Après Batsirai, Emnati a balayé Madagascar

Des habitants de Mananjary, le 10 février, après le passage de Batsirai. Nombre de maisons ont vu leur toit se faire emporter par les rafales de vent. Douze jours plus tard, c'est Emnati qui réservait le même sort aux villes côtières de la Grande Île. © AP - Viviane Rakotoarivony Des habitants de Mananjary, le 10 février, après le passage de Batsirai. Nombre de maisons ont vu leur toit se faire emporter par les rafales de vent. Douze jours plus tard, c'est Emnati qui réservait le même sort aux villes côtières de la Grande Île.

Emnati a quitté Madagascar à 21h (heure locale) pour rejoindre le Canal du Mozambique. Le cyclone tropical qui a frappé la côte Est de la Grande Île hier vers 22h30, laisse derrière lui des villes et des villages sonnés par la pluie et les vents à plus de 200 km/h.

Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

Des vents légèrement moins forts que durant Batsirai, mais une sensation de souffle intense qui ne s’arrête jamais. Sur la côte Est, Emnati aura stagné 13h. Une éternité pour les habitants.

Au réveil, ce matin, la population semblait quelque peu soulagée face aux dégâts. Mais le colonel Faly qui coordonne les activités d’urgences au Bureau national de gestion des risques et catastrophes prévient : « À moins de 24h du passage du cyclone, les dégâts sont difficiles pour le moment à apprécier en termes de niveau de sévérité. Néanmoins, si on regarde les habitations – car certaines populations ont essayé de reconstruire rapidement leur maison – il a été remarqué que les toitures se sont envolées, voire mêmes les maisons se sont écroulées… à nouveau. Par ailleurs, beaucoup de maisons étaient déjà à terre. Donc difficile même à posteriori, de dire si c'est pire ou pas. »

À Manakara, la ville située à une dizaine de kilomètres du point d’impact du cyclone, beaucoup de cases sont à terre, le sable a recouvert les rues.     

Fanja Ratsiferana, la coordinatrice terrain urgence chez Action contre la faim, raconte : « Je pense que les gens étaient mieux préparés parce que je vois beaucoup de sacs de sable sur les toits. N’empêche, il y a beaucoup de bâtiment qui sont décoiffés. Là où je suis, près de l’hôpital, je peux compter onze maisons dont le toit s’est envolé. La mer a envahi la partie du village des pêcheurs. Et aussi pas mal d’arbres sont tombés sur la route ; les gens essaient de nettoyer. Là, nous sommes en train de lancer la première évaluation mais à première vue, l’aide à la construction, la nourriture et l’eau seront les besoins immédiats de la population. »

À Mananjary, les dégâts ont été moins importants, affirme cette habitante. Peut-être, concède-t-elle, parce que la plupart des habitations étaient déjà tombées il y a deux semaines : « Cette fois-ci, on s’est tous préparés pour le passage d’Emnati. Du coup dans mon quartier, ça s’est mieux passé. Donc il n’y a pas trop de dégâts. En revanche, presque tous les arbres ont été abîmés. Donc il n’y a ni les fruits à pain, il n’y a plus de bananes vertes. Donc tout le monde est affamé. On a tellement besoin de nourriture… »

Spectacle de fin du monde

Cet après-midi, les missions d’évaluation ont démarré. Le premier survol des zones sinistrées aura lieu demain. Farafangana, cette ville côtière au sud de l’impact sera particulièrement surveillée. Elle a enregistré beaucoup plus de dégâts que durant Batsirai, explique Marc, un habitant, qui assure avoir vécu le pire cyclone de sa vie : « J’ai eu très peur franchement. On a été sérieusement secoués par le passage du cyclone Emnati. Parce que le vent commence à souffler à partir de 17h. Et les choses ont empiré à partir d’une heure du matin jusqu’à 4h… C’est là qu’ont eu lieu les dégâts. C’est en quelque sorte un spectacle de fin du monde. Il y a des fils d’électricité tombés par terre, des arbres, des tôles, il y a beaucoup de dommages, et peu de monde qui circule. Peu de boutiques ouvertes également. »        

24h après le passage du cyclone, certains districts traversés par Emnati restent coupés du monde. L’électricité n’a pas encore été rétablie. Dix routes au moins sont coupées. Les réseaux de télécommunications commencent seulement à fonctionner à nouveau. Difficile dans ces conditions d’établir un premier bilan.

Les équipes de réponse d’urgence, pré-positionnées pour secourir la population après Batsirai, commencent un nouveau cycle, pour Emnati cette fois. Comme un air de déjà-vu. Emnati est le quatrième cyclone à frapper Madagascar en un mois. Début février, le cyclone Batsirai a fait au moins 121 morts, détruit des milliers de maisons et dévasté des récoltes. Des milliers de personnes sont toujours sans toit. En janvier, la tempête tropicale Ana avait déjà tué une centaine de personnes à Madagascar, au Mozambique, au Malawi et au Zimbabwe.

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