Oui, le retour de « Sex And The City » est une réussite

À la fin du premier épisode d’And Just Like That, les scénaristes nous offrent un plot twist digne de Game of Thrones. Big (Chris Noth), le petit ami de Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker), fait une crise cardiaque sur son vélo d’appartement Peloton à 2000 dollars. Après six saisons et deux films à suivre cette histoire d’amour mouvementée, le public se sent lésé. « Quand j’ai vu cette scène, je me suis dit : mais quelle horreur ? Pourquoi ont-ils fait ça ? » s'émeut Clémence, scénariste et fan de la première heure.

Une incompréhension partagée par bon nombre de spectateurs. Depuis le début de sa diffusion fin 2021, le reboot de Sex And The City ( dont la saison 1 s’est achevée le 2 février ) a cristallisé toutes les critiques possibles. Certains ont déploré l’absence de Samantha, alias Kim Cattrall, le personnage le plus drôle et sexuellement libéré. D’autres se sont étonnés de voir Miranda, la plus raisonnée du groupe, sombrer dans l’alcoolisme et abandonner son mariage. Les critiques ont analysé chacun des travers de l’intrigue, du train de vie trop luxueux de Carrie à la haine suscitée par sa boss, la podcasteuse Che Diaz. Sans parler des remarques sur l'âge et le physique des actrices, ou l'intérêt de mettre en scène des héroïnes quinquagénaires. « Qui aurait cru que la série deviendrait aussi polarisante qu’Emily in Paris ? » s'étonne Marion, inconditionnelle du show.

Comment « And Just Like That » aborde la notion de l’âge MEGA © Fournis par Vanity Fair Comment « And Just Like That » aborde la notion de l’âge MEGA

Une série plus inclusive

Mais à rebours des tweets moqueurs et des critiques mitigées, And Just Like That compte malgré tout d'irréductibles défenseurs. Aux États-Unis, ils ont contribué à en faire le programme le plus visionné de l’histoire de HBO Max, la plateforme de streaming de la chaîne câblée. En France, ils ont suivi toutes les péripéties des New-Yorkaises sur Salto, et découvert une mouture beaucoup plus inclusive.

Ainsi, la fiction brise d'emblée son cadre blanc et hétéronormatif. De retour à l’université, Miranda se rapproche de sa professeure noire, Nya Wallace (Karen Pittman). Non sans avoir au préalable enchaîné les remarques maladroites, comme si elle n’avait jamais rencontré d’Afro-Américains. Carrie déniche une nouvelle acolyte de soirées, Seema (Sarita Choudhury), un agent immobilier d’origine indienne. Quant à Charlotte, elle découvre que son enfant est non-binaire. L’occasion d’un petit cours sur les pronoms jugé maladroit par certains, très didactique par d’autres.

La série a été critiquée pour ce progressisme téléphoné. Mais les défenseurs du reboot, eux, saluent la manière dont And Just Like That a embrassé le changement. « Pour apprécier la série, il faut faire son deuil de Sex And The City. Comme le titre l’indique, c’est une fiction différente, avec des épisodes plus longs et un ton plus proche de la dramédie », estime François, dont l’histoire d’amour avec Carrie Bradshaw a débuté pendant le confinement. Bien sûr, le reboot offre toujours son lot de lifestyle porn, entre défilé de robes à 60 000 dollars et lofts immaculés avec vue sur Manhattan. Mais les dégustations de Cosmopolitan ont été remplacées par des discussions sur les affres de l’âge, des cheveux blancs et sur la nécessité (ou non) de faire un lifting. « C’est tellement rare de voir à la télévision des femmes de plus de 40 ans, estime François. Cela permet d’amener des nouveaux sujets comme la difficulté d’être célibataire ou d’avoir un enfant à un certain âge.» La fiction évolue avec son temps, mais aussi avec ses spectatrices : « J’ai grandi avec la série, souligne Marion. Aujourd’hui, j’ai 30 ans et c’est important pour moi de voir que la vie ne s’arrête pas après 50 ans. Il n’y a pas d’exemples de ce genre, à part Grace et Frankie sur Netflix.» 

Celebrity Sightings In New York - July 09, 2021 Jose Perez/Bauer-Griffin/GC Images/Getty Images © Fournis par Vanity Fair Celebrity Sightings In New York - July 09, 2021 Jose Perez/Bauer-Griffin/GC Images/Getty Images

Disparitions en série

La série offre un regard plus brut sur le corps féminin, qu’il affronte le vieillissement ou la puberté. « En revoyant d'anciens épisodes, j’ai réalisé qu’elle traitait la sexualité de manière assez cliché. Il n’y avait pas vraiment d’exploration du plaisir ou d’évocation de la contraception. Samantha était la plus crue, mais les autres l’écoutaient souvent avec gêne », observe Constance. Dans l’épisode 7 du reboot, Charlotte enseigne à sa fille Lily comment mettre un tampon. La scène assez casse-gueule se révèle hilarante grâce au talent comique de Kristin Davis. À l'opposé, Carrie voit son corps lui échapper suite au deuil : elle subit une opération de la hanche, manque de se faire dessus, et vomit même ses tripes après un rencard. « C'est tellement moderne d'explorer cette figure de la jeune veuve comme avec Meredith dans Grey's Anatomy, et ces figures masculines qui disparaissent. C'est traité de façon viscérale, physique, mais en même temps elle n'apparaît jamais abattue. » Après le choc initial, l'ancienne chroniqueuse ne cesse d'être confrontée au fantôme de son mari : en faisant du rangement, en portant sa bague de fiançailles, en se remettant à l'écriture. Ce chagrin revenant par petites touches renforce le réalisme, estime Marion : « Mon père est aussi mort brutalement, donc la façon dont elle a géré le deuil me rappelle ma mère. Et puis, cette idée que la tristesse revient d'un coup sans crier gare, c'est assez juste. »

Un autre fantôme hante And Just Like That... Le reboot adresse habilement l'absence de Samantha, dont l'interprète a refusé de participer au projet. Dès la première séquence, on apprend que la publiciste a déménagé à Londres pour des raisons professionnelles. Ce choix plus naturel permet de laisser la porte ouverte au retour de l'actrice et surtout de continuer à célébrer l'amitié entre les quatre amies. « J'ai trouvé ça très touchant qu'elle lui envoie des fleurs à l'enterrement de Big, souligne Marion. Et puis, ça fait partie de la vie aussi. À 20 ou 30 ans, on pense que les amitiés sont éternelles, puis les gens disparaissent de nos vies. »  Avec les rumeurs de saison 2, les héroïnes de And Just Like That ont en tout cas de grandes chances de marquer encore longtemps le quotidien de leurs admirateurs…

Oui, le retour de « Sex And The City » est une réussite