Au Bénin, les 26 œuvres restituées par la France dévoilées au public pour la première fois

Lors de la restitution de 26 trésors royaux, le 10 novembre au Bénin. © Yanick Folly Lors de la restitution de 26 trésors royaux, le 10 novembre au Bénin.

Le jour des retrouvailles est arrivé. Pour la première fois depuis près de cent trente ans, les Béninois vont pouvoir admirer les 26 œuvres que les troupes coloniales françaises avaient pillées à la fin du XIXe siècle. Dimanche, les statues des rois Béhanzin, Ghézo et Glèlè se dresseront fièrement devant les premiers curieux, à l’occasion de l’exposition «Art du Bénin d’hier et d’aujourd’hui : de la restitution à la révélation», organisée au Palais de la Marina, à Cotonou. Jusqu’au 22 mai, «les Béninoises et les Béninois de toutes générations sont invités à venir les découvrir, a déclaré le chef de l’Etat, Patrice Talon. Ce sont des œuvres culturelles uniques qui disent notre histoire, notre identité, notre âme».

Variations de température et d’humidité

Trônes, statues, portes sculptées, reliquaires… Ces trésors avaient été rendus, le 10 novembre, dans le pays ouest-africain de 12 millions d’habitants, après de longues années de tractations. La demande de restitution par Porto-Novo, en 2016, avait d’abord abouti à une réponse négative de Paris, au nom du principe d’inaliénabilité des collections nationales. Il aura fallu attendre un an pour que le président français Emmanuel Macron remette l’épineuse question des restitutions sur la table, lors de son discours à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso. Puis du vote d’une loi d’exception, en décembre 2020, à l’issue de débats houleux au Sénat, pour permettre le retour de ces 26 objets symbolisant la royauté.

Depuis leur retour dans leur pays d’origine, il y a plus de trois mois, les œuvres dormaient dans une salle du palais présidentiel, le temps d’acclimatation aux nouvelles conditions climatiques. Aucune pièce n’avait été jusqu’ici présentée au public, y compris lors de la cérémonie actant l’officialisation de la restitution, à Cotonou. Devant le chef de l’Etat béninois et ses centaines de convives, la caisse en bois contenant le roi Ghézo était restée fermée pour des raisons évidentes de conservation. Les variations de température et d’humidité (le Bénin affiche parfois 35°C et plus de 90 % d’humidité) peuvent avoir des conséquences corrosives sur les œuvres, en particulier celles en bois. Deux conservateurs béninois ont ainsi été formés pendant plusieurs mois au musée parisien Quai-Branly, où les 26 objets étaient stockés, afin d’optimiser la conservation. «Ces œuvres seront aussi bien traitées ici qu’à Paris», avait assuré, à l’époque, le ministre béninois de la Culture, Jean-Michel Abimbola.

Coup de projecteur

Ces premières œuvres restituées par la France au Bénin seront donc présentées durant trois mois et gratuitement aux Béninois et visiteurs. Outre la présentation de cet art classique, l’exposition mettra un coup de projecteur sur la scène artistique contemporaine béninoise et sa diaspora, réunissant 34 artistes (Fadaïro, Aïsso, Quenum, Tchiff, Hazoumè, Dossou, Donoumassou…) et 106 œuvres, à travers un parcours muséal de 2 300 m², dans deux salles de réception du palais présidentiel. Architectes, scénographes, graphistes, photographes… Plus de 90 personnes ont participé à la mise en place de l’exposition. «Il s’agit d’une approche diachronique qui interroge trois siècles de l’histoire de l’art du Bénin, explique Coline Toumson, chargée de mission art et culture auprès du chef de l’Etat. Tout est parfaitement prêt pour accueillir le public.»

Les 26 objets seront ensuite exposés temporairement au sein de la Maison du gouverneur de Ouidah, ancien port négrier devenu cité du repentir, à 40 kilomètres de Cotonou. Ils devraient rejoindre, dans trois ans, le futur musée de l’Epopée des amazones et des rois du Danhomè, à Abomey, d’où ils avaient été emportés comme butin de guerre en 1892 par les troupes du colonel français Alfred Dodds. Pour le président Patrice Talon, «les 26 trésors royaux récupérés ne constituent que le tout premier épisode d’un feuilleton qui promet d’autres séquences.»

Au Bénin, les 26 œuvres restituées par la France dévoilées au public pour la première fois