EXCLU – Jean-Pierre Papin défend Karim Benzema : « Les critiques sont déplacées »

Ballon d'Or 1991, Jean-Pierre Papin a livré son regard sur les prestations de Karim Benzema et l'animation offensive de l'équipe de France dans cet Euro.

JPP 1 © Fournis par Football 365 JPP 1 Il se dit que les buteurs sont dans une caste à part. Tous ne se ressemblent pas, pourtant. Jean-Pierre Papin était de ces félins qui vivaient pour la cage. Son flair et son style instinctif l'ont propulsé sur le toit du monde, il y a trois décennies, à l'apogée de sa première vie. L'icône de l'OM, technicien chevronné et consultant TV pour beIN SPORTS, a accepté d'entrer dans l'esprit de Karim Benzema, dont les faits et gestes sont épiés. Le discours est incisif, optimiste. Avec deux mots d'ordre : patience et bienveillance. « Ce qu'ils ont montré tous les trois, c'est cohérent » Jean-Pierre Papin, il y a beaucoup de commentaires sur le fait que Karim Benzema n'ait toujours pas trouvé le chemin des filets depuis son retour en Bleu - et dans cet Euro. Dans ce type de situation, que se passe-t-il dans la tête d'un avant-centre de très haut niveau ? Jean-Pierre Papin : Cela dépend des joueurs. En ce qui concerne Karim, je ne pense pas un instant qu'il doute de quoique ce soit. Simplement, on demande à Karim d'avoir les automatismes de deux ou trois ans avec trois matchs. C'est possible, mais pas toujours. Il faut du temps... Le problème du football, c'est qu'on ne donne jamais de temps. Il faut que ça marche tout de suite. Par rapport à ce qu'ils ont montré tous les trois - parce qu'il n'est pas tout seul - c'est tout à fait cohérent. Le but est-il le seul déclic ou une bonne prestation dans le jeu peut également être bénéfique par rapport au style d'attaquant qu'il est ? Le but reste la récompense suprême pour lui parce que lorsqu'on est attaquant on joue pour ça. Après, on n'est pas tout seul. On fait partie d'un groupe, d'une attaque. Et quand on participe de près ou de loin à une action qui amène le but, c'est pareil. Alors, bien évidemment, pour notre ego personnel, marquer dans un championnat d'Europe, c'est important. Mais ce qui reste primordial c'est de gagner le match, donc peu importe qui marque, peu importe qui fait la dernière passe. L'important, c'est que l'équipe gagne.   « Il n'a même pas de 'reset' à faire dans sa tête » Est-ce que cette quête de but n'altère pas un peu son influence dans ses déplacements, ses relais techniques plus bas ? Obligatoirement. Mais on demande à Karim de jouer comme s'il jouait au Real Madrid, sauf qu'il ne joue avec aucun des joueurs du Real Madrid. Donc les complémentarités, les complicités, il n'y en a pas ou peu. Après, on peut raconter tout ce que l'on veut : c'est long d'apprendre à se connaître. Même quand on est un grand joueur. Personne ne fera avancer les choses en critiquant, ça ne sert à rien. Mais ça, c'est bien français. C'est typiquement français ! On a une des meilleures attaques du monde, et on arrive quand même à les critiquer. Même si on n'a pas marqué beaucoup de buts, quand on voit comment l'Allemagne a explosé le Portugal, il faut se dire que cette victoire en Allemagne est une très, très belle performance. Mais en France, on ne laisse pas le temps. Bon, je vous rassure, il n'y a pas qu'en France... Il faudrait que d'un coup de baguette magique, tout marche. Ce n'est juste pas possible. Vous pensez que si ce but contre l'Allemagne sur la passe de Kylian Mbappé avait été accordé, il aurait pu faire une sorte de "reset" et jouer plus libéré contre la Hongrie ? Il n'a même pas de "reset" à faire dans sa tête. Moi je suis persuadé que quand il débloquera la situation, il n'y aura pas de soucis. Je n'ai absolument aucun doute par rapport aux qualités des trois - et même des sept puisqu'on en a sept (avec Olivier Giroud, Kingsley Coman, Wissam Ben Yedder et Marcus Thuram - Ousmane Dembélé a quitté le groupe suite à une blessure au genou, ndlr). Aujourd'hui on se focalise sur les trois, mais il y en a d'autres. Le plus important c'est de gagner l'Euro. Peu importe avec qui. « Nous sommes la pointe de l'épée, donc quand on n'arrive pas à marquer, c'est sur nous qu'il faut taper » Ces attaquants semblent guidés par l'envie de jouer ensemble et ils parlent le même langage, malgré des attributs différents. N'est-ce pas finalement le point essentiel pour leur relation ? Le plus important, c'est de savoir comment les uns jouent par rapport aux autres. Benzema, il aime avoir le ballon dans les pieds, il peut aussi l'avoir en profondeur. Mbappé, il aime l'avoir en profondeur, ou dans les pieds pour dribbler, partir et centrer. Griezmann, il peut faire les deux aussi. Giroud, il est performant de la tête et dos au but... En fait, la difficulté aujourd'hui, c'est de jouer avec les qualités des uns et des autres. Et nous, les attaquants, même si nous souhaitons évidemment une entente parfaite entre nous, nous dépendons aussi du rendement de ceux qui sont derrière nous ! La clé ne réside pas dans un, deux ou trois joueurs, mais dans les onze. On sent que c'est le sens de votre propos : parce qu'ils prennent la lumière, les buteurs sont vite les cibles de critiques parfois très virulentes. On l'a vu avec Kylian Mbappé... Bien-sûr. Et je l'ai dit pour Kylian : c'est déplacé, ridicule ! Mais de toute façon, comme nous sommes des joueurs qui sont en bout de chaîne... Quand vous regardez bien, ce sont quand même souvent les attaquants et les gardiens qui en prennent plein la gueule. Vous en avez souffert ? Oui, oui. Parfois, on ne comprend pas que les gens ne se rendent pas compte que tout ne dépend pas que de nous pour débloquer un match. Cela dépend d'une équipe dans sa globalité. Mais nous sommes la pointe de l'épée, donc quand on n'arrive pas à marquer, c'est sur nous qu'il faut taper. Vous êtes optimiste sur la capacité de cette équipe de France à bonifier son animation offensive pour la suite du tournoi ? Moi, je n'ai vu que du bon. Même contre la Hongrie, ils ont les occasions. Le plus difficile, c'est de les créer. Après, on n'a pas été efficaces mais aujourd'hui nous ne sommes pas en danger. Je nous vois battre le Portugal, et je vois Karim Benzema marquer son premier but ! Dans la motivation de ce match-là, la première des choses c'est de faire tomber le Portugal qui nous a fait tomber il y a 5 ans. Il est là, le levier à activer. Et ce ne sera pas la victoire de Karim Benzema ou de Kylian Mbappé, ce sera celle d'une équipe. L'équipe de France.   Propos recueillis par Jean-Charles Danrée

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