En Irak, incendie meurtrier dans l’unité Covid d’un hôpital

Devant l'incendie meurtrier de l’hôpital de Nassiriya, dans le sud de l'Irak lundi soir. © Asaad Niazi Devant l'incendie meurtrier de l’hôpital de Nassiriya, dans le sud de l'Irak lundi soir.

La tragédie se répète. Deux mois après l’incendie dans un hôpital de Bagdad, qui avait causé la mort de 80 personnes, un nouveau drame s’est produit lundi soir, dans une structure soignant des patients atteints du Covid à l’hôpital de Nassiriya, dans le sud du pays. Selon un bilan provisoire établi par un responsable de la morgue centrale de la ville, au moins 60 personnes ont trouvé la mort dans cet incendie. Sur les soixante corps carbonisés, 39 ont été identifiés et remis aux familles, a précisé cette même source, indiquant que les autres étaient difficilement identifiables, 22 personnes ont également été blessées. «Les victimes sont mortes brûlées et les recherches se poursuivent» pour trouver des survivants, a déclaré Haydar al-Zamili, le porte-parole des autorités sanitaires de la région.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos montraient l’épaisse fumée noire s’échappant du bâtiment, devant des centaines de personnes présentes à l’extérieur, paniquées, tentant d’apporter une aide aux secouristes présents sur place. Selon une source médicale, vingt patients ont pu être évacués de l’établissement en flammes. Les origines de l’incendie restent pour l’heure inconnues, mais pourraient provenir de l’explosion de bouteilles d’oxygène, selon une source du département sanitaire de la province, citée par l’AFP.

Un scénario qui rappelle celui de l’incendie de l‘hôpital Ibn al-Khatib, à Bagdad, le 24 avril. «Une négligence criminelle» avait alors affirmé le Premier ministre Moustafa al-Kazimi. Après ce nouveau drame lundi, des ministres et des responsables de sécurité ont été réunis dans la nuit, pour «examiner les causes et les conséquences de l’incendie», a indiqué le cabinet du Premier ministre.

Le directeur de l’hôpital et le responsable de la défense civile de la province de Dhi Qar, dont dépend la ville de Nassiriya, ont été interrogés par la police et suspendus par le Premier ministre. De son côté le ministère de l’Intérieur a indiqué, sur Facebook, que le feu était parti de structures temporaires attenantes à l’établissement, sans préciser l’origine du sinistre.

«Les partis politiques nous brûlent !»

Ce nouveau drame a immédiatement provoqué une vague de colère des habitants de Nassiriya, rassemblés par centaines devant l’hôpital. «Les partis politiques nous brûlent !» ont-ils crié. En Irak, la majorité des hôpitaux sont délabrés, et l’ensemble du système de santé est rongé par la corruption et les difficultés économiques. Une incurie dénoncée par la classe politique elle-même.

«La catastrophe de l’hôpital Al-Hussein est une preuve évidente de [l’échec] à protéger la vie des Irakiens et il est temps de mettre un terme à cet échec catastrophique», a ainsi réagi le président du Parlement irakien Mohammed al-Halboussi, sur les réseaux sociaux. «La catastrophe de l’hôpital Al-Hussein, et avant cela, l’hôpital Ibn Al-Khatib à Bagdad, est le produit d’une corruption persistante et d’une mauvaise gestion qui négligent la vie des Irakiens et empêchent de réformer les institutions», a encore déclaré dans un tweet le président irakien Barham Saleh.

«C’est un nouveau désastre humanitaire en Irak, a également réagi un médecin irakien, le docteur Abdullah al-Bayati. Le Premier ministre devrait démissionner immédiatement.» En avril, le ministre de la Santé, Hassan Al-Tamimi, avait été la cible d’un flot de colère sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #démissionduministredelasanté. Ce dernier avait démissionné début mai. L’enquête avait alors déterminé l’origine de l’incendie : l’explosion de bouteilles d’oxygènes stockées sans respect des conditions de sécurité, entraînant l’incendie des faux plafonds non ignifugés.

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