et depuis sa création, cette indemnité, égal à 70% du salaire de référence (salaire mensuel moyen déclaré des 36 derniers mois) sans excéder le montant du salaire minimum légal (SMIG), n’a été accordée qu’à 77 826 salariés, un chiffre bien en deçà de l’objectif fixé de 30 000 bénéficiaires par an.

Alors que la loi-cadre sur la protection sociale prévoit notamment la généralisation de l’indemnité pour perte d’emploi durant l’année 2025 pour couvrir toute personne exerçant un emploi stable, à travers la simplification des conditions pour bénéficier de cette indemnité et l’élargissement de la base des bénéficiaires, la Chambre des conseillers a saisi le Conseil économique, social et environnemental (CESE) pour réaliser une étude sur «Le système d’indemnité pour perte d’emploi». L’instance, dirigée par Ahmed Réda Chami vient de rendre sa copie.

Trois principales raisons limitant la portée de l’IPE

L’analyse des caractéristiques du dispositif actuel de l’IPE fait ressortir trois principales raisons limitant sa portée, indique le CESE dans son étude publiée en ce mois de décembre. Le conseil cite ainsi «les conditions d’éligibilités restrictives, avec notamment un rejet de la moitié des dossiers à cause de l’insuffisance du nombre de jours déclarés». Il pointe, à cet égard, l’«inaccessibilité de l’IPE pour plus de la moitié des salariés concernés» et l’«exclusion des travailleurs occasionnels et saisonniers». 

La deuxième raison reste les «niveaux de prestations insuffisants, avec comme base de calcul le SMIG et qui ne répond pas au niveau de vie de plusieurs catégories professionnelles». «Le montant moyen mensuel de l’IPE, de l’ordre de 2485 DH en 2019, est loin de permettre à l’assuré de sauvegarder un niveau de vie suffisant. Ce montant reste très faible, voire dérisoire pour les personnes ayant un salaire supérieur à 6000 DH qui se retrouveraient du jour au lendemain avec un revenu inférieur au SMIG», explique-t-on

Enfin, le conseil estime que le financement reste «insuffisant et inéquitable» et «ne tient compte ni de la durabilité des sources de financement ni de la répartition des catégories professionnelles». «Cette situation interpelle sur l’urgence d’une réorganisation de cette indemnité, qui fait partie des quatre axes visés par la réforme prévue par la loi-cadre sur la protection sociale. Certes, cette réorganisation peut être effectuée à travers une réforme paramétrique, ce qui constitue la voie adoptée par le gouvernement à partir de 2018 avant l’adoption de la loi-cadre sur la protection sociale», poursuit l’étude.

«L’examen de cette modalité, par le CESE, laisse conclure qu’elle reste limitée, ne portant que sur la variation d’un seul paramètre (période minimum de cotisation), avec un choix du scénario le moins coûteux financièrement et le moins avantageux socialement.»

Etude du CESE

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