Sahel: un sommet pour préparer le désengagement militaire français

Un soldat français de l'opération Barkhane à bord d'un hélicoptère entre Gao et Menaka, le 21 mars 2019 au Mali © Daphné BENOIT Un soldat français de l'opération Barkhane à bord d'un hélicoptère entre Gao et Menaka, le 21 mars 2019 au Mali

La France et les pays du G5 Sahel se réunissent vendredi pour la première fois depuis que Paris a annoncé la réduction de sa présence militaire, alors que Tchad et Mali doivent mener de délicates transitions politiques et que les jihadistes restent omniprésents.

Après plus de huit ans d'engagement massif, le président français Emmanuel Macron avait annoncé en juin la fin prochaine de l'opération Barkhane avec une revue à la baisse des effectifs (5.100 soldats actuellement), la fermeture de bases militaires et une réarticulation de la lutte antijihadiste autour d'une "alliance internationale" associant des Européens.

Macron annonce une "transformation profonde" de la présence militaire française au Sahel, le 10 juin 2021 © Selim CHTAYTI Macron annonce une "transformation profonde" de la présence militaire française au Sahel, le 10 juin 2021

Vendredi, il s'entretiendra à distance - covid oblige - avec ses homologues du G5 (Mauritanie, Tchad, Mali, Burkina, Niger) pour évoquer ce processus. Seul le président nigérien Mohamed Bazoum se trouvera à Paris.

La sécurité dans la région du G5 Sahel, avec la mission de l'ONU, l'opération française Barkhane, la Force conjointe du G5 Sahel et la task force européenne Takuba © Gillian HANDYSIDE La sécurité dans la région du G5 Sahel, avec la mission de l'ONU, l'opération française Barkhane, la Force conjointe du G5 Sahel et la task force européenne Takuba

Selon un haut responsable au secrétariat du G5 Sahel, "la redéfinition de l’opération Barkhane" sera au cœur des débats.  

"Nous ne sommes pas encore en mesure d'annoncer les grandes lignes de cette reconfiguration territoriale, mais nous devrions le faire assez rapidement", indiquait la semaine passée la ministre française des Armées Florence Parly, devant l'association des journalistes de défense (AJD). 

En principe, la décroissance des effectifs français s'opérera progressivement, avec un jalon à environ 3.500 hommes d'ici un an puis 2.500 personnes d'ici 2023, a indiqué récemment à l'AFP une source familière du dossier. 

Les commandos d'élite de la task force française "Sabre" devraient pour leur part être maintenus pour poursuivre la traque des chefs jihadistes.

"Cette transformation ne signifie pas le départ du Sahel, ni que nous allons ralentir nos opérations de contre-terrorisme", a d'ailleurs martelé Florence Parly. 

Mais les débats du sommet n'en seront pas moins teintés d'inquiétude.

Les groupes jihadistes continuent de poser leur empreinte sur de vastes territoires abandonnés par les États centraux. 

Ils provoquent chaque semaine de lourdes pertes au sein des forces armées comme des populations civiles, même si Barkhane a revendiqué la mort ou l'arrestation de cadres liés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique ces derniers mois. 

"Le terrorisme d'inspiration islamiste (...) poursuit son expansion, son enracinement local et sa dissémination globale, selon un mouvement qui est de nature à nous inquiéter", admettait en juin le général François Lecointre, chef d'état-major des armées françaises.

Mahamat Idriss Déby Itno durant les funérailles de son père, le président Idriss Déby Itno, le 23 avril 2021 à N'Djamena, au Tchad © Christophe PETIT TESSON Mahamat Idriss Déby Itno durant les funérailles de son père, le président Idriss Déby Itno, le 23 avril 2021 à N'Djamena, au Tchad

- "Péripéties politiques" -

D'autant que les États du G5 ont connu ces dernières semaines de forts soubresauts politiques.

Le logo de la task force Takuba, le 3 novembre 2020 à Ménaka, au Mali © Daphné BENOIT Le logo de la task force Takuba, le 3 novembre 2020 à Ménaka, au Mali

Le président tchadien Idriss Déby Itno, à la tête du pays depuis 30 ans, a été tué au front contre des rebelles en avril. Le pouvoir est désormais assumé par son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, 37 ans. 

Quant au Mali, il a connu deux putschs en 9 mois dont le dernier en mai, au cours duquel le colonel Goïta, homme fort du pays, a fait arrêter le président et le Premier ministre. Paris a suspendu sa coopération militaire avant de la reprendre la semaine dernière, "prenant acte" des engagements des autorités de transition.

"Les péripéties politiques au Mali et au Tchad posent régulièrement la question de notre engagement au Sahel", admettait devant le sénat le général Lecointre, qui prendra sa retraite dans quelques jours. "Nous n'avons pas résolu" la situation sécuritaire dans la zone, admettait-il sans détour, décrivant un "sujet qui procède autant de questions politiques que de questions militaires".

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