Maroc-France : ce qu’il faut savoir sur la suspension des vols

Face à la menace d’une cinquième vague, les autorités marocaines ont décidé de suspendre les vols à destination et en provenance de la France, où la situation sanitaire se dégrade de jour en jour.

La suspension des vols avec la France a été différée au 28 novembre. © Thilo Darmstadt/Wikimedia La suspension des vols avec la France a été différée au 28 novembre.

Casablanca, boulevard des Forces-Armées-Royales. Depuis l’annonce, le 25 novembre, en fin d’après-midi, de la suspension des vols commerciaux vers et en provenance de la France, les agences Royal Air Maroc et Air France du centre-ville ne désemplissent pas, submergées par les clients désirant acheter ou modifier leur billet d’avion.

« Les vigiles à l’entrée sont parfois contraints d’intervenir pour mettre de l’ordre dans les files d’attente ou séparer des clients qui se disputent, car depuis la diffusion du communiqué du Comité interministériel chargé des déplacements internationaux, les gens sont sous pression, paniqués à l’idée de ne pas pouvoir trouver une place pour voyager dans les délais », raconte cet agent commercial de la RAM.

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Après avoir fixé la limite au 26 novembre à 23h59, les autorités marocaines ont finalement décalé de deux jours l’entrée en vigueur de cette mesure (au dimanche 28) pour donner plus de temps aux ressortissants français et aux Marocains résidant en France de s’organiser pour le retour.

Préserver les acquis du Royaume

La décision de suspendre les vols entre le Maroc et la France est intervenue « afin de préserver les acquis du Royaume en matière de gestion de la pandémie de Covid-19 et pour faire face à la dégradation de la situation sanitaire dans certains pays du voisinage européen », précise le Comité interministériel.

« En France, il y a actuellement pas moins de 33 000 nouveaux cas de coronavirus quotidiens, alors qu’au Maroc la situation est aujourd’hui sous contrôle, avec tout au plus une centaine de personnes testées positives par jour », rappelle cette directrice d’agence de voyages casablancaise.

Et de poursuivre : « Même si le tourisme au Royaume, qui commence à peine à sortir la tête de l’eau, va à nouveau être impacté, nous ne pouvons pas prendre le risque que la situation sanitaire dégénère, que les hôpitaux soient débordés et qu’on se retrouve obligés de confiner encore une fois ou de fermer les restaurants, les écoles, les hammams… »

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Si l’argument sanitaire semble évident, le calendrier de cette décision a de quoi surprendre

Mais si l’argument sanitaire semble évident, la décision de suspendre les vols vers et en provenance de la France,, au lendemain de la visite au Maroc du ministre français délégué chargé du Commerce extérieur, Franck Riester, a suscité des spéculations sur le timing de l’annonce. Au cours de ce déplacement express de Franck Riester, Chakib Alj, le président de la CGEM, a souligné l’importance de la question de l’octroi des visas pour les Marocains (particuliers ou professionnels), que la France a réduit de 50 % fin septembre.

Une mesure à la suite de laquelle des centaines de chauffeurs routiers marocains se sont vus refuser leurs visas. Ce qui entrave les exportations marocaines, comme l’a souligné l’Association marocaine des exportateurs (Asmex) hier matin dans un communiqué : « La situation est d’autant plus inquiétante que le début de la campagne d’exportation des agrumes et primeurs est imminent. »

Prudence et fermeté

Cependant, aux yeux de plusieurs politologues, le lien entre la suspension des vols de passagers et la question des visas est hasardeux. « Le Maroc est depuis le début de la pandémie de Covid-19, en mars 2020, dans une approche de risque zéro, et se montre très prudent et ferme dans la gestion de la crise, et tout particulièrement le contrôle des frontières », explique l’un deux.

Malgré les nombreuses mesures de contrôle, des porteurs du Covid parviennent à passer entre les mailles du filet

Un point de vue partagé par Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe : « Il n’y a aucun rapport avec la polémique autour des visas. En revanche, je pense que les pilotes marocains ont certainement fait pression sur les autorités pour ne plus prendre de passagers en provenance de pays où il y a plus de 200 cas par jour, car malgré les nombreuses mesures de contrôle, des porteurs du Covid-19 parviennent à passer entre les mailles du filet. Cette décision de suspendre les vols est donc strictement sanitaire. Et elle sera sans doute étendue à d’autres pays encore comme la Belgique ou l’Italie pour les mêmes raisons. »

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De son côté, le consulat de France à Rabat indique dans un post sur Facebook que « des vols commerciaux dans le sens Maroc-France pourraient être autorisés, dans les mêmes conditions que lors de la dernière suspension [mars-juin 2021, ndlr]. Nous vous invitons à vous rapprocher de vos compagnies aériennes. Tout voyage de la France vers le Maroc doit être reporté. Ces mesures resteront valables jusqu’à nouvel ordre ».

Quant aux bateaux, en particulier ceux qui effectuent la traversée entre la France et la Maroc via Sète, aucune mention n’en est faite dans le communiqué diffusé ce 25 novembre par les autorités marocaines. Seront-ils soumis au même régime que les avions commerciaux ou les passagers pourront-ils continuer de les emprunter au-delà du 28 novembre ? La question reste pour le moment en suspens. Mais en toute logique, il est fort probable que cette mesure s’applique aussi aux voies maritimes.

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