Histoire : Quand le Maroc a failli se transformer en royaume des Taïfas [5/5]

© Fournis par Yabiladi

Dans cette série, Yabiladi revient sur une période délicate de l’histoire du royaume où plusieurs parties du Maroc, sous les Saadiens, étaient contrôlées par des entités différentes. Dans ce dernier volet, l’histoire de la République de Salé.

Avant l’avènement des Alaouites vers 1631, le Maroc sous les Saadiens était divisé en plusieurs zones d’influences. Des Etats contrôlés notamment par deux puissantes zaouias berbères : celle de Dila, au centre, et celle des Illighs au sud. Quelque part dans l’ouest, la République de Salé était arrivée à son apogée, au moment où les sultans saadiens ne contrôlaient que Marrakech et une partie du Nord, vers Tanger.

«République des pirates du Bou Regreg», «République du Bouregreg» tout court ou encore «République de Salé». Les appellations diffèrent pour décrire l’un des plus célèbres territoires qui se sont révoltés contre le pouvoir central du Maroc des siècles passés pour proclamer leur indépendance. Bien que ce jeune Etat n’ait finalement prospéré qu’entre 1627 et 1668, il doit son existence à un fait historique bien célèbre : l’expulsion douloureuse de milliers de musulmans d’Espagne au 17e siècle.

Les Morisques d'Espagne sont une population musulmane ayant choisi, après la chute d’Al-Andalus en 1492, de rester en Espagne. Les historiens situent leur pays natal dans plusieurs régions du pays ibérique, comme Grenade ou encore Valence, où ils s’installent dès le 15e siècle. Mais en 1609, ils sont contraints d’abandonner leurs terres et de quitter l’Espagne suite à un décret promulgué par le roi Philippe III.

Un «demi-million» de réfugiés morisques au 17e siècle

Dans son ouvrage «Histoire des Mores mudejares et des Morisques» (éditions G.A. Dentu, 1846), l’historien Albert de Circourt indique que l'expulsion avait touché entre 120 000 et 130 000 personnes sur une population d'environ 400 000. Des milliers de Morisques avaient été tués dans des affrontements précédant le refoulement, d’autres assassinés près des ports alors que leurs enfants avaient été enlevés. Certains devaient aussi se convertir au christianisme pour rester en Espagne.

L’exode morisque est une des conséquences de l’accomplissement de la Reconquista, écrit en 2009 l’historienne Leila Maziane dans un article paru dans la revue «Cahiers de la Méditerranée», intitulé «Salé au XVIIe siècle, terre d’asile morisque sur le littoral Atlantique marocain». La professeure d’histoire moderne à la faculté des Lettres et des sciences humaines de Ben M’sik à Casablanca est revenue sur les origines de la création et du développement de Salé. Ville du littoral atlantique marocain qui accédera ensuite à l’indépendance politique du trône Saâdi, et surtout port corsaire stratégique, Salé doit, toujours selon l’historienne, son émancipation à «La Reconquista et l’expulsion des Morisques» du voisin ibérique.

«Entre les départs clandestins vers le Maghreb, tout au long du 16e siècle, et l’expulsion finale, on peut estimer à un demi-million le nombre total de ceux qui abandonnèrent l’Espagne. Ce départ donna lieu à une gigantesque opération militaire et navale, remarquablement exécutée. Málaga, Gibraltar, Tarifa et Cadix furent les principaux ports d’embarquement des expulsés vers le Maroc. Ils débarquèrent alors à Tanger, à Ceuta et à Melilla. Cet important courant migratoire vit arriver au Maroc des milliers d’hommes, dont le nombre exact nous échappe. Des villes comme Fès et Tétouan furent entièrement repeuplées.»

Histoire : Quand le Maroc a failli se transformer en royaume des Taïfas [5/5]