Soudan: les soutiens du régime déchu d’Omar al-Bachir se réorganisent

L'ancien dictateur soudanais Omar el-Béchir le 15 septembre 2020. © REUTERS - Mohamed Nureldin Abdallah L'ancien dictateur soudanais Omar el-Béchir le 15 septembre 2020.

Profitant de l'instabilité, un certain nombre de cadres islamistes évincés par la révolution il y a trois ans reviennent sur le devant de la scène et retrouvent leurs postes dans les administrations. Il y a deux semaines, treize cadres du parti de l’ancien président ont été acquittés par un tribunal et sortis de prison. Et lundi, une dizaine de partis ou groupements islamistes ont annoncé la création d’une nouvelle coalition politique.

Avec notre correspondant à Khartoum, Eliott Brachet

Des centaines de membres d’organisations islamistes se sont retrouvé lundi sur une place de Khartoum pour rompre le jeûne, commémorant la bataille de Badr, la première bataille de l’islam. Parmi eux, on retrouvait de nombreux partisans du régime d’Omar el-Béchir et d’anciens membres de son parti, le Congrès national. Ce dernier a été banni du jeu politique en 2019 suite à la révolution, mais il revient désormais par une porte dérobée à la faveur du coup d’État. 

Une dizaine de partis islamistes ont donc décidé d’unir leurs forces au sein d’une nouvelle coalition, « le Grand courant islamique ». Le but selon Amin Hassan Omer, l’une des figures du mouvement islamiste soudanais, est de faire « renaître le pays dans la religion » et de « structurer les différents groupes islamistes » en vue des élections promises par les militaires. 

Dans le rassemblement, qui affichait clairement son soutien au coup de force des généraux, on retrouvait plusieurs formations islamistes proches des Frères musulmans, le parti Réforme maintenant, le Parti du Futur et également le Parti de l’État de droit et du développement, dirigé par Muhammed Ali al-Jizouli, tout juste libéré après avoir été emprisonné pour soutien affiché au groupe État islamique. 

Les militants pro-démocratie inquiets

Cette nouvelle coalition est annoncée alors qu’il y a seulement quelques jours, le 8 avril, 13 cadres du Parti de l’ancien président étaient acquittés par le tribunal et sorti de prison. Notamment Ibrahim Ghandour, ancien leader du Parti du Congrès national et ministre des Affaires étrangères sous Omar al-Bachir.  

Ce mouvement islamiste peut s’appuyer sur un large réseau de personnalités influentes, notamment dans la finance et les médias. Des hommes qui ont prospéré pendant les trente années de règne d’El-Bachir et qui viennent de récupérer les biens et les actifs financiers qui avaient été confisqués par les autorités civiles de transition (par le Comité de démantèlement du régime du 30 juin dont la plupart des représentants ont été emprisonnés après le 25 octobre). 

Dans la capitale, beaucoup s’interrogent : l'ancien dictateur lui-même sera-t-il blanchi? Au tribunal, le procès d'Omar el-Béchir piétine et ses avocats demandent son acquittement. Depuis plusieurs semaines, l'ancien président a été sorti de la prison de Kober pour l'hôpital al-Alya pour raisons de santé selon ses médecins qui demandent à ce qu'il ne retourne plus derrière les barreaux pour rester sous surveillance médicale. Ces derniers jours, plusieurs vidéos ont fait le tour des réseaux montrant Omar el-Béchir sur ses deux jambes, rendant visite en souriant à d’autres patients de l’hôpital. 

Ces derniers développements suscitent l'inquiétude et la colère des militants pro-démocratie qui continuent d'appeler à manifester contre le pouvoir militaire. Le Soudan reste plongé dans la crise politique, six mois après le coup d’État du général Abdel Fatah al-Burhan. Les manifestations contre le putsch sont hebdomadaires, l’état d’urgence est toujours en vigueur, les négociations avec l’opposition piétinent et aucun véritable gouvernement n’a été formé.

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