La Chine bannit les tatouages des terrains de foot

L'équipe chinoise de foot pose avant un match contre l'Australie, le 16 novembre à Sharjah (Emirats arabes unis). © - L'équipe chinoise de foot pose avant un match contre l'Australie, le 16 novembre à Sharjah (Emirats arabes unis).

Il ne fait pas bon d’arborer un peu d’encre sur la peau au pays de Xi Jinping. Désormais, cela peut même vous priver d’une sélection nationale. Le ministère des Sports chinois a en effet décidé d’interdire les tatouages à ses footballeurs. Et pour ceux qui ont le malheur d’en avoir, il leur faudra… les «enlever». Depuis plusieurs années déjà, le ministère oblige les joueurs de la sélection à recouvrir leurs infâmes dessins durant les entraînements et les compétitions «en cas de circonstances particulières» et va jusqu’à interdire le recrutement de tout sportif tatoué. Comme si le niveau de l’équipe nationale n’était pas déjà assez faible – ils sont derrière le sultanat d’Oman dans la poule pour les qualifications de la Coupe du monde 2022

Le pouvoir chinois entend mettre un frein aux tendances jugées vulgaires. Or pour Pékin, le tatouage est devenu un symbole de la décadence morale occidentale. Se sentant menacé par tout élément étranger à sa doxa idéologique, le Parti communiste serre les vis depuis plusieurs mois pour reprendre en main sa jeunesse et imposer ses valeurs patriotiques et viriles.

Cachez ce Beckham que je ne saurais voir

Et il n’a pas peur du ridicule. L’an passé déjà, les parties du corps recouvertes de tatouages du footballeur anglais David Beckham ont été grossièrement floutées lors de la diffusion de son documentaire David Beckham Into the Unknown à la télévision publique chinoise. Et une rencontre de football universitaire féminin a été annulée après une interdiction faite aux joueuses de se teindre les cheveux. Le monde du sport n’est bien sûr pas le seul à être touché. Il y a deux ans sur iQiyi, le Netflix chinois, les boucles d’oreilles de certains acteurs ont également été floutés. Le hashtag #MaleTVStarsCantWearEarrings a alors été utilisé plus de 88 000 fois sur le réseau social Weibo où de nombreux utilisateurs expriment leur indignation face à la censure, d’après la BBC.

Si la culture hip-hop et les symboles LGBT sont déjà proscrits dans le pays, le régulateur de l’audiovisuel chinois en a récemment remis une couche en appelant à établir des critères de beauté «corrects» et à bannir les hommes «efféminés» et les «influenceurs vulgaires». Petit écran, musique, réseaux sociaux, jeux vidéo… tout y passe. Même Animal Crossing, jeu qui n’est pas connu pour son caractère subversif, a été interdit à la vente après que des militants hongkongais l’ont détourné à des fins politiques. D’après Lianhe Zaobao, le quotidien en langue chinoise de Singapour, le département de la propagande de la municipalité de Pékin a organisé en septembre des séances de formation pour les opérateurs de jeux en ligne, afin de les informer des dernières exigences de la censure. Exit les personnages efféminés, les assassins, les gros bras, les pirates, ceux qui fument, boivent de l’alcool, fréquentent les pubs ou arborent des tatouages… Que restera-t-il aux joueurs chinois ? Adibou, peut-être…

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