Poussée de fièvre entre la RCA et le Tchad

© Renaud Masbeye Boybeye/AFP/Getty Images

Le Tchad accuse l'armée centrafricaine d'avoir tué six de ses soldats à la frontière entre les deux pays. Tout en regrettant cet incident, les autorités centrafricaines indiquent que des rebelles ont attaqué leurs positions avant de fuir vers le Tchad. Et c’est en usant de leur droit de poursuite que cet accrochage entre forces tchadiennes et centrafricaines serait survenu.

Le 31 mai dernier, sur notre antenne, le porte-parole de la présidence centrafricaine, Albert Mokpeme, déclarait que les soldats de son pays poursuivaient au-delà de la frontière des combattants rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), dirigée par l’ancien président François Bozizé.

Mais l’ancien ministre Abakar Sabone, porte-parole de la CPC, dément cette version des faits. Selon lui, la coalition rebelle ne bénéficie pas du soutien du Tchad.

Il explique que "le Tchad a fermé ses frontières depuis 2013. Si le Tchad était du côté de la rébellion centrafricaine, Touadéra (le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, ndlr) ne resterait pas 72 heures au pouvoir."

Guerre d’influence ?

Selon nos informations, l’armée centrafricaine s’est fait épauler par ses alliés russes lors des affrontements meurtriers de dimanche dernier. Une attaque condamnée par la France qui a réitéré son "ferme attachement à la stabilité" du Tchad.

Faut-il y voir une guerre d’influence entre Paris et Moscou ? Certains l’estiment mais les rebelles de la CPC promettent qu’ils ne vont pas permettre au groupe paramilitaire russe Wagner, qui appuie l’armée centrafricaine, de déstabiliser la région..

"Nous n'allons jamais accepter que Touadéra et ses mercenaires russes prennent notre pays en otage, utilisent notre pays, laRCA, pour déstabiliser un pays voisin, ajoute Abakar Sabone.

Représailles ?

À la suite de la mort de ses six soldats, le Tchad a rappelé que ce qu’il qualifie de "crime de guerre" ne restera "pas impuni". Doit-on s’attendre à des représailles ?

Le politologue Philippe Awono Eyebe estime que non, en raison du contexte politique interne du pays.

"Tout est à refaire. C'est un Etat qui doit se reconstruire. Même l'armée tchadienne, la manière dont elle est constituée, en fait une véritable poudrière qui peut à tout moment mettre ce pays dans une situation de chaos. Au regard de cela, il est n'est pas nécessaire aujourd’hui que le Tchad s'engage sur un autre terrain à l'étranger", argumente Philippe Awono Eyebe

Depuis le début de cette tension, Bangui joue toutefois la carte de l’apaisement. Une délégation centrafricaine, composée de trois ministres : Défense nationale, Sécurité publique et Affaires étrangères, sera reçu ce mardi (01.06), dans la soirée, par le président du Conseil militaire de transition, Mahamat Idriss Déby.

Auteur: Eric Topona

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