Trois questions sur la fin de l’opération Barkhane au Mali

Moitié moins d'effectifs, trois bases vraisemblablement fermées... Franceinfo fait le point sur ce à quoi ressemblera l'engagement français au Sahel après le retrait de l'opération Barkhane.

© Fournis par franceinfo

Emmanuel Macron a annoncé jeudi 10 juin la fin prochaine de l'opération Barkhane "en tant qu'opération extérieure" au Sahel. "La poursuite de notre engagement au Sahel ne se fera pas dans un cadre constant", a ajouté le président de la République. Sur franceinfo vendredi 11 juin, la ministre des Armées, Florence Parly a confirmé que le retrait de l’opération Barkhane ne signifiait pas la fin de l’engagement militaire de la France dans la région et qu’il resterait "très significatif", sans vouloir donner de précisions.

Est-ce la fin de l’engagement français au Mali ?

Ce qui change, c'est la stratégie : quels effets recherche-t-on sur le terrain ? Et le portage : de combien d'hommes avons-nous besoin ? Aujourd'hui, Barkhane c'est 5 100 hommes et femmes et moins d'une dizaine de bases installées au Mali avec comme stratégie des patrouilles, du ratissage de zones et des opérations militaires où des centaines de soldats sont engagés dans de grandes manœuvres d'encerclement et de "nettoyage".

Demain, l'opération qui remplacera Barkhane, ce sera moitié moins d'effectifs, sans doute trois fermetures de bases dans le Nord Mali, avec comme nouvelle approche des actions coup de poing, menées par les forces spéciales contre les groupes terroristes et les cibles de haute valeur, à savoir les chefs et cadres des mouvements jihadistes, des frappes aériennes, et une internationalisation de la lutte contre les filiales sahéliennes de Daech et d'Al-Qaïda, avec une plus grande implication souhaitée de forces européennes et locales.

Les jihadistes ont-ils reculé en huit ans d’opération ?

Barkhane gagne des combats, fait des dégâts dans les rangs adverses mais ne gagne pas la guerre. La réponse est un peu compliquée à donner de façon manichéenne. Disons plutôt que Barkhane a empêché et empêche encore un enkystement massif des jihadistes dans la zone sahélienne au sens large, c'est-à-dire que les soldats français contiennent, tant bien que mal, l'extension de métastases dans des pays limitrophes, comme la Côte d'Ivoire.

Les Français ont neutralisé, comme le dit la terminologie militaire, des milliers de combattants de Daech ou d'Al-Qaïda depuis huit ans. Ils ont aussi ciblé des chefs et des cadres en grand nombre, afin d'apporter de la désorganisation dans les rangs de l'EIGS [État islamique pour le Grand Sahara], Daech, ou du RVIM [Rassemblement pour la victoire de l'islam et des musulmans], Al-Qaïda...

Mais, et chaque semaine le montre, les groupes armés terroristes continuent leur raids contre les civils - 300 morts au Burkina Faso la semaine dernière - ou les forces locales, plus vulnérables.

Les forces armées du Sahel sont-elles prêtes à prendre la relève ?

Plus qu'il y a deux ans, c'est sûr. Mais la grande inconnue reste de savoir si, sans les forces françaises Barkhane, ou européennes Takuba, pour les accompagner sur le terrain, les forces armées maliennes sauront faire seules. Entre les problèmes de sous-effectifs, de sous-équipement, de soldes, pas facile de croire à un véritable sursaut des armées locales. L'opération qui succèdera à Barkhane parie sur ces forces-là mais pas sûr que la cote soit très haute.

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