Soudan: les autorités suspendent une partie de l’accord de paix de Juba

Le président du Conseil souverain soudanais Abdel Fattah al-Burhan, le président sud-soudanais Salva Kiir et le président tchadien Idriss Déby brandissent des copies de l'accord de paix de Juba, le 3 octobre 2020. © AFP - MAJAK KUANY Le président du Conseil souverain soudanais Abdel Fattah al-Burhan, le président sud-soudanais Salva Kiir et le président tchadien Idriss Déby brandissent des copies de l'accord de paix de Juba, le 3 octobre 2020.

Au Soudan, le Conseil de souveraineté a suspendu jeudi le chapitre concernant l’Est du pays compris dans les accords de paix de Juba signés en octobre 2020. Sous la pression d’une nouvelle fermeture de Port-Soudan par des opposants au texte, le vice-président du Conseil de souveraineté, le général Mohammed Hamdan Dogolo, alias Hemedti, a annoncé l’organisation d’une conférence pour trouver un compromis entre les différentes communautés.

Avec notre correspondant à Khartoum, Eliott Brachet

Trop de concessions au pouvoir central, pas assez représentatifs... Depuis leur signature il y a un an, les accords de Juba recevaient une farouche opposition d’une partie de la population issue de la tribu des Béja et notamment du clan des Hadendawa. Leur chef Mohammed Tirik, exigeaient l’annulation pure et simple du chapitre oriental de ces accords. Jeudi, il a salué la décision du Conseil souverain, un pas dans la bonne direction, selon lui.

L’accord prévoyait pourtant la création d’un fonds spécial pour l’est du pays, doté de 350 millions de dollars. Mais les opposants craignaient une mauvaise répartition des richesses. En toile de fond, un conflit larvé entre communautés Hadendawa et Beni Amer qui se battent pour représenter la région. Une région qui abrite Port-Soudan. Une région riche en ressources, notamment en minéraux, mais où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

En septembre, la fermeture pendant plus d’un mois de Port-Soudan, la porte d’entrée de 80% des importations du pays, avait causé de lourdes pertes à l’économie nationale. Le blocage avait été levé après le coup d’État du général Abdel Fattah al-Burhan. Dans cette région largement marginalisée, la colère grondait depuis un an.

Une coquille vide

Avec cette décision, c'est toute l’architecture des accords de paix qui pourrait se fissurer. Un an après leur ratification, ces accords de Juba semblent être une coquille vide. Seul le volet de représentation politique a été appliqué. Vendredi, el-Hadi Idriss, membre du conseil souverain et à la tête d’un groupe rebelle darfurien considérait que la suspension d’une partie des accords ouvrait la porte à de futurs problèmes.

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