Des centaines d’Africains s’échouent dans l’île de Chypre

© Ian Hamel

Un petit groupe de Nigérians tue le temps sur une petite place de la vieille ville. Ils viennent de Lagos et d'Abuja. Ils ont débarqué en avril dans cette île, à peine plus vaste que la Corse, proche des côtes turques et libanaises. « Nous dormons le soir sur des bancs et nous ne nous nourrissons pratiquement que de pain », assure l'un d'entre eux, aux cheveux teints en roux. Il joint le geste à la parole et ouvre son sac pour nous montrer des quignons et des miettes. Leurs histoires sont identiques : ils ont pris un vol pour Istanbul, dans l'espoir d'arriver, depuis la Turquie, dans un pays de l'Union européenne. Ensuite, pour une raison qu'ils ne souhaitent visiblement pas expliquer, ils se sont retrouvés en République turque de Chypre du Nord (RTCN), une zone occupée depuis 1974 par l'armée turque, et que la communauté internationale ne reconnaît pas.

Sans trop de difficultés, et sans posséder de visa, ils ont franchi la « ligne verte », longue de 180 kilomètres, qui sépare cette enclave de la République de Chypre, membre de l'Union européenne, habitée par des Chypriotes grecs. En effet, il s'agit d'une « frontière » qui n'est pas reconnue. Les autorités chypriotes ne peuvent pas les bloquer. Ni les renvoyer en Turquie : les deux pays n'entretiennent pas de relations diplomatiques. Mais ensuite, comment trouver du travail dans un pays de moins d'un million d'habitants au tissu industriel modeste ? Chypre est un paradis fiscal, vivant principalement grâce à son secteur financier. Un domaine qui ne peut guère offrir d'emplois à la plupart des migrants. Quant à l'hôtellerie, elle se relève à peine de la pandémie. Sur la même place, deux Somaliens, de 20 et 26 ans, nous déroulent le même scénario : Turquie-partie turque de Chypre, puis République de Chypre. Pour survivre, ils se disent prêts à tout. À laver des voitures ou à distribuer des prospectus.

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Les universités chypriotes recrutent en Afrique

Nous croiserons aussi des Camerounais et des Congolais. Mais eux, ils ne se disent pas réfugiés mais étudiants. Que viennent-ils chercher sur cette terre anglophone ? « Il s'est créé ces dernières années des dizaines d'universités privées, côté turc comme côté grec. Pour attirer des étudiants. elles font de la publicité jusqu'en Afrique, prétendant offrir des diplômes prestigieux et dressant un tableau paradisiaque du pays », raconte Doros Polykarpou, de l'ONG Kisa (« Action for Equality, Support, Antiracism »).

© Fournis par Le Point Des migrants dans les rues de Nicosie. © Ian Hamel

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