Accord de coalition en Israël: «des idées très divergentes, mais la volonté de s'occuper du quotidien des Israéliens»

Grands panneaux d'affichage avec une photo du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (à droite) et de ses rivaux politiques, Gideon Saar, Naftali Bennett et Yair Lapid. © AHMAD GHARABLI AFP Grands panneaux d'affichage avec une photo du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (à droite) et de ses rivaux politiques, Gideon Saar, Naftali Bennett et Yair Lapid.

En Israël, les opposants à Benyamin Netanyahu emmenés par Yaïr Lapid ont réussi à conclure un accord de coalition avec huit partis qui vont de la gauche à la droite radicale en passant par le centre et même un parti arabe. Reste à former un gouvernement. Ilan Greilsammer, professeur de sciences politiques et de civilisation française à l'université Bar-Ilan de Tel-Aviv, analyse cette alliance hétéroclite.

RFI: un accord de coalition a été conclu. Les partis doivent à présent s’entendre sur la répartition de postes ministériels. Peut-on être sûr que cette alliance va déboucher sur un gouvernement ?

Ilan Greilsammer : Disons qu’un premier pas est fait, un pas très important : la signature d’un accord de coalition entre ces différents partis ; mais il faut transformer les faits dans la mesure où il doit y avoir un vote de la Knesset avec au moins (le soutien de) 61 députés. Or, c’est vrai, c’est une coalition qui est très fragile, donc il faut éviter la défection de certains membres de cette coalition le jour du vote ou avoir un appui du côté, par exemple, de la Liste arabe, qui ne fait pas partie de cette coalition, mais qui pourrait s’abstenir par exemple le jour du vote. Il faut attendre quelques jours encore pour savoir si cela marche ou pas.

Dans cette coalition figure un parti arabe, la formation islamiste Raam. Est-ce que cela marque un tournant dans la vie politique du pays ?

Oui certainement… Il s’agit d’un parti islamiste, c'est vrai, mais surtout, c’est un parti qui a décidé de jouer le jeu pour améliorer la condition des arabes israéliens. Jusqu’à présent, je dirais que la question palestinienne occultait complètement tout désir, par exemple, de construire des infrastructures dans les villages arabes, de reconnaître des villages bédouins du Néguev, d’arrêter, par exemple, la destruction de constructions illégales dans les villes arabes. La question palestinienne obscurcissait tout et voilà un parti arabe qui dit : nous voulons faire partie d’une coalition gouvernementale pour améliorer la condition des arabes israéliens. C’est un changement énorme par rapport au passé.

On a entendu qu’il y a de grandes divergences entre les différents membres de la coalition… Quelle pourrait être la ligne politique de ce gouvernement ? Est-ce qu’il n’est pas déjà voué à l’échec ?

Non, je ne crois pas qu’il soit voué à l’échec. Il y a une nécessité pour qu’il tienne ; ces partis ont des options extrêmement différentes sur, par exemple, l’avenir des colonies dans les territoires ou les questions de religion et État, des positions vraiment extrêmement divergentes, il faut les mettre de côté pour s’occuper de la vie quotidienne des Israéliens, l’économique, le social, le sanitaire… Tout cela est resté complètement en plan pendant les années Netanyahu pour un certain nombre de raisons. Et voilà que ces gens, finalement, aux idées très divergentes, mais de bonne volonté, veulent essayer de s’occuper de ces problèmes qui sont les problèmes quotidiens des Israéliens.

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