L’administration Biden suspend des forages gaziers et pétroliers autorisés sous Trump en Alaska

Des opposants au programme d’exploitation des gisements gaziers et pétroliers lancé par l’administration Trump en Alaska, manifestent devant le Congrès en 2018. © Saul Loeb Des opposants au programme d’exploitation des gisements gaziers et pétroliers lancé par l’administration Trump en Alaska, manifestent devant le Congrès en 2018.

Le combat politique autour de l’Arctic National Wildlife Refuge (ANWR - Refuge faunique national d’Arctique) prend un nouveau tournant. La secrétaire à l’Intérieur, Debra Haaland, chargée de la protection des parcs nationaux et des réserves naturelles, est revenue mardi sur le programme d’exploitation des gisements gaziers et pétroliers amorcé par l’administration Trump, sur la côte nord de l’Alaska. Depuis près de trente ans, le sort de cette zone naturelle de 76 000 kilomètres carrés limitée à l’est par la frontière canadienne, est l’objet d’une lutte acharnée entre démocrates et républicains. Si les conservateurs privilégient les arguments économiques – création d’emplois et indépendance énergétique du pays –, les démocrates s’y opposent au nom de la protection de l’environnement.

«Lacunes juridiques»

«De multiples lacunes juridiques» jalonnent la procédure d’attribution de ces concessions menée par l’administration Trump, selon l’ordre signé par la secrétaire à l’Intérieur. Parmi elles, une analyse «insuffisante» au regard de la réglementation environnementale des éventuelles alternatives à ces forages. L’administration Biden veut, elle, conduire une «analyse complète» des conséquences environnementales de ces exploitations. Avant de décider de les maintenir en l’état, de les annuler ou d’imposer des mesures supplémentaires.

Cette annonce fait écho à une promesse de campagne de Joe Biden de protéger la réserve naturelle. Dès ses premiers jours à la Maison Blanche, le président avait fait un premier pas en ce sens. Quelques heures après son investiture, il signe un moratoire sur l’octroi de nouvelles concessions pour des forages pétroliers et gaziers sur les terres et les eaux nationales. Objectif : le détricotage de la multitude de mesures anti-environnementales prises par son prédécesseur.

Malgré quelques précautions prises par Barack Obama qui avait interdit tout nouveau forage de gaz ou de pétrole en mer de Beaufort, l’administration Trump était passée à l’offensive à l’été 2017. Le Congrès conservateur avait entériné une loi autorisant les forages pétroliers et gaziers sur une zone représentant 8 % du refuge faunique national d’Arctique où se côtoient ours polaires, loups, caribous et des millions d’oiseaux migrateurs. Des concessions pour exploiter différentes parcelles avaient finalement été attribuées à la dernière minute par Donald Trump. Ces résultats définitifs à un appel d’offres lancé en décembre, n’ont été publiés que le 19 janvier, deux jours avant son départ. Et sont désormais suspendus.

L’annonce est favorablement accueillie par la Ligue pour la nature en Alaska. L’ONG environnementale, qui milite pour l’annulation des concessions, salue un «pas dans la bonne direction». Et une étude «qui donne la priorité à la science et à une consultation adéquate des populations autochtones [comme les Gwinch’in, installés entre l’Alaska et le Canada, ndlr]».

Entre protection de l’environnement et pressions économiques

La décision est toutefois loin d’être du goût de la puissante fédération américaine des industriels du gaz et du pétrole (American Petroleum Institute). «Les politiques visant à ralentir ou à arrêter la production de pétrole et de gaz naturel sur les terres et les eaux fédérales se révéleront en fin de compte préjudiciables à notre sécurité nationale, au progrès environnemental et à la force économique», a commenté l’un de ses responsables, Kevin O’Scannlain, dans un message transmis à l’AFP.

Malgré ses promesses et ses annonces environnementales, la position de Joe Biden sur les exploitations minières et gazières en Alaska reste ambigüe. Face à la crise économique liée au Covid-19, l’administration démocrate avance sur une ligne de crête et cherche des fonds. Ainsi, quelques jours avant l’annonce de Debra Haaland, le département de la Justice a défendu un projet d’exploitation pétrolière et gazière autorisé par… Trump et proposé par ConocoPhillips [entreprise américaine spécialisée dans l’extraction, le transport et la transformation du pétrole] : ce gisement de pétrole situé dans la Réserve pétrolière nationale en Alaska (NPRA) située à l’ouest de la zone concernée par le programme voté par le Congrès en 2017, pourrait permettre la production de 300 millions de barils de pétrole, selon le Washington Post.

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