Ce qui a poussé le Niger à expulser huit Rwandais

Mohamed Bazoum, dans la continuité de Mahamadou ISsoufou (photo d'archive) © Presse- und Kommunikationsdienst der Präsidentschaft von Niger Mohamed Bazoum, dans la continuité de Mahamadou ISsoufou (photo d'archive)

Le Niger a décidé d'expulser huit anciens dignitaires du régime qui était au pouvoir au Rwanda durant le génocide de 1994. Les autorités nigériennes leur donnent sept jours pour quitter le pays, invoquant des "raisons diplomatiques". Une décision qui contredit un accord que le Niger avait signé le 15 novembre avec les Nations unies pour accueillir ces mêmes Rwandais sur son territoire.

Les huit Rwandais concernés sont, pour quatre d'entre eux, des personnes qui ont purgé la peine à laquelle ils avaient été condamnés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Parmi eux se trouvent l'ancien patron du renseignement militaire et deux anciens ministres. Les quatre autres avaient été acquittés par le TPIR. Parmi eux se trouve un frère d'Agathe Habyarimana, l'ex-Première dame.

Vers de nouveaux procès au Rwanda

Le 15 novembre dernier, le Niger a passé l'accord pour les accueillir avec le mécanisme résiduel qui a pris la suite du TPIR d'Arusha, sans que le Rwanda ne soit partie prenante des discussions.

Gerd Hankel est juriste spécialiste en droit international et il travaille à l'Institut de recherche sociale de Hambourg. Selon lui, c'est le Rwanda qui aurait réclamé le retour de ses huit ressortissants… pour les juger à nouveau.

Le juriste allemand explique que pour que des procès soient possibles après les verdicts de la justice internationale, "il faut qu'il y ait au Rwanda des témoins qui présentent des preuves qui n'ont pas encore été présentées à Arusha et là, cela leur permettra d'ouvrir de nouvelles procédures, indépendamment du fait qu'ils aient été acquittés ou non".

Gerd Hankel estime qu'"au fond, le Rwanda n'a jamais reconnu le TPIR. Ils ont toujours dit : "C'est nous qui savons ce qui s'est passé au Rwanda, pas les étrangers. Nous, nous savons mieux"."

L'axe Niamey-Kigali

L'ex-président du Niger, Mahamadou Issoufou, a renforcé les relations bilatérales avec le Rwanda, lorsque Paul Kagame assumait la présidence de l'Union africaine. Et notamment autour d'un projet commun cher aux deux dirigeants : la Zlecaf – la zone de libre-échange continentale africaine, adoptée à Kigali.

Souley Adji estime donc que les nouvelles autorités en place au Niger n'ont pas voulu froisser un allié de poids : le Rwanda. Le politologue nigérien explique qu'"à l'époque, Mahamadou Issoufou était considéré comme un champion, un parrain de la Zlecaf. Donc cela a contribué à l'émergence d'un axe Niamey-Kigali".

Et Souley Adji souligne qu'"il y a une continuité au Niger par rapport à la présidence de Mahamadou Issoufou : c'est le même parti qui dirige, c'est son ministre des Affaires étrangères qui est devenu président. Donc il y a lieu de penser qu'il y a une permanence de la qualité des relations amicales entre les deux pays."

Donnant-donnant ?

Le journaliste d'investigation et consultant Moussa Aksar rappelle que dans le cas du fils Kadhafi aussi, le Niger avait changé d'avis sous la pression de partenaires étrangers.

Après avoir accordé l'asile au fils du dictateur, les autorités nigériennes l'avaient renvoyé en Libye.

"Vues les relations entre [Emmanuel] Macron et le président Bazoum, on peut se demander si Paris n'a pas fait pression pour que ces ressortissants soient expulsés vers leur pays [d'origine]", souligne Moussa Aksar.

Plusieurs analystes pensent que le Rwanda aurait pu obtenir cet appui diplomatique de la France contre la promesse d'un soutien financier et militaire à l'armée française dans la lutte contre le terrorisme en Afrique.

Le porte-parole du gouvernement nigérien n'a pas répondu à nos sollicitations.

Quant à notre correspondant à Niamey, il nous signale la tenue, vendredi 31 décembre à 10h, heure de Niamey, la tenue d'un point presse du collectif d'avocats chargés du dossier.

Auteur: Sandrine Blanchard

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