Gambie: le report du rapport de la Commission Vérité et Réconciliation inquiète les familles des victimes

Gambie: manifestation à Banjul en décembre 2017 en hommage à Deyda Hydara, journaliste assassiné et symbole de la répression exercée par le dictateur Yahya Jammeh. © RFI / Claire Bargelès Gambie: manifestation à Banjul en décembre 2017 en hommage à Deyda Hydara, journaliste assassiné et symbole de la répression exercée par le dictateur Yahya Jammeh.

La Commission chargée de faire la lumière sur les crimes commis sous le règne de l'ancien président Yahya Jammeh a reporté hier, jeudi 30 septembre, la remise de son rapport final, en raison d'un manque de temps. Pour les victimes et leurs proches, comme la famille de Deyda Hydara, ce nouveau report n'est pas bon signe.

L'attente de la vérité continue en Gambie. La Commission Vérité et Réconciliation, entrée en fonction en octobre 2018, explique ce report par l'ampleur de la documentation à compiler : elle tient en 16 volumes, car depuis janvier 2019, la commission a auditionné près de 400 témoins et recueilli environ 3000 déclarations.

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Mais il s'agit du troisième report de la présentation de ce document très attendu, et il intervient dans un contexte politique troublé puisque début septembre le parti du président Adama Barrow a signé une alliance avec celui de l'ancien président Jammeh.

Pour les victimes comme Baba Hydara, ce nouveau report est incompréhensible. Il a perdu son père, le célèbre journaliste Deyda Hydara, dans un assassinat en 2004. « Depuis juillet, on a dit que le rapport on le présente au président et jusqu’à présent, rien du tout.

Pour nous, victimes, c’est un peu stressant et en même temps inquiétant, parce qu’on ne sait pas la vraie cause. La plupart des crimes commis, Yahya Jammeh a été le commanditaire. Parmi ces crimes, l’assassinat de mon père. Et on n’a jamais eu de justice. Ce rapport-là détermine beaucoup de choses.

Avec ces recommandations, le gouvernement va devoir décider du sort de plusieurs coupables qui ont commis des crimes horribles. Cette alliance-là c’est quelque chose, aussi, qui peut faire que le gouvernement commence vraiment… pas à s’intéresser vraiment, parce que la plupart des membres du parti de l’ex-président, le dictateur Yahya Jammeh sont membres de son parti, qui est maintenant allié au parti du président, alors ça va être un peu difficile de juger certains d’entre eux ».

L'alliance entre le parti au pouvoir du président Adama Barrow et celui de l'ancien dictateur Yahya Jammeh intervient à trois mois du scrutin présidentiel de décembre et jette un doute sur la volonté de poursuivre l'ex-dirigeant pour des violations présumées des droits de l'homme.

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