Burkina Faso : les autorités prêtes à négocier avec certains groupes armés

© OLYMPIA DE MAISMONT / AFP

Face aux attaques, les nouvelles autorités burkinabé prônent la riposte militaire, mais les signes d'une inflexion se multiplient. « J'ai décidé la création de comités locaux de dialogue pour la restauration de la paix dont la mission est d'entreprendre des approches avec les membres des groupes en rupture de dialogue avec la nation. La stabilisation du Faso ne passera pas seulement par des combats. » C'est ce qu'a déclaré le président par intérim du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, au pouvoir depuis le coup d'État du 24 janvier, vendredi soir, lors d'un discours à la nation, le deuxième depuis sa prise de pouvoir. Ces comités auront pour but « d'aménager des passerelles pour permettre à ceux qui par naïveté, par appât du gain, par contrainte ou par désir de vengeance, ont été entraînés dans une spirale extrémiste », a-t-il expliqué.

Le lieutenant-colonel Damiba a également annoncé « l'interdiction formelle aux populations civiles de résider ou de mener des activités dans certaines zones d'opérations militaires » et « la restriction des manifestations à caractère politique ou associatif de nature à perturber l'ordre public ou à mobiliser des forces de sécurité dont la contribution serait plus opportune au front ».

Au Burkina Faso et plus largement dans le Sahel, cette approche n'est pas nouvelle. Certaines communautés locales ont tenté ou se sont vues dans l'obligation de dialoguer avec des groupes armés afin d'alléger le fardeau de l'insécurité qui obère leur vie. Mais ces initiatives ne sont pas tolérées par les partenaires étrangers du Sahel, à commencer par la France, et jusqu'ici les autorités ne les encourageaient pas, car, bien souvent, elles ne sont pas sans contrepartie.

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Recrudecence des attaques

Paul-Henri Sandaogo Damiba a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, accusé en particulier de ne pas avoir su endiguer la violence djihadiste qui mine le Burkina Faso. Deux mois après le putsch, il est confronté à un regain de violences qui ont fait plus de soixante victimes civiles et militaires en dix jours dans le nord et l'est du Burkina Faso. « La recrudescence des attaques terroristes ces derniers temps ne peut pas et ne doit pas être lue comme le signe de l'inaction ou de l'inefficacité de ce que nous sommes en train de déployer sur le terrain », a-t-il affirmé. Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des mouvements djihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, qui ont fait plus de 2 000 morts dans le pays et contraint au moins 1,8 million de personnes à fuir leur foyer.

Le président de la transition a invité les partenaires du Burkina Faso et la communauté internationale à accompagner et à soutenir le peuple burkinabé dans sa lutte contre le terrorisme afin que soient réunies le plus rapidement possible les conditions d'organisation d'élections libres, transparentes et sécurisées. Il a assuré que la détermination des autorités dans ce combat contre l'insécurité et le terrorisme était « indéfectible ».

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La durée de la transition pas encore fixée

La durée de la transition au Burkina Faso est au c?ur d'un bras de fer entre les nouvelles autorités burkinabé et la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao). L'organisation sous-régionale a sommé, lors de son dernier sommet, de libérer l'ancien président Roch Marc Christian Kaboré de façon « inconditionnelle et sans délai ». En outre, la Cedeao a donné à la junte burkinabé jusqu'au 25 avril 2022 pour présenter un « chronogramme acceptable de la transition ».

Ces derniers jours, les autorités burkinabé ont tenté d'apporter des réponses, d'abord, sur la libération de l'ex-président, la situation a évolué, et des concertations sont actuellement en cours pour un transfert vers une de ses résidences familiales. La question de sa sécurité est au centre des dernières tractations.

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba est aussi revenu sur la période de trois ans avant un retour à l'ordre constitutionnel, « décidé de façon consensuelle par l'ensemble des forces vives de notre nation » et qui « tient compte d'une réalité qui est la seule vraie préoccupation du peuple burkinabé actuellement, à savoir la situation sécuritaire ». « Plus vite nous arriverons à juguler cette situation et plus vite nous amorcerons un retour à un ordre constitutionnel normal », a-t-il affirmé. C'est pourquoi, selon lui, cette durée « pourrait être révisée si la situation sécuritaire s'améliorait dans les mois à venir dans les zones à forts défis sécuritaires ».

Des rencontres sont prévues ce samedi à Ouagadougou entre une délégation de la Cedeao et les autorités burkinabé.

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