Sommet des économies : « L’Afrique a besoin de bâtir des coalitions »

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Dans le sillage de son souhait de « contribuer à l'émergence d'une « relève » franco-africaine, capable, par ses valeurs et moyens d'actions, de porter les défis économiques, sociaux et politiques de leur époque », la French-African Foundation a été aux premières loges d'observation du Sommet sur le financement des économies africaines qui vient de se tenir à Paris. Deux des membres de son bureau fondateur*, Khaled Igue, Béninois, co-président, et Marion Scappaticci, Française, secrétaire générale, ont accepté, dans un entretien croisé, de partager les réflexions que ce Sommet a réveillées en eux.

Le Point Afrique : De votre point de vue de cofondateurs d'une structure jetant un pont entre l'Afrique et la France, en quoi un Sommet sur le financement de l'économie africaine a-t-il fait sens ?

Khaled Igue : Il faudrait rappeler le contexte dans lequel s'est tenu ce sommet pour que la démarche qu'elle nourrit prenne tout son sens. Suite au déclenchement de la pandémie du Covid-19, l'Union Africaine et les chefs d'État africains ont mis en place un groupe de travail de haut niveau composé de la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, l'Ivoirien Tidjane Thiam, le Rwandais Donald Kaberuka et le Sud-Africain Trevor Manuel. Objectif : négocier avec le G7 et le G20 des mesures visant à sauvegarder la soutenabilité des économies africaines.

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Pour Khaled Igue, il est temps de comprendre qu'on ne perd pas une guerre parce qu'on a trop d'ennemis mais parce qu'on n'a pas assez d'alliés.  © DR

Le président français Emmanuel Macron qui est membre du groupe du G7 et du G20, compte tenu de la proximité de la France et du continent africain, a fait de ce sujet une priorité d'où le sommet de Paris. Ce qu'il faudrait retenir de ce sommet, au-delà d'une certaine polémique compréhensible, c'est que les pays africains par leur démarche ont poussé la communauté internationale à réinventer le « multilatéralisme de la finance Internationale ».

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Marion Scappaticci : Pour la première fois depuis 25 ans, le continent est dans une situation difficile en termes de croissance. Au contraire d'économies aux jalons et filets sociaux plus solides, les problèmes systémiques ont fragilisé les États et leurs économies. Ils ont amplifié le risque mais en réalité surtout la perception du risque, ce qui est pire. Même si le continent avant la pandémie était en forte croissance, les déséquilibres préexistants n'encouragent pas à une confiance en la reprise contrairement aux autres régions du monde.

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Pour Marion Scappaticci, il est important que le "New Deal" soit réciproque pour ne pas s'enliser. © DR

Ce Sommet était donc nécessaire pour que l'Afrique ne soit pas en marge des stratégies de relance et des circuits de liquidités internationaux, et c'est un très bon signe en termes de gouvernance car cela signifie que les chefs d'État, de toutes les régions du continent, s'organisent, réfléchissent, agissent collectivement et prennent les devants. C'est à saluer. Il serait surtout intéressant qu'il y ait une deuxième édition, pour s'assurer du suivi des annonces, et cette fois-ci impérativement sur le continent.


A-t-on vraiment réussi à aborder les questions cruciales quand on sait qu'aucune solution concrète n'est proposée pour voir les modalités de gestion optimum de l'informel dont il faut rappeler qu'il emploie l'essentiel des travailleurs africains ?

KhaIed Igue : Les pays africains ont depuis une cinquantaine d'années ce talon d'Achille qui est le recouvrement des impôts, plus simplement la fiscalité. Alors que dans les pays de l'OCDE, le taux de recouvrement tourne autour de 60 %, voire 80 % dans certains pays, des pays africains ont des taux de moins de 10 %. Les recettes d'un État étant le point de garantie d'un budget efficace, il va sans dire que les pays ont donc du mal à se financer. Mais l'informel n'est pas le seul critère qui justifie ce faible taux de recouvrement. La transparence dans la gestion économique, les déperditions dans le processus de recouvrement sont autant d'éléments négatifs à corriger. Mais ce n'est pas antinomique de travailler sur la capacité des pays africains à recouvrir des impôts et de trouver des solutions innovantes en 2021 à leur financement.


