Covid-19 : pourquoi la France choisit de renforcer le dépistage de masse

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a annoncé la multiplication des centres de tests en France afin de répondre à la demande qui augmente considérablement depuis quelques semaines.

Des personnes font la queue le 6 janvier 2022 devant une pharmacie à Paris pour un test de dépistage du Covid-19 © afp.com/Ludovic MARIN Des personnes font la queue le 6 janvier 2022 devant une pharmacie à Paris pour un test de dépistage du Covid-19

Des tests, des tests, des tests. Avec la double épidémie de variants, Omicron et Delta, qui sévit dans l'Hexagone, les Français se font de plus en plus tester. Les chiffres s'envolent tout comme le nombre de contaminations, avec encore 296 097 cas positifs au Covid-19 enregistrés dimanche par Santé publique France. C'est quatre fois plus que le pic atteint à l'automne 2020. Ces contaminations sont notamment dues au variant Omicron, désormais majoritaire et bien plus contagieux que le variant Delta, déjà plus viral que la souche originelle du Sars-CoV2.

Contrairement à la stratégie adoptée par Israël, pays pionnier dans la campagne de vaccination, la France veut accentuer sa capacité à tester la population, quand l'Etat hébreu a décidé de réduire les dépistages et de miser davantage sur la vaccination et le traitement de Pfizer, le paxlovid, ce qui pourrait permettre de désengorger les laboratoires. Désormais, les plus de 60 ans ainsi que les personnes immunodéprimées ou fragiles bénéficient d'une priorité pour l'accès aux tests PCR, tandis que les plus jeunes sont invités à faire un simple test antigénique, voire un autotest, s'ils sont cas contact.

En France aussi, les files d'attente devant les pharmacies et les laboratoires s'allongent. Chaque jour, des milliers de tests sont réalisés. Un record a été atteint le 3 janvier avec 2 126 479 tests enregistrés en une journée et plus de 8,3 millions réalisés la semaine dernière. Mais la stratégie est tout autre.

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Contrôler l'épidémie

Pharmaciens et biologistes craignent alors de manquer de stocks et de bras pour "tenir le choc" comme le leur demande le gouvernement. Mis en surchauffe par le très contagieux variant Omicron, "le système de test est en tension, incontestablement", a reconnu Jean Castex jeudi dernier sur BFMTV et RMC. "Il faut tenir le choc", a ajouté le Premier ministre, justifiant au passage la vente d'autotests en grandes surfaces - autorisée jusqu'au 31 janvier. D'autant plus que les pharmaciens n'échappent pas à la cinquième vague épidémique. "On commence à avoir des membres de nos équipes officinales qui tombent malades, ce qu'on n'avait pas avant", soulignait-il.

Certains se demandent néanmoins si à ce stade de l'épidémie, il est nécessaire de poursuivre cette politique de dépistage massive, très onéreuse et compliquée à organiser. "Les tests à grande échelle sont probablement inutiles désormais, tranche auprès de l'AFP le médecin urgentiste Yonathan Freund. Est-ce que faire plus d'un million de tests par jour limite la circulation du virus ? Je ne le crois pas, ou alors à la marge". Aujourd'hui, "il est trop tard, on a perdu le contrôle, il faut accepter le fait que le virus va circuler", poursuit-il.

Cette vision ne semble pas partagée pas différents épidémiologistes qui voient dans les tests un outil indispensable de suivi de la pandémie. Mais aussi et surtout une manière, parmi d'autres, d'endiguer sa progression. "Avant, un cas contact devait s'isoler, maintenant que ce n'est plus la règle, c'est important de savoir si on est porteur du virus ou non, relève l'épidémiologiste Pascal Crépey, toujours à l'AFP. Les tests, ce n'est pas un frein à main qui permet de stopper la voiture, mais ça reste un frein moteur." Et selon lui, "il est faux de dire que tout le monde sera contaminé par Omicron quoiqu'il arrive".

Si la politique de dépistage massive est actuellement très coûteuse et compliquée à organiser, "on l'assume", a fait valoir à son tour le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, dimanche sur BFMTV. "Bien sûr que ça a du sens de tester" et "on poussera au maximum toujours nos capacités de tests", a-t-il affirmé, insistant sur l'idée que "le test est un outil essentiel de maîtrise de l'épidémie".

Davantage de moyens pour dépister

Ainsi, pour permettre de mettre en oeuvre cette politique de dépistage massif, le porte-parole du gouvernement a annoncé différentes mesures allant dans ce sens, notamment la multiplication des centres de tests. "On va demander l'ouverture de centres de dépistage près des centres de vaccination", afin qu'à des moments creux de vaccination, les professionnels sur place puissent réaliser des tests, a précisé Gabriel Attal.

"La deuxième mesure est de permettre aux pharmaciens de créer leurs centres de dépistage. On va leur donner la possibilité de recruter eux-mêmes temporairement des professionnels de santé qui viendront travailler dans leur propre petit centre de dépistage pour qu'il y ait plus de dépistages faits dans les pharmacies", a-t-il ajouté. En outre, il s'agit selon lui "d'élargir encore les personnes habilitées à faire des tests", avec un nouvel arrêté publié sur la question dimanche matin.

Actuellement, les autotests sont au nombre de 6 millions en stock dans les pharmacies. Celles-ci "en recevront 10 millions supplémentaires la semaine prochaine, a-t-il encore souligné. On va garantir aux 6000 pharmacies qui ne font pas de tests antigéniques et d'autotests qu'on indemnisera les stocks qu'elles auraient commandés et qu'elles ne vendraient pas".

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