Un pétrolier abandonné au large du Yémen pourrait engendrer la pire marée noire de l’histoire

Image satellite du pétrolier FSO Safer oil tanker, prise le 19 juin 2020. © Fournis par Liberation Image satellite du pétrolier FSO Safer oil tanker, prise le 19 juin 2020.

Une véritable bombe flottante. Au large du Yémen, le navire pétrolier FSO Safer est chargé de plus d’un million de barils de pétrole brut. Abandonné depuis 2015, lorsque la région est tombée sous le contrôle des rebelles houthis, celui-ci risque à tout moment de déclencher l’une des plus grandes marées noires de l’Histoire, alerte Greenpeace ce jeudi. Aggravant ainsi dramatiquement la situation humanitaire au Yémen, déjà catastrophique.

Ancré à quelque six kilomètres au large du port de Hodeida, à l’ouest du pays, le FSO Safer est rouillé, vieux d’environ 45 ans, et, laissé sans entretien depuis sept ans, il se dégrade rapidement. Une explosion ou une fuite de sa cargaison auraient des «conséquences bien plus étendues, plus graves et plus durables que ne le laissaient supposer les informations précédemment disponibles», souligne l’ONG de défense de l’environnement. A titre d’exemple, si ces 140 000 tonnes de pétrole se déversaient, cela représenterait une marée noire quatre fois pire que celle de l’Exxon Valdez, un pétrolier échoué en 1989 non loin des côtes de l’Alaska qui avait engendré l’une des pires catastrophes de ce genre.

Une inaction politique

Si le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a bien essayé d’alerter le Conseil de sécurité de l’ONU à l’été 2021 du danger imminent, les négociations avec les rebelles Houthis, qui contrôlent la majorité nord du pays ainsi que le port de Hodeida, n’ont encore permis de trouver une solution pour sécuriser le navire. Les Houthis revendiquant l’entier contrôle des revenus du pétrole sur le navire, évalués à 80 millions de dollars.

L’inaction internationale serait donc politique plus que technique, dénonce Paul Horsman, de Greenpeace International. «La technologie et l’expertise nécessaires pour transférer le pétrole vers d’autres pétroliers existent, mais malgré des mois de négociations, nous sommes toujours dans une impasse», déplore-t-il, tout en rappelant l’obligation morale des gouvernements et de l’industrie pétrolière à prendre des mesures au plus vite.

La menace est aggravée par la situation du Yémen, pays pauvre de la péninsule arabique ravagé par la guerre et confronté à l’une des pires crises humanitaires au monde. Selon Greenpeace, si le contenu du pétrolier venait à se déverser dans la mer, cela entraînerait la fermeture des ports de Hodeida et Salif par lesquels arrivent 68 % de l’aide humanitaire qui soutient plus de 8,4 millions de personnes.

Les usines de désalinisation à Hodeida, Salif et Aden pourraient également être touchées et causer l’interruption de l’approvisionnement en eau potable d’environ dix millions de personnes. Pire, l’ensemble de l’approvisionnement de la région de la mer Rouge pourrait être contaminé par le pétrole en seulement trois semaines.

Par ailleurs, la destruction des écosystèmes de la mer Rouge mettrait en danger la pêche et donc la sécurité alimentaire de plus de 1,7 million de Yéménites, déjà victimes de famines. Ce haut lieu de la biodiversité mondiale, particulièrement vulnérable, abrite de nombreuses espèces endémiques et des habitats sensibles tels que les herbiers marins, les mangroves et les récifs coralliens.

Seule solution : retirer le pétrole

Dans l’éventualité d’une explosion du pétrole, qui contient des produits chimiques toxiques et cancérigènes, des millions de personnes au Yémen et dans les pays voisins pourraient être exposées à des niveaux de pollution atmosphérique très élevés.

Enfin, la fuite pourrait aussi atteindre les pays voisins, notamment Djibouti, l’Erythrée et l’Arabie saoudite, pays à la tête de la coalition qui pilonne le Yémen pour vaincre la rébellion Houthie. Ce qui risquerait de perturber les routes maritimes en provenance et à destination du canal de Suez et mettrait en danger le tourisme dans la région, ainsi que les économies locales.

Alors dans un premier temps, un barrage de confinement pourrait être déployé autour du FSO Safer, et ce pour retenir la propagation des hydrocarbures en cas de fuite. Une solution insuffisante à court et à long terme : seul le retrait du pétrole est une solution pérenne. En attendant, Greenpeace se prépare d’ores et déjà à intervenir en cas de marée noire.

Un pétrolier abandonné au large du Yémen pourrait engendrer la pire marée noire de l’histoire