Céline Dion: l'inquiétude

Céline Dion laisse planer le doute sur les raisons profondes de son coup de blues. De quoi alimenter la machine à rumeurs : maladie auto-immune ? Burn-out ? Une seule certitude, ce « Courage » dont elle a fait le titre de sa tournée mondiale reste au programme.

© Larry Marano/REX/SIPA

«Je mentirais si je disais que je vais bien. » Nous sommes le 14 janvier, Céline Dion publie ces quelques mots sur son compte Instagram pour ses 5 millions de followers. Elle sait qu’ils connaissent ses chagrins, qu’ils partagent sa solitude. Alors elle poste aussi une photo en noir et blanc de René, l’homme de sa vie, le père de ses enfants. Parce qu’il est mort un 14 janvier, il y a six ans. Le lierre a eu le temps de grimper sur le monument funéraire où l’on peut lire : René Angélil, 1942-2016, époux de Céline Dion. La douleur de la star, aussi, a pris racine dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal.

Cette mort était arrivée comme le dénouement d’une lente tragédie. Dans son troisième livre sur la chanteuse, « Céline Dion, icône et femme de cœur », Élisabeth Reynaud revient sur les mois qui l’ont précédée. René Angélil était atteint d’un cancer de la gorge, les chimios l’avaient rendu aveugle et sourd : « Il n’avait plus de langue, il ne pouvait plus manger. C’est Céline qui le nourrissait par sonde… Elle allait sur scène dans les paillettes et, l’heure d’après, elle nourrissait René par sonde. »

Céline vit avec son passé. Et les rumeurs les plus folles circulent

Comme un paquebot qui continue sur sa lancée, Céline a d’abord voulu remonter sur scène, elle tiendrait puisqu’elle l’avait décidé, mais aujourd’hui c’est son corps qui refuse de la suivre. Le lendemain du sixième anniversaire de la mort de René, elle annonçait l’annulation de la partie américaine de sa tournée mondiale – cette tournée qu’elle avait baptisée « Courage » et qui avait déjà été reportée en octobre au tout dernier moment –, à cause de « spasmes musculaires ». « J’espérais vraiment être prête à remonter sur scène maintenant, mais je dois être plus patiente et suivre les recommandations de mes médecins », a-t-elle tweeté.

Tout lui est douleur. Et d’abord cette maison envahie par les fantômes. La description raconte un bonheur pour milliardaire : une oasis en plein désert à une demi-heure de Las Vegas, avec vue sur un lac artificiel. Tout le quartier est protégé par de hauts murs avec un portail de sécurité que nul ne peut franchir en dehors des habitants et de leurs invités. Derrière la muraille, Céline a tout à portée de main : des restaurants, des magasins, un terrain de golf qui jouxte sa piscine, un hôtel de luxe doté d’une imitation du Ponte Vecchio de Florence et même, dit-on, bientôt un aéroport pour jets privés. René avait négocié l’achat de la première parcelle pour 1 million de dollars, puis de la deuxième pour 5 millions, puis une troisième, histoire d’éloigner les voisins… La demeure s’étend sur 600 mètres carrés. En 2003, au moment de leur installation, René-Charles, leur fils aîné, n’avait que 2 ans et Céline venait tout juste d’entamer sa « résidence » au Caesars Palace, la salle de concert de plus de 4 000 places construite rien que pour elle. C’était le début d’une grande aventure qui allait durer seize ans, avec à la clé plus de 1 000 concerts à guichets fermés…

Céline a des cheveux blancs, pas de maquillage, les yeux fatigués. L’invincible aurait-elle déclaré forfait ?

Rien n’a changé en apparence, sauf l’essentiel. Céline vit avec son passé. Et les rumeurs les plus folles circulent. On commence par parler de dépression, on en arrive à évoquer une maladie neurologique grave. Dès lors, les fantasmes se déchaînent… Aux douleurs musculaires, on associe le vocabulaire médical le plus pointu, la peur du vaccin s’en mêle et, bientôt, on affirme que non seulement Céline est d’une maigreur à faire peur, mais qu’elle ne peut plus marcher ou avec peine…

Et puis on l’aperçoit debout, émergeant de sa voiture. Comme toutes les mères, elle est allée chercher ses fils chez le dentiste. On est si surpris de la trouver là, marchant, qu’on ne remarque pas tout de suite qu’elle a utilisé un vieux 4 x 4 gris métallisé au lieu de la luxueuse Maybach de la grande époque. Et puis on réalise qu’il y a autre chose de changé : Céline a des cheveux blancs, pas de maquillage, les yeux fatigués. L’invincible aurait-elle déclaré forfait ?

Du côté de sa soeur Claudette comme de la production de Céline, même black-out

Après le premier report de ses concerts, à l’automne, Claudette Dion, sa sœur et marraine, affichait son optimisme. Elle nous avait parlé avec sa bonhomie habituelle, son « naturel » : « Céline en a trop fait, elle est terriblement exigeante avec elle-même et son corps a dit stop. Elle a 53 ans. La préménopause, les changements hormonaux que ça entraîne, ça n’aide pas. » Elle nous expliquait que tout venait de la pratique de la danse à outrance. Chanter c’était possible, mais les revues à l’américaine, c’était trop. « Ce qui lui arrive est douloureux, mais il n’y a rien de grave, sinon elle me l’aurait dit. Je sais qu’elle a le moral », assurait alors Claudette.

Cette fois, pourtant, elle n’a pas répondu à nos appels. Du côté de la production de Céline, même black-out. Pas de communication avant que Céline ne soit totalement sur pied. Seul indice : les spectacles en Europe sont maintenus. Ils doivent commencer le 25 mai à Birmingham, au Royaume-Uni. Pour Céline Dion, c’est comme un long entracte qui continue. Ses costumes de star attendent dans les armoires. Reste une femme seule, enfermée avec ses jumeaux, Eddy et Nelson (11 ans), et sa sœur Linda dans ce qui fut un paradis et qui ressemble de plus en plus à une forteresse.

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