Marion Scappaticci : On peut avoir le sentiment que peu de solutions innovantes ont été présentées, particulièrement en matière de financement des PME ou même d'autofinancement des ménages. Le lancement de l'Alliance pour l'Entreprenariat en Afrique, pour un coût d'environ un milliard de dollars, ne rassure en rien les PME et TPE qui n'ont pas de visibilité sur le fléchage de ces sommes. Et justement, où sont les entreprises dans ce Sommet ? Où est aussi la société civile ? Où sont les acteurs de l'économie réelle et du quotidien ? Ce Sommet des chefs d'État était un signal fort néanmoins les annonces qui y ont été faites peuvent paraître déconnectées des réalités du secteur privé, en particulier vis-à-vis du secteur informel. Les réseaux d'entrepreneurs, les fonds souverains, les responsables politiques en matière économique, vont devoir maintenant au quotidien prendre le relais et s'assurer que nation par nation, leurs écosystèmes sont bénéficiaires de ces annonces, quitte à être dans une réflexion de co-construction de solutions au cas par cas, pays par pays, secteur par secteur. L'Afrique vit probablement son moment Ricardo, chaque pays doit trouver plus que jamais son avantage comparatif, le revendiquer, le valoriser, pour cibler les financements en circulation et créer les emplois attendus par les populations. En quelque sorte, ce n'est pas juste un sujet de financement mais également de communication politique, financière et enfin citoyenne vis-à-vis des bénéficiaires finaux.


N'aurait-il pas été plus pertinent d'avoir une approche projets à impact transversal sur des programmes conçus par des Africains pour répondre de manière adaptée aux besoins du terrain ?

Khaled Igue : On ne perd pas une guerre parce qu'on a trop d'ennemis, on perd une guerre parce qu'on n'a pas assez d'alliés? Même si une approche transversale était adoptée, il ne faut pas négliger la réalité. Nous avons sur le continent un déficit de financement dans les infrastructures de 108 milliards de dollars par an sur au moins 10 ans. Nous venons de perdre 200 milliards de PIB entre 2020 et 2021 à cause de la pandémie. Par conséquent, les investissements nécessaires au continent africain pour construire les infrastructures, créer des emplois pour sa population dont l'évolution démographique est inédite, nécessite une convergence au niveau de la communauté internationale pour faire de notre continent une priorité. De fait, l'Afrique a besoin de bâtir des coalitions et de trouver de nouveaux modèles de financement pour les différents projets.

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Aparté lors du Sommet de financement des économies africaines à Paris le 18 mai entre le président rwandais, Paul Kagame, et le président du Conseil européen, Charles Michel. © LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Marion Scappaticci : Les projets et programmes existent et sont déjà nombreux voire dispersés. La dynamique de création en Afrique est majeure. À titre d'exemple, le continent africain est leader mondial de l'entrepreneuriat féminin avec 1 femme sur 4, c'est-à-dire 25 %, qui est entrepreneure contre par exemple 6 % en Europe. En revanche, le sujet de l'impact est effectivement clé. Ainsi, beaucoup d'entrepreneures évoluent dans le secteur informel, ce qui fragilise leur émancipation économique dans des domaines à faible marge tels que les commerces de proximité ou la cosmétique. Le sujet n'est pas d' « inventer » de nouveaux projets ou programmes mais d'aider ceux existant à passer l'échelle, de créer un pont entre les projets et les financements nationaux, régionaux, continentaux, internationaux, en cartographiant les initiatives notamment grâce à la data, en renforçant les compétences commerciales et juridiques des entrepreneurs, en multipliant l'accès aux guichets uniques, en facilitant leur accès aux marchés publics et appels d'offres nationaux, en proposant des prêts et taux d'intérêt adaptés à la création d'entreprise, pour permettre, enfin, le passage à l'échelle de ces initiatives et que des entrepreneurs individuels, isolés et débrouillards, rejoignent le secteur formel, puis grandissent avec le temps. Comme le rappelait récemment Tidjane Thiam, « tout géant mondial a un jour commencé dans l'informel ».


Au nom des pays africains, le président sénégalais a appelé à une nouvelle gouvernance mondiale. Comment pensez-vous qu'elle doive être mise en ?uvre dans un monde où les guerres commerciales déclarées ou feutrées alimentent les égoïsmes, et où la dette peut être un moyen de pression important.

