Statue d'un esclavagiste déboulonnée à Bristol : les quatre prévenus relaxés par la justice

Milo Ponsford, Sage Willoughby, Jake Skuse et Rhian Graham lors de leur arrivée au procès, le 14 décembre dernier. © GEOFF CADDICK / AFP Milo Ponsford, Sage Willoughby, Jake Skuse et Rhian Graham lors de leur arrivée au procès, le 14 décembre dernier.

Trois hommes et une femme âgés de 21 à 36 ans étaient jugés pour la destruction de la statue d'Edward Colston, en juin 2020.

Quatre prévenus poursuivis pour dégradations après le déboulonnage de la statue du marchand d'esclaves britannique Edward Colston à Bristol en marge d'une manifestation en juin 2020, ont été relaxés mercredi par la justice britannique. Les quatre accusés, âgés de 21 à 36 ans, avaient reconnu leur participation aux faits mais avaient contesté le caractère délictuel de leurs actes et plaidé non-coupable dans cette affaire lourde de symboles dans le sillage du mouvement Black Lives Matter.

À la sortie de la salle d'audience, la prévenue Rhian Graham a remercié tous ceux qui ont manifesté à la manifestation de juin 2020 «au nom de l'égalité». «Il y a bien une chose que nous savons, c'est que Colston ne nous représente pas», a-t-elle dit, se déclarant «ravie» après la décision. Les quatre prévenus sont apparus portant le T-shirt créé par le street artist Banksy, originaire de Bristol, pour les soutenir.

Déboulonnée puis jetée dans le fleuve

Le 7 juin 2020, cette statue qui faisait controverse depuis des années à Bristol, dans l'ouest de l'Angleterre, avait été renversée puis jetée dans les eaux de l'Avon, fleuve qui traverse la ville, lors de manifestations provoquées par le décès fin mai de George Floyd, un Américain noir tué par un policier blanc aux États-Unis. Les dégâts avaient été évalués à 4.000 livres sterling (près de 4.700 euros).

«La vérité est que les prévenus n'auraient jamais dû être poursuivis», a réagi Raj Chada, avocat du prévenu Jake Skuse, «c'est honteux que la municipalité de Bristol n'ait pas retiré la statue de l'esclavagiste Edward Colston qui a tant heurté les habitants de Bristol et tout aussi honteux qu'ils aient ensuite soutenu les poursuites».

Edward Colston s'était enrichi dans le commerce des esclaves. Il aurait vendu 100.000 esclaves d'Afrique de l'Ouest dans les Caraïbes et aux Amériques entre 1672 et 1689, avant d'utiliser sa fortune pour financer le développement de Bristol, ce qui lui a longtemps valu une réputation de philanthrope.

Introspection sur le passé esclavagiste

Le mouvement Black Lives Matter a provoqué une introspection au Royaume-Uni autour du passé colonial du pays et de sa représentation dans l'espace public. Plusieurs organisations britanniques de premier plan, comme la Banque d'Angleterre ou la Lloyds, qui assurait les navires esclavagistes, ont présenté leurs excuses et plusieurs autorités locales, comme la Cité de Londres, ont décidé de retirer des statues liées à l'esclavagisme. À Bristol, deux écoles et une salle de spectacle qui portaient le nom de Colston ont été rebaptisées.

Quant à la statue de Colston, elle avait été repêchée par les autorités locales. Un an après son déboulonnage, elle avait été au centre d'une exposition temporaire à Bristol consacrée à la naissance du mouvement Black Lives Matter au Royaume-Uni. «Le 7 juin 2020 est sans aucun doute un jour important dans l'histoire de Bristol et a eu un impact profond non seulement dans notre ville mais aussi dans tout le pays et dans le monde entier», expliquait alors le maire travailliste de Bristol Marvin Rees, dans un communiqué. «L'avenir de la statue doit être décidé par les habitants de Bristol et j'invite donc tout le monde à saisir l'occasion de partager son point de vue et de contribuer aux décisions futures en participant à l'enquête» concluait-il.

Statue d'un esclavagiste déboulonnée à Bristol : les quatre prévenus relaxés par la justice