Brésil: à un an de la présidentielle, duel Lula-Bolsonaro en vue

L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, candidat à la présidentielle de 2022, tient un discours le 12 août 2021 à Sao Paulo © NELSON ALMEIDA L'ancien président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, candidat à la présidentielle de 2022, tient un discours le 12 août 2021 à Sao Paulo

À un an de la présidentielle au Brésil, le président Jair Bolsonaro est donné perdant face à l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, mais le scénario reste imprévisible, avec des craintes de tensions, voire de graves soubresauts.

Le président brésilien Jair Bolsonaro à Sao Paulo, le 7 septembre 2021 © PAULO LOPES Le président brésilien Jair Bolsonaro à Sao Paulo, le 7 septembre 2021

Le président d'extrême droite, dont la popularité a chuté, n'obtiendrait que 26% des suffrages au 1er tour, le 2 octobre 2022, contre 44% pour Lula, selon un sondage publié par l'institut Datafolha il y a deux semaines.

- Bolsonaro, touché, pas forcément coulé -

Jair Bolsonaro, 66 ans, est critiqué de toutes parts, notamment pour sa gestion de la pandémie qui a fait près de 600.000 morts au Brésil.

Il pensait surfer sur la reprise post-covid, mais la première économie d'Amérique Latine se remet mal de la crise, avec plus de 14 millions de chômeurs et une inflation galopante qui touche les Brésiliens au portefeuille.

Son taux d'approbation a chuté à 22%, au plus bas depuis le début de son mandat, en janvier 2019.

L'ancien capitaine de l'armée est visé par une centaine de demandes de destitution, la Cour suprême a ordonné l'ouverture de plusieurs enquêtes contre lui et ses proches, notamment pour dissémination de fausses informations.

Mais pour Oliver Stuenkel, professeur de Relations internationales à la Fondation Getulio Vargas (FGV), Jair Bolsonaro a encore des atouts dans sa manche.

"Quand on est au pouvoir, on a des avantages stratégiques, comme la possibilité d'augmenter les dépenses publiques" pour prendre des mesures populaires, tel son projet "Renda Brasil", nouvelle mouture de la "Bolsa Familia", allocation versées aux plus pauvres, créée par Lula.

"Mais le temps est compté pour qu'il inverse cette spirale négative", tempère M. Stuenkel.

- Lula profil bas -

Même s'il n'a pas encore officialisé sa candidature, Lula, a totalement rebattu les cartes de la présidentielle en redevenant éligible en mars, après l'annulation de ses condamnations pour corruption.

Le fondateur du Parti des Travailleurs (PT) avait auparavant passé 18 mois en prison. À 75 ans, l'ex-président (2003-2010) semble prêt à briguer un troisième mandat, 12 ans après avoir quitté le pouvoir avec une popularité record.

Mais pour le moment, il fait profil bas. "Lula ne peut pas trop s'exposer parce qu'il sait qu'il y a encore un fort sentiment anti-PT" en raison des scandales de corruption, explique André César, politologue du cabinet de consultants Hold.

Pour Oliver Stuenkel, Lula tentera de s'inspirer du président américain "Joe Biden, en rassemblant tous les défenseurs de la démocratie, pas seulement la gauche".

- Troisième voie -

Plusieurs personnalités, comme le gouverneur de Sao Paulo Joao Doria (centre droit), tentent d'incarner une "troisième voie", pour rassembler ceux qui ne veulent voter ni pour Lula ni pour Bolsonaro.

Mais Oliver Stuenkel voit difficilement un candidat fort se dégager, les "'ni ni'" se trouvant partout sur l'échiquier politique.

La polarisation est du pain béni pour les deux favoris. 

Bolsonaro joue la carte "anticommuniste" et sait qu'une partie de la population associe encore Lula aux scandales de corruption.

Pour Lula, il est "moins risqué" de miser sur l'"usure" d'un Bolsonaro de plus en plus impopulaire que d'affronter un autre candidat, estime Michael Freitas, professeur de Droit de la FGV.

- Sur les traces de Trump -

Le Brésil est plongé dans une grave crise institutionnelle, qui a atteint son paroxysme lors de la fête nationale du 7 septembre. 

Le président Bolsonaro a attaqué avec virulence la Cour suprême, haranguant des dizaines de milliers de manifestants, certains d'entre eux réclamant un putsch pour accroître son pouvoir.

Il a finalement fait marche arrière, affirmant récemment qu'il n'y avait "aucun risque" de coup d'Etat.

Mais Jair Bolsonaro a menacé de ne pas reconnaître le résultat de l'élection en cas de défaite.

Il a préparé le terrain en multipliant les attaques contre le système de vote électronique en vigueur depuis 1996, évoquant des "fraudes" sans jamais apporter de preuve.

Oliver Stuenkel n'écarte pas la possibilité de violences comme l'invasion du Capitole après la présidentielle américaine.

"Mais il y a une grande différence: au Brésil, l'armée et la police sont moins attachées à la démocratie qu'aux Etats-Unis", prévient-il.

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