Khaled Igue : Les institutions de Bretton Woods ont été créées à un moment où le leadership africain n'était pas présent au niveau de la communauté internationale. Et à ce titre, la gouvernance s'en ressent par la sous-représentativité du continent africain. Le président de la République de Côte d'Ivoire, le Dr Alassane Dramane Ouattara, posait encore cette problématique lors de la conférence avec le FMI le 10 mai 2021. Il avait brillamment expliqué la sous-représentativité du continent africain qui détient 7 % des quotes-parts. Pour un continent de 54 pays, je le cite : « c'est injuste et obsolète ». La gouvernance mondiale doit s'adapter à son temps et c'est une question de crédibilité. Pour cela, il faudra en effet refonder la gouvernance des institutions multilatérales. Le président Macky Sall, en tant que leader du continent, est dans son rôle en appelant à un New Deal. L'Union africaine a son rôle à jouer en portant haut les sujets importants liés à l'Afrique et en existant à la table de négociation du Conseil de sécurité des Nations unies, du G7, du G20. Si nous arrivons à intégrer ces instances et défendre nos intérêts, nous éviterons les moyens de pression.

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Le président sénégalais s'est fait le porte-parole des pays africains en réclamant une nouvelle gouvernance mondiale.   © LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Marion Scappaticci : Je crois profondément au leadership du continent et la zone de libre-échange continentale va constituer un levier historique pour asseoir ce leadership. Cet espace va ouvrir un marché de plus de 1,2 milliard de personnes avec un PIB combiné de plus de 3 billions de dollars. C'est une architecture géopolitique nouvelle qui peut, durablement rabattre les cartes avec la structuration et la revendication d'un « Made in Africa, for Africans ». Au-delà d'un simple accord commercial, c'est une nouvelle géographie économique. Les chefs d'Etat africains en sont conscients. Ils sollicitent que des règles adaptées prennent en compte ces nouveaux rapports de force. Et ils sont conscients qu'ils ont une voix plus forte en étant unis, à la fois politiquement et économiquement. Ce que le président Macky Sall a fait comprendre entre les lignes, c'est que le New Deal c'est aussi sortir de l'infantilisation du continent et de ses dirigeants.


Au regard de l'inadaptation voire de l'inéquité de certaines appréciations des agences de notation, lesquelles sont déterminantes sur la perception des risques et les taux appliqués aux financements, quelles solutions entrevoyez-vous pour que le regard du monde extérieur soit plus juste sur l'Afrique ?

Khaled Igue : La perception du risque ainsi que l'image du continent progresse depuis une dizaine d'années. Un pays comme le Bénin a pu, au début de l'année 2021, lever sur le marché des capitaux un milliard de dollars avec une maturité de long terme et un taux de 5 à 8 %. Ce qui était impensable il y a 3 ans. Néanmoins, l'Afrique garde toujours l'image d'un continent à risque pour beaucoup d'investisseurs. D'une part, il faudrait que les États africains et les entreprises africaines continuent sans relâche le plaidoyer auprès du FMI et des agences de notation pour dérisquer le continent. D'autre part, les pays africains devront aussi donner des gages de bonne gouvernance économique et de transparence dans la gestion des biens publics. Et c'est avec cette dynamique que nous changerons cette perception qui n'est pas toujours justifiée.


Marion Scappaticci : J'ai lu récemment que le fondateur de Twitter, Jack Dorsey, allait s'installer six mois au Ghana, pour s'occuper personnellement de la création du premier bureau africain de sa société. La capitale, Accra, sera sa base pendant qu'il se rendra dans les autres pays du continent. On a ici un exemple concret d'un entrepreneur-investisseur de taille mondiale qui dépasse les stéréotypes, prend le temps à un moment clé du développement de son entreprise d'aller au-delà des perceptions de risque et des préjugés éventuels, en s'impliquant personnellement pour avoir un regard le plus juste possible de la situation. C'est évidemment une exception mais à défaut d'être Jack Dorsey, il est évident en 2021 que ne pas considérer les marchés africains comme un levier extraordinaire de croissance pour ces vingt prochaines années revient à mésestimer la Chine d'il y a 20 ans. C'est donc une faute stratégique. Mais c'est une double responsabilité : les États et gouvernements doivent avoir le cran de parler d'égal à égal à la table des investisseurs internationaux et doivent accélérer la cadence car ce sous-financement chronique du continent n'est plus soutenable. Certains États l'ont compris. On peut penser à Djibouti ou au Togo par exemple ces dernières années.


