Guerre en Ukraine : La question du Sahara dicte la «neutralité» de Rabat [Think tank]

© Fournis par Yabiladi

Le Maroc est frappé de plein fouet par la décision du président Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine. Le centre américain International Crisis Group (ICG) a analysé les mesures économiques et politiques prises par le royaume pour faire face aux aléas de la guerre.  

Le think tank américain International Crisis Group (ICG) a analysé, dans un rapport, l’impact de l’invasion russe de l’Ukraine, décidée le 24 février par Vladimir Poutine, au Moyen-Orient et en Afrique du nord. S’agissant du Maroc, le document constate que «le royaume reste vulnérable aux chocs des prix, car il achète 40% du blé que sa population consomme de l'étranger et a enregistré récemment une sécheresse sans précédent qui a considérablement réduit la production nationale» céréalière.

Pour faire face aux conséquences de la guerre, le gouvernement à «triplé son budget pour les subventions à la farine». Il a également accordé un soutien financier aux professionnels du secteur des transports. «La hausse des dépenses des subventions devrait creuser le déficit budgétaire pour 2022», prévoient les experts de l'ICG.

Le rapport note que l’exécutif marocain «n'a pas encore précisé comment il compte financer ces dépenses supplémentaires, le Maroc pourrait devoir se tourner vers le FMI (Fonds monétaire international) ou prévoir une nouvelle émission obligataire pour combler l'écart. La dette extérieure devrait augmenter, même si le Maroc dispose d'une certaine marge de manœuvre budgétaire par rapport, par exemple, à l'Egypte ou à la Tunisie», note le centre américain.

Le chef de l’exécutif, Aziz Akhannouch s’est félicité, cet après-midi à la Chambre des représentants, que son cabinet n’a pas encore frappé à la porte des institutions financières internationales pour pallier aux effets économiques de la guerre en Ukraine.

«Une gestion diplomatique habile»

Face à la décision du président russe Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine, le Maroc a opté pour la neutralité, «évitant de la qualifier d'invasion dans ses déclarations publiques», constate le rapport. «Il n'a pas pris part au vote de l'Assemblée générale des Nations unies d’une résolution (du 2 mars, ndlr) condamnant l'invasion de la Russie et a affirmé plus tard dans un communiqué que la décision de ne pas participer était "une décision souveraine qui ne peut être interprétée comme un désalignement stratégique ou comme une position contraire au droit international et l'intégrité territoriale des Etats».

Le Maroc a choisi également de jouer la chaise vide lors de l’adoption de résolutions de l’AG de l’ONU du 24 mars et 7 avril portant sur la guerre en Ukraine. Le rapport de l’ICG attribue cette position par les «préoccupations» de Rabat des conséquences d’une éventuelle condamnation publique de l’intervention russe en Ukraine sur la question Sahara occidental.

«En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU disposant d'un droit de veto, la Russie joue un rôle clé dans le conflit du Sahara occidental», indique la même source. Et de rappeler que «ces dernières années, Moscou s'est régulièrement abstenu sur les résolutions liées à cette question», alors que «le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov a récemment exprimé son soutien à certaines des demandes du Front Polisario indépendantiste, notamment un retour aux pourparlers bilatéraux avec Rabat et l'organisation d'un référendum sur l'autodétermination».

Deux propositions «rejetées» par le Maroc, «qui veut régler le conflit par des négociations dans la cadre des tables ronde incluant l'Algérie - un partisan clé du Polisario - sur l'autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine», indique le think tank américain. 

L’ICG conclut que «la gestion diplomatique habile de Rabat de ses relations avec la Russie et l'Occident signifie qu'il est peu probable que la guerre en Ukraine ait un impact immédiat sur le différend du Sahara occidental».

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