Joe Biden tient son "sommet pour la démocratie"

© Tasos Katopodis/CNP/Zuma/imago images

La liste des invités à ce sommet a suscité pas mal d'interrogations sur les critères de sélection retenus : le Pakistan, les Philippines, le Brésil ont par exemple été conviés. Mais pas la Hongrie, pourtant membre de l'Union européenne mais où un gouvernement nationaliste est au pouvoir. Pas la Turquie de Recep Taayip Erdogan, pourtant alliée de Washington au sein de l'Otan.

La Chine et la Russie, considérées par Joe Biden comme les championnes du camp des autocrates, sont également exclues des débats.

Du côté africain, le Sénégal, le Niger ou encore la République démocratique du Congo ont été invités - peu importe que dans ces trois pays la démocratie ne soit pas parfaite.

Ecoutez ci-dessous Mamadou Diouf, professeur d'histoire et d'études africaines à la Columbia University à New York.

Retranscription de l'interview

Mamadou Diouf : Ce qui est à la fois passionnant et inédit par rapport à ce sommet, c'est que tous les sommets et les initiatives américaines à propos de la démocratie, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, étaient une projection de la vision démocratique américaine. Aujourd'hui, ils sont dans une situation un peu plus complexe parce que la démocratie américaine elle même est en danger.

DW : Le Sénégal est invité à ce sommet. Sur quels critères ?

Mamadou Diouf : C'est en partie un critère historique. Le Sénégal s'est toujours présenté si vous voulez comme une exception. Le Sénégal devient une démocratie pluri-partisane en 1974, quand il n'y a presque pas d'autres pays avec un système de plusieurs partis. Le Sénégal est passé pas deux transfert de pouvoirs qui sont réalisés par les urnes, mais en même temps, c'est une démocratie entre guillemets qui a toujours été inachevée, constamment en danger. On le voit aujourd'hui avec tous les débats autour du troisième mandat ou non du président.

DW : À l'inverse des pays, comme le Mali ou la Guinée, qui sont actuellement régis par les militaires, est-ce que cela justifie de ne pas les inviter à un tel forum?

Mamadou Diouf : La question ce n'est pas d'exclure les pays parce qu'ils sont sous la botte d'une dictature. Mais c'est d'aider les groupes qui sont en train de résister contre la dictature. Cela devrait être aussi le leitmotiv d'une conférence comme celle là.

Mais bien sûr, les pouvoirs guinéens et les pouvoirs maliens doivent être exclus parce que ce sont non seulement des pouvoirs militaires, mais ce sont des pouvoirs militaires qui essaient de s'éterniser au pouvoir.

Auteur: Konstanze Fischer

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