Opacité, corruption, mauvaise gouvernance sont, entre autres, des reproches adressés à l'Afrique et à son économie. Que répondez-vous à cela et que mettre en ?uvre pour sortir l'Afrique de cette image ?

Khaled Igue : Je pense que le continent africain n'a pas le monopole de la corruption. Des progrès ont été réalisés ces 30 dernières années et d'ailleurs l'indice Doing Business de la Banque mondiale, le prouve assez bien. Ma génération bénéficie d'un atout important, celui des nouvelles technologies. Celles-ci permettent au continent africain d'améliorer plus rapidement, avec un effet de levier, les politiques publiques, de couper les poches de corruption et d'augmenter la transparence dans les actions publiques. Les gouvernements africains investissent donc de plus en plus dans la dématérialisation de l'administration, dans l'introduction du digital dans les services de paiement, et ceci est en train de montrer son efficacité.


Marion Scappaticci : Allons dire aux Africains qu'ils sont le continent de la corruption et de la mauvaise gouvernance, je ne suis pas certaine qu'ils apprécient cet amalgame surtout quand on a en tête certaines dérives récentes sur d'autres continents ou de la part de démocraties historiquement estimées et reconnues. Par ailleurs, la société civile s'organise et veille, alerte, communique. L'omerta n'existe plus. En revanche, on en revient toujours à l'enjeu de communication. Le continent a un réel sujet de nation branding et de valorisation de ses atouts, de ses avancées, de ses acquis sociaux et démocratiques. Ce qui est certain, c'est qu'un discours annuel à l'Assemblée générale des Nations unies ou à la télévision le 31 décembre ne suffisent pas à rectifier l'image de certains pays qui, pourtant, travaillent d'arrache pied ces dernières années à devenir de bons élèves, notamment grâce à l'intégration d'une nouvelle génération impliquée et déterminée au plus haut niveau de l'État.


Le président Macron a parlé de « New Deal », une expression qu'on peut traduire à l'aune de son sens littéral ou à celui de sa signification dans la politique économique menée aux États-Unis par le président Franklin D. Roosevelt entre 1934 et 1938. Comment la voyez-vous dans un sens qui serait utile et profitable à l'Afrique ?

Khaled Igue : Le continent africain peut gagner de l'influence et pousser la communauté internationale à réinventer le multilatéralisme du XXIe siècle. L'Afrique est en train de construire les infrastructures de développement comme les États-Unis en 1934 ou comme l'Europe après la seconde guerre mondiale à partir de 1946. Il faudrait donc pour cela un effort colossal d'investissement. Plus encore, l'Afrique, de façon inédite, a une démographie dynamique et jeune avec un âge médian de 19 ans, contre 42 ans en Europe. Il y a donc un challenge supplémentaire de créer 10 millions d'emplois supplémentaires par an. Le New Deal est donc justifié. Pour cela, il faut sortir des sentiers battus, des modèles classiques, il faut oser?


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Pour le Sommet de financement des économies africaines, le président Emmanuel Macron a proposé un "New Deal".  © LUDOVIC MARIN / POOL / AFP

Marion Scappaticci : Ce qui peut me gêner dans cette notion de New Deal, c'est que cela peut être très vertical. La « nouvelle donne » doit être réciproque si on veut qu'elle réussisse et si on veut vraiment avancer d'égal à égal. Cela suppose également de la part des partenaires internationaux et notamment de la part de la France, alliée historique de l'Afrique, un effort de pédagogie auprès des acteurs publics, privés, associatifs mais aussi culturels, éducatifs, vis-à-vis de l'Afrique. C'est le très bon chemin pris par la Saison Africa 2020 et menée avec talent par Ngoné Fall, malgré le contexte pandémique, mais c'est une expérimentation par principe temporaire. Nous avons besoin d'une pédagogie sur le temps long. Nous avons besoin que notre toute nouvelle génération, notamment les plus petits, comprennent ce qu'il se passe au-delà de la Méditerranée, surtout dans un contexte national où nous avons tendance à monter des murs plus que des passerelles. Nous devons accélérer aussi la mobilisation de nos ETI. Nous devons expliquer à nos start-up en quoi ce continent est leur prochain marché et à quel point des partenariats sont envisageables. Selon moi, le principal enjeu du « New Deal » du président Emmanuel Macron, c'est ne pas tomber dans le piège du panneau à sens unique. Il nous faut un chef d'orchestre attitré au suivi de ce « New Deal », aux côtés des opérateurs publics et privés et des banques de développement pour veiller à la cadence.


Qu'est-ce que le programme des Young Leaders que vous avez lancé il y a trois ans pourrait apporter dans ce contexte, à l'Afrique d'un côté, à la France et à l'Europe de l'autre ?

Khaled Igue : À notre échelle, le fait de rassembler des jeunes de 28 à 40 ans venant des 54 pays d'Afrique et de France est aussi une manière de leur permettre de bâtir des coalitions, de travailler ensemble, de construire un réseau de dirigeants partageant des valeurs et des intérêts. « Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir », disait Frantz Fanon. Si les jeunes Africains et les jeunes Français de la French-African Foundation avaient une mission, cela pourrait être de partager des valeurs pour un avenir plus serein, et s'il leur est difficile de partager des valeurs, ils pourraient essayer de partager des intérêts. Et à ce moment-là, on pourrait espérer que ces Young Leaders qui sont toutes et tous les dirigeants d'aujourd'hui et de demain vont ?uvrer pour un monde plus juste.

Marion Scappaticci : Young Leaders, c'est un haut-parleur mis à disposition de la jeunesse de 54+1 pays qui a le sentiment d'être trop souvent non considérée. Quand la première promotion est née en 2017, nous avions reçu plus ou moins 600 candidatures. Cette année, malgré le contexte sanitaire, nous avons reçu quasiment 3 000 dossiers avec 52 nationalités représentées. C'est un pont unique, le stéthoscope de toute une génération qui nous donne le pouls en temps réel des ressentis, des attentes, des besoins, des idées émergentes. Ce pouls, nous l'écoutons et y veillons quotidiennement avec les réseaux sociaux et bientôt une application dédiée à notre communauté. Mais aussi, nous en restituons les signaux faibles auprès des dirigeants publics et privés pour faire émerger des pistes de solutions et de renforcement de capacités. C'est un instrument citoyen unique.


S'il fallait promouvoir une mesure fondamentale pour l'Afrique aujourd'hui des points de vue économique et de communication, quelle serait-elle selon vous ?

Khaled Igue : Du point de vue économique, il faut passer de la parole à l'acte? Les jeunes Africains sont en train de perdre confiance en la communauté internationale dont la crédibilité est en jeu. Une vraie preuve de New Deal à la Roosevelt serait par exemple de créer un guichet unique, un fonds mondial de financement des infrastructures africaines qui garantisse 100 milliards d'investissement constant par an pendant les 10 prochaines années. On relèverait comme ça les défis du changement climatique, de conservation de la biodiversité, de transformation numérique et de la lutte contre les épidémies. Cet engagement fort favorisera la création des millions d'emplois.


Marion Scappaticci : Il faut passer des mots d'amour aux preuves d'amour, notamment envers la nouvelle génération, en attente de reconnaissance et de confiance. La French-African Foundation, à sa manière, souhaite répondre à ces attentes. Nous pourrions inventer un club d'une dizaine de grands mécènes africains et mondiaux qui s'engageraient ensemble, annuellement, à investir sur le long terme dans certains secteurs considérés indispensables ? la santé, l'agriculture ? ou en marge ? les industries culturelles et créatives ou le tourisme ? qui sont de forts vecteurs à la fois d'emplois et de soft power. La jeunesse africaine attend des marques de reconnaissance et des encouragements, le reste, elle s'en chargera avec talent et le monde n'aura qu'à s'incliner devant sa créativité et sa résilience.


Sommet des économies : « L’Afrique a besoin de bâtir des coalitions »