Afghanistan: les talibans nomment un gouvernement sans grande diversité

Il y a plus de vingt ans, Sartaj Aziz, ministre des Affaires étrangères pakistanais recevait Mohammad Hassan Akhund à Islamabad, le 25 août 1999. © AFP - SAEED KHAN Il y a plus de vingt ans, Sartaj Aziz, ministre des Affaires étrangères pakistanais recevait Mohammad Hassan Akhund à Islamabad, le 25 août 1999.

Trois semaines après avoir pris le pouvoir en Afghanistan, les talibans ont dévoilé leur nouveau gouvernement mardi 7 septembre. Ils avaient promis un gouvernement inclusif, c'est loin d'être le cas.

Après les premières nominations mardi 7 septembre, de nombreux Afghans dénoncent un gouvernement de mollahs, pointant aussi l’absence de diversité : aucune femme et aucune minorité religieuse ou ethnique, souligne Sonia Ghezali. Ce que note également Andrew Watkins, chercheur de l'ONG International Crisis Group (ICG) : « Trente des trente-trois ministres sont pachtounes et sont affiliés au mouvement taliban depuis longtemps. Tous les talibans ne sont pas pachtounes, mais la majorité des chefs l’est. Ce n’est pas ce que les talibans ont promis durant de nombreuses années, à savoir un gouvernement inclusif. »

Pas de surprise

La nouvelle équipe dirigeante sera conduite par Mohammad Hassan Akhund. Abdul Ghani Baradar, le cofondateur des talibans, en sera le numéro deux. Sirajuddin Haqqani est nommé ministre de l’Intérieur. L’homme est connu puisqu’il est à la tête du bras armé du mouvement taliban, c’est l’un des terroristes internationaux les plus recherchés par les États-Unis. Le mollah Yaqoub, le fils du mollah Omar, est nommé ministre de la Défense.

Pour le chercheur de l'ICG, les talibans ont voulu satisfaire leurs propres rangs au détriment de la société afghane. « De nombreuses personnes se demandaient au cours de ces dernières semaines si les talibans se souciaient réellement de l’aide internationale, s’ils étaient vraiment intéressés à montrer qu’ils pouvaient former un gouvernement inclusif au peuple afghan, à leurs rivaux politiques, aux Afghans qui résistent à leur pouvoir et à leur autorité. La réponse est qu’ils ne se sont souciés de rien de cela, juge-t-il. En tout cas pas autant qu’ils se sont souciés de distribuer de façon égale des postes, des responsabilités à toutes les différentes composantes de leur propre mouvement. »

La vice-présidente de l’Université américaine d’Afghanistan Victoria Fontan met, elle, en cause les compétences de ceux qui ont été nommés. « Finalement, on n'a que des gens qui n’ont aucune expérience de gouvernement et qui se retrouvent à la tête d’un État qu’ils ne sauront dominer que par la force parce que c’est leur expérience, le dogmatisme religieux et la force, analyse-t-elle. Ce n’est pas une surprise malheureusement. »

Les portefeuilles clés de l'Économie et de la Justice à pourvoir

Toutefois, le cabinet n'est pas encore au complet et il faut encore attendre la nomination de quelques autres postes clés, tels que la Justice et l'Économie pour prendre toute la mesure du nouveau leadership afghan, estime Jean-Luc Racine. « Reste à savoir maintenant ce qui va se faire entre autres pour le poste régalien et ô combien symbolique de ministre de la Justice qui va bénéficier de nouvelles responsabilités, puisque là il y a encore un grand vide qui est à combler, c’est le ministre de l’Économie. Or, on sait très bien que la remise sur pied de l’économie va demander à la fois des compétences, mais aussi un appui international puisque pour le moment, et la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont suspendu les crédits et que les avoirs de la Banque centrale afghane dans les coffres-forts américains sont gelés. Donc cette question-là est centrale et pour l’Afghanistan lui-même, mais elle est centrale aussi dans la mesure où les talibans ont bien fait comprendre qu’ils voulaient avoir des relations avec tous les pays en espérant bénéficier de leurs investissements.

Selon Jean-Luc Racine, directeur de recherche au CNRS, le plus surprenant peut-être est que le nouveau chef du gouvernement afghan, Mohammed Hassan Akhund, n'est pas l'une des figures les plus médiatiques du mouvement taliban. « Le numéro un est un fidèle de l’émir chef suprême des talibans. C’est aussi un des fondateurs du mouvement. Il a été vice-Premier ministre quand les talibans étaient au pouvoir, il y a donc maintenant plus de 20 ans. Mais c’est quelqu’un qui est beaucoup plus discret. Cela pourrait être interprété – et je suis très prudent – comme un signe comme étant un signe d’autonomie par rapport aux attentes internationales. Je pense là qu’il y a quand même un signal qui est donné, en rétrogradant en quelque sorte Stanikzai, l’homme clé des négociations avec les Américains et des voyages en Chine, et Russie et ailleurs au rang de chef d’État adjoint. »

Ce nouveau gouvernement intérimaire des talibans ne sera-t-il qu’un gouvernement de transition, donc temporaire ? C’est ce qu’attend de voir la population afghane.

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