Les activités de Lafarge en Syrie de retour devant la justice

Lafarge n'a évacué de Syrie que ses employés de nationalité étrangère maintenant l'activité de ses salariés syriens jusqu'en septembre 2014. © AFP PHOTO / FRANCK FIFE Lafarge n'a évacué de Syrie que ses employés de nationalité étrangère maintenant l'activité de ses salariés syriens jusqu'en septembre 2014.

La mise en examen du cimentier franco-suisse Lafarge pour « complicité de crime contre l’humanité » avait été annulée en appel en 2019 par la chambre de l'instruction. La Cour de cassation a examiné ce mardi les pourvois formés dans cette affaire hors normes.

Lafarge reste mis en examen pour « mise en danger de la vie » de certains ex-salariés, « violation d’un embargo » et « financement du terrorisme ». C’est désormais à la Cour de cassation de trancher si le cimentier doit être poursuivi pour « complicité de crimes contre l’humanité ».

Lafarge est soupçonné d’avoir versé près de 13 millions d’euros en 2013-2014 à des intermédiaires et des groupes terroristes, dont le groupe État islamique, pour maintenir son activité en Syrie malgré la guerre. 

Devant la cour, ce mardi, les débats ont tourné autour de la notion d’intentionnalité. Pour l'avocate du Centre européen pour les droits constitutionnels et les droits de l'homme (ECCHR) et l'ONG Sherpa, le versement a été ‬« nécessairement déterminant » au groupe ‬État Islamique, et Lafarge s'en est acquitté en toute connaissance de la nature du groupe EI et de ses actions.

Pour Me Bauer-Violas, même si l'utilisation précise de l'argent n'a pas été établie et que le cimentier n'adhérait pas à l'idéologie du groupe EI, ‬« Lafarge savait que cette somme serait au moins en partie utilisée pour perpétrer des crimes contre l'humanité ». Ce qui justifie au minimum, selon l'avocate, de poursuivre les investigations et donc rétablir l'inculpation pour « complicité de crimes contre l'humanité ». 

Comme l'a reconnu la chambre de l'instruction, rappelle de son côté, Maîre Spinosi, « la seule intention » de Lafarge était de « poursuivre ses activités ». Ce qui « suffit largement, dit-il, pour justifier l'absence d'adhésion de Lafarge à un plan concerté d'élimination des populations ». Or sans adhésion, pointe l'avocat du cimentier, pas de complicité.

Le parquet a, lui aussi, préconisé que la cour rejette le pourvoi des ONG et parties civiles et confirme donc l'invalidation de cette mise en examen.  

La décision est attendue le 15 juillet.

Les activités de Lafarge en Syrie de retour devant la justice