A Tokyo, des JO sans joie ni fête, c’est officiel

Ne souriez pas, c'est les JO. © Kazuhiro Nogi Ne souriez pas, c'est les JO.

«Les gens peuvent ressentir de la joie dans leur cœur, mais ne peuvent pas être bruyants et doivent éviter les foules». Seiko Hashimoto n’a pas l’air de rigoler. La présidente du comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo a dévoilé mercredi les mesures prises dans l’espoir de limiter toute contamination lors des compétitions, qui commencent le 23 juillet. Résultat: pas d’alcool, pas d’embrassade, pas d’acclamation, pas d’autographe : les spectateurs des «JO de la pandémie» auront bien du mérite.

«L’ambiance festive devra être supprimée»: soucieuse d’offrir des Jeux en toute sécurité, le comité d’organisation a planté le décor, tout en admettant que ses équipes devront faire preuve de «créativité» pour alimenter quand même une atmosphère positive.

Les responsables olympiques ont décidé lundi d’autoriser un maximum de 10 000 spectateurs locaux par site, mais Seiko Hashimoto les a prévenus qu’il ne fallait pas s’attendre au genre de fête auquel ont droit actuellement les supporteurs de football à l’Euro par exemple. «En Europe, les sites sont pleins de célébrations, a-t-elle déclaré. Malheureusement, nous ne serons peut-être pas en mesure de faire la même chose.»

Au Japon, les spectateurs devront remplir plusieurs exigences en matière de lutte anti-Covid pour assister aux JO. Toute personne enregistrant une température corporelle supérieure à 37,5 degrés lors de deux contrôles distincts se verra refuser l’entrée, ainsi que toute personne toussant ou ne portant pas de masque, et sans remboursement possible si l’entrée est refusée.

Une fois à l’intérieur, les spectateurs pourront applaudir, mais n’auront pas le droit d’acclamer les sportifs ou «d’entrer en contact direct avec d’autres spectateurs», et il leur sera conseillé de rentrer chez eux après les compétitions. Il sera également interdit de demander des autographes aux athlètes ou «d’exprimer son soutien verbal», d’agiter une serviette ou de se livrer à «une quelconque forme d’acclamations susceptibles de créer un attroupement».

Aux JO, les spectateurs devront en outre se passer d’alcool, alors que celui-ci est autorisé à d’autres événements sportifs qui se déroulent actuellement au Japon. Cette interdiction a été décidée «pour atténuer autant que possible les préoccupations du public», a expliqué la présidente de Tokyo-2020.

Plus sympa que des stades vides?

Ces Jeux, quelque peu dépouillés, mettront en évidence les «vraies valeurs» du mouvement olympique, a souligné Mme Hashimoto en rappelant que ces dernières années, «certains se sont inquiétés» que les JO soient «devenus si massifs».

Seiko Hashimoto, 56 ans, a participé dans les années 1980-1990 à quatre JO d’hiver comme patineuse de vitesse, décrochant une médaille de bronze aux Jeux d’Albertville en 1992. Elle a aussi concouru à trois JO d’été en tant que cycliste sur piste. Jusqu’en février, elle était ministre au sein du gouvernement japonais.

Les Jeux olympiques de Tokyo sont prévus du 23 juillet au 8 août. Des mesures très strictes ont également été imposées aux sportifs qui subiront des tests quotidiens anti-Covid et seront tenus à l’écart du public. Au cours des derniers mois, les organisateurs ont tout fait pour donner des gages à une population japonaise méfiante, voire hostile.

En mars, ils ont annoncé que les spectateurs venant de l’étranger seraient interdits aux Jeux - une première dans l’histoire olympique - et, lundi, ils ont autorisé le public résidant au Japon, mais à 50 % des capacités d’accueil de chaque site et dans une limite maximale de 10 000 personnes.

«Ça sera évidemment plus sympa que des tribunes vides, s’est réjoui Benoît Binon, directeur technique national de l’équipe française de tir à l’arc, calculant qu’avec une jauge à 50 %, ça devrait faire 2 750 spectateurs sur le site, ce qui est pas mal rapport à ce qu’on connaît habituellement sur nos compétitions».

Les organisateurs sont en alerte maximale sur les questions de Covid-19. Samedi, un entraîneur ougandais a été contrôlé positif à son arrivée au Japon, alors que l’équipe aurait été vaccinée et testée négative avant le départ. Lundi, la délégation a été placée en quarantaine jusqu’au 3 juillet. Le rythme effréné des préparatifs a eu un impact direct sur la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, qui a été hospitalisée mardi pour cause d’épuisement.

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