Covid-19 : Le Maroc s’obstine dans l’utilisation de la chloroquine

© Fournis par Yabiladi

En mai 2020, le ministre de la Santé Khalid Ait Taleb justifiait le choix des autorités sanitaires d’utiliser la chloroquine pour traiter les infections à la Covid-19 en faisant référence à une étude française «qui a disparu». Mais tout comme cette étude, les bienfaits des traitements à base de chloroquine sont portéq disparus, sans pour autant avoir provoqué une révision des protocoles au Maroc.

Alors que la pandémie de la Covid-19 venait d’arriver au Maroc, le comité technique et scientifique du ministère de la Santé a pris très tôt la décision d’adopter les traitements à base de chloroquine pour traiter «tous les malades» du nouveau coronavirus.

Le ministre Khalid Ait Taleb a rapidement justifié le choix du traitement en se référant à diverses études cliniques, dont une étude française «qui a disparu», défendant le professeur Didier Raoult, directeur de l’IHU Méditerranée Infection (IHU MI), qui l’a tout de suite convaincu avec le protocole qu’il a proposé à base d’hydroxychloroquine et d’azitromycine.

Ce traitement, Aït Taleb l’a maintes fois promu, faisant référence notamment au prix abordable de la chloroquine, 12 dirhams, et rejetant les potentiels effets secondaires qui dès mai 2020 étaient signalés, en se rangeant derrière l’argument de l’utilisation bien connue du médicament contre le paludisme.

Un traitement vite écarté dans de nombreux pays

Si quelques pays ont fait le même choix que le Maroc et ont adopté la chloroquine comme traitement contre la Covid-19, beaucoup ont décidé de l’abandonner quelques mois plus tard. On peut citer notamment les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Belgique ou l’Inde, ce dernier justifiant le retrait par des «biais modérés à hauts» dans les études en faveur du traitement.

Malgré les décisions de ces pays de ne plus utiliser le traitement, d’autres plus rares ont fait le choix de le maintenir, comme le Maroc, mais aussi le Sénégal ou l’Algérie. France Culture rappelait en juin 2020 la proximité de l’IHU MI avec les sommités médicales de ces deux derniers pays.

Si le Brésil a longtemps utilisé la chloroquine, des révélations d’une enquête parlementaire sur l’ancien Président, Jair Bolsonaro, ont démontré comme une chaine d'hopitaux privés, en contact avec le Pr Raoult, utilisait le Brésil comme un «laboratoire géant» où des «cobayes humains» recevaient son traitement sans leur consentement, rapporte l’Est Républicain.

L’exception marocaine

L’inefficacité du traitement quant à elle a été rapidement et largement démontrée par de nombreuses études, qui soulignent parfois des patients chez qui la condition s’aggravait après traitement. Dès avril 2020, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait d’ailleurs déclaré «ne pas recommander l’hydroxychloroquine pour traiter la Covid-19», citant d’une part l’absence de bénéfice et d’autre part des risques d’effets secondaires connus.

Malgré ces faits accablants et le consensus scientifique international, le Maroc maintient sa politique sanitaire et continue de proposer des traitements à base de chloroquine aux personnes atteintes de Covid-19. A la publication de cet article, le traitement prévu par le ministère de la Santé dans son «Manuel de procédures de veille et de riposte» contre la Covid-19 prévoit toujours l’utilisation de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine.

Jusqu’à juin 2021, le médicament n’était d’ailleurs plus fourni aux pharmacies, «seuls les hôpitaux étaient approvisionnés en ces médicaments essentiels pour soigner les patients du nouveau coronavirus» rappelait la MAP.

Aujourd’hui, Raoult est visé par une plainte de la Société de pathologie infectieuse de langue française pour avoir enfreint au moins neufs articles du code de déontologie médicale dont la «promotion d’un traitement qui n’a pas démontré son efficacité», outre les révélations de ses nombreux essais illégaux aux protocoles et à la méthodologie non conformes. Comme pour le scandale Prevent Senior au Brésil, le Pr Raoult est l'objet de nouvelles accusations pour avoir dirigé des essais cliniques sauvages sur des malades atteints de la tuberculose, dont certains ayant développés de graves complications.

Malgré tous ces indices volant en escadrille, le Maroc persiste à maintenir son protocole de soin à base de chloroquine, continuant de l'administrer quotidiennement aux patients covid+. Si une partie du corps médical évite de le prescrire, aucun débat n'émerge sur les raisons scientifiques quant à son maintien dans le protocole